A Bougainville, la rue parle d’indépendance avant un référendum crucial

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Des drapeaux pro-indépendance flottaient vendredi à Bougainville, à la veille d’un référendum sur l’indépendance de cette province de Papouasie-Nouvelle-Guinée, théâtre d’une sanglante révolte sécessionniste à la fin du XXe siècle.

Le conflit (1988-1998) avait fait 20.000 morts et des milliers de déplacés.

“J’ai tiré de nombreuses balles pour protéger mon île bien-aimée de Bougainville”, déclare l’ancien rebelle indépendantiste Chris Uma. “J’utiliserai cette dernière balle (…) en votant pour l’indépendance”.

L’île, qui doit son nom au navigateur français Louis-Antoine de Bougainville (1729-1811), a été contrôlée successivement par l’Allemagne, l’Australie, le Japon, les Nations unies et la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Dans la province de Bougainville et ses îles voisines, 207.000 électeurs doivent choisir entre l’indépendance ou une autonomie accrue. La consultation débute samedi et durera jusqu’au 7 décembre, avec des résultats attendus après la mi-décembre. Ils sont très incertains, faute de sondages fiables.

L’accord de paix de 2001 conclu grâce à une médiation néo-zélandaise prévoyait la tenue d’un référendum avant 2020 dont le résultat devra être ratifié par le Parlement papouasien.

Dans les rues de la capitale provinciale Buka, sur l’île du même nom, beaucoup s’expriment pour l’indépendance. “Nos aïeux voulaient l’indépendance depuis longtemps et nous pensons comme eux”, déclare à l’AFP Peter Batson, un ancien combattant rebelle âgé de 62 ans. “Nous voulons notre indépendance”, renchérit un commerçant, Nathaniel Klina.

– Echanges de flèches –

De nombreux habitants se sentent plus proches culturellement des Iles Salomon dont la province fait partie géographiquement. Au marché, des T-shirts pro-indépendance s’arrachent, frappés de l’image de la coiffure traditionnelle en dôme (“Upe”).

A Arawa, l’ancienne capitale sur l’île de Bougainville, des drapeaux locaux ont été distribués dans chaque foyer et une grande scène a été installée pour des danses traditionnelles. Dans les villages alentour, des cérémonies de réconciliation entre ex-ennemis, avec échanges de flèches, ont été organisées.

L’ex-Premier ministre irlandais Bertie Ahern qui préside la Commission chargée de préparer le référendum a souligné “la résolution de toutes les parties d’honorer ceux qui sont tombés mais de ne jamais revenir au conflit”.

Durant le scrutin, une force de police internationale non armée sera conduite par la Nouvelle-Zélande avec les autres partenaires de l’accord de paix de 2001 (l’Australie ainsi que les archipels des Fidji, des Salomon et de Vanuatu).

“Nous sommes conscients des craintes”, a déclaré vendredi le président régional, John Momis, promettant une bonne relation de travail avec Port Moresby: “j’ai confiance dans notre capacité à travailler avec eux d’une manière qui apaisera les craintes”.

Si les électeurs choisissent l’indépendance, certains redoutent à Port Moresby que cela n’encourage d’autres mouvements sécessionnistes dans un pays d’une très grande diversité ethnique. Mais un rejet pourrait torpiller le processus de paix.

Le conflit s’était noué autour de la grande mine de cuivre de Panguna, dont le contrôle sera déterminant. Fermée depuis 1989, elle a représenté jusqu’à 40% des exportations papouasiennes. “Il y a beaucoup de controverses pour savoir ce qui appartient à qui”, selon M. Momis, “tôt ou tard nous devrons régler la question de Panguna”.

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