A Lesbos, les insulaires appelés à manifester pour “l’éloignement des migrants”

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Les habitants de Lesbos sont appelés à manifester mardi pour réclamer “l’éloignement des migrants” de cette île grecque, où des milliers de demandeurs d’asile, chassés du camp de Moria détruit par un incendie, dorment sur le bitume brûlant, seuls 800 d’entre eux ayant rejoint le centre provisoire érigé par les autorités.

A quelques encablures des ruines de Moria, ravagé par les flammes dans la nuit du 8 au 9 septembre, quelques familles de demandeurs d’asile font la queue pour entrer dans le nouveau camp monté à la hâte en plein soleil après le sinistre, a constaté un journaliste de l’AFP.

“L’entrée des demandeurs d’asile dans le nouveau camp n’est pas négociable”, a déclaré aux médias à Lesbos le ministre de la Protection des citoyens, Michalis Chryssohoïdis.

Les autorités grecques distribuent aux milliers de migrants laissés sans abri depuis l’incendie un document en anglais, français, farsi, ourdou et arabe pour les encourager à se rendre dans le camp provisoire.

“Veuillez immédiatement procéder à votre entrée dans le camp. Votre séjour dans ce camp est obligatoire pour garantir des conditions de vie décentes, pour des raisons de santé publique et personnelle ainsi que pour relancer la procédure d’asile”, peut-on lire dans ce document.

“Dans le camp, vous serez complètement en sécurité”, promettent les autorités grecques.

Les incidents entre demandeurs d’asile et habitants, dont des sympathisants d’extrême droite, sont fréquents à Lesbos depuis l’an dernier, nombre d’insulaires s’opposant au maintien des migrants sur cette île.

Le préfet de l’Egée du Nord, Kostas Mountzouris, l’un des plus farouches opposants au projet du gouvernement d’ériger un camp fermé à cet endroit, a appelé entrepreneurs et professionnels à se rassembler mardi après-midi pour réclamer une “normalisation” de la situation et “l’éloignement des migrants de l’île à bord de bateaux”.

Depuis plusieurs mois, le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis prévoit la mise en place d’un centre fermé à Lesbos pour désengorger la mégastructure de Moria. Maintenant que celle-ci est détruite, le Premier ministre a confirmé la reconstruction prochaine d’un camp et souhaité une implication plus active de l’Union européenne.

Le président du conseil européen Charles Michel est attendu à Athènes mardi pour en particulier s’entretenir de la situation sur cette île.

Mais, d’ores et déjà, le vice-commissaire européen Margaritis Schinas s’est dit “ouvert à l’idée” d’une participation de l’UE à la gestion du futur camp. Et la Commission européenne a avancé au 23 septembre la présentation de son projet très attendu de réforme de la politique migratoire dans l’UE.

Le directeur général de l’Organisation internationale des migrations (OIM) Antonio Vitorino s’est aussi prononcé pour “des solutions durables”, bien que “la priorité soit de répondre aux besoins immédiats des migrants et des réfugiés à Lesbos.

– “Un deuxième enfer” –

Sur la route qui longe la mer près du chef-lieu de l’île Mytilène, les stations service, les supermarchés et autres commerces ont gardé leurs portes closes, a constaté une journaliste de l’AFP.

Assis à l’ombre, Vany Bikembo, un mécanicien de 25 ans arrivé il y a un an de RDC, est “ici depuis six jours déjà”, depuis l’incendie qui a ravagé “l’enfer” de Moria.

Pour lui, le camp provisoire “là-bas, c’est un deuxième enfer”.

“A Moria, la vie n’était que catastrophe (…). C’était un enfer. Pas d’eau, pas à manger… Là-bas, c’est un deuxième enfer”, dit-il. “Donc je viens ici (…) je vois quand même les gens, les voitures qui rentrent (…). Non, je ne vais pas rentrer là-bas”, tranche-t-il.

“Nous sommes au XXIe siècle, comment on traite les gens ?”, s’insurge son compatriote, Ange, un ingénieur de 23 ans présent à ses côtés.

“Nous ne sommes pas des animaux”, poursuit-il, “Il n’y a pas d’hôpital ici, pas de toilettes, comment on va vivre ?”, demande-t-il, réclamant l’aide de l’UE.

Seuls 800 migrants, en priorité des familles, se sont pour le moment installés sous les tentes blanches du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), selon les chiffres du ministère des Migrations obtenus par l’AFP lundi soir.

“Nous avons préparé ce camp pour que vous puissiez attendre en toute sécurité et quitter Lesbos le plus rapidement possible, en respectant les procédures légales. Ce n’est que si vous venez au camp que les procédures pour quitter Lesbos seront terminées”, préviennent encore les autorités grecques.

Le ministre des Migrations Notis Mitarachi avait pourtant prévenu ce week-end que “ceux qui rêvent de quitter l’île, il faut qu’ils l’oublient”.

burx-chv/bds

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