Afghanistan : Dostom, un chef de guerre à l’incroyable longévité politique

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Le célèbre chef de guerre Abdul Rachid Dostom, bien décidé à reprendre le combat face aux talibans, a survécu à tous les conflits et les bouleversements politiques en Afghanistan : tour à tour parachutiste, commandant communiste ou vice-président, cet homme à la réputation sulfureuse a su changer de camp au gré des événements.

Aujourd’hui âgé de 67 ans et tout juste rentré de Turquie où il a subi un traitement médical, celui qui a survécu à quantité d’embuscades et de tentatives d’attentat – tant de la part des talibans que du groupe Etat islamique – n’est certes plus aussi fringuant que lorsqu’il était au sommet de sa gloire.

Mais sa volonté d’être en première ligne paraît toujours intacte.

D’ailleurs, accompagné de commandos, Abdul Rachid Dostom a pris mercredi un avion de ligne à destination du nord de l’Afghanistan pour s’engager dans la bataille de Mazar-i-Sharif après que, non loin de là, son bastion de Sheberghan est tombé le week-end dernier aux mains des insurgés.

Car, malgré une série de crimes de guerre imputés aux partisans de cet éminent représentant de la minorité ouzbèke, le gouvernement afghan espère bien que sa perspicacité pour la chose militaire et sa haine farouche des talibans pourront l’aider à contrecarrer l’offensive, actuellement victorieuse, menée depuis le mois de mai par les insurgés.

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“Les talibans n’ont jamais tiré de leçons du passé”, a lâché devant les journalistes Abdul Rachid Dostom à son arrivée à Mazar-i-Sharif, la grande ville du nord de l’Afghanistan. “Les talibans sont venus plusieurs fois dans le nord mais ils y ont toujours été pris au piège”.

Si le président Ashraf Ghani a régulièrement tenté de prendre ses distances d’avec celui qu’il a récemment élevé à la dignité de “maréchal”, il a toujours fait appel à lui lorsqu’il a eu besoin de ses services.

– Une étonnante survie politique –

Né en 1954 dans une famille de paysans pauvres de la province de Jawzjan, Abdul Rachid Dostom s’engage dans les années 70 dans l’armée afghane alors soutenue par l’URSS, y faisant une carrière-éclair.

Sa notoriété, il l’acquiert du temps de la présidence de Mohammed Najibullah (1987-1992), l’ancien chef des services secrets du régime communiste afghan.

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Il est à l’époque à la tête d’une milice d’environ 20.000 hommes, en majorité ouzbeks, connue pour ses nombreuses exactions, allant des meurtres aux pillages, sous l’occupation soviétique.

En février 1992, peu avant la chute – en avril – de Najibullah, il rejoint les moudjahidine.

Car, apte à faire le dos rond quand les circonstances l’exigent, Abdul Rachid Dostom sait se mettre du côté des vainqueurs lorsque sa chance semble tourner.

Pendant la guerre civile des années 1990, il passe ainsi fréquemment d’un camp à l’autre, en quête de l’accord le plus avantageux dans la bataille que se livrent des milices pour le contrôle de Kaboul.

– Prisonniers massacrés –

Après avoir été chassé de son pays dans le sillage de la prise du pouvoir par les talibans en 1996, il y retourne avec l’appui de la CIA.

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Et devient vice-ministre de la Défense dans le gouvernement issu des accords inter-afghans de Bonn après le renversement du régime fondamentaliste islamique fin 2001, des fonctions qu’il quitte à la mi-2002.

Ce puissant seigneur de la guerre est soupçonné d’avoir fait massacrer en 2001 des centaines, voire des milliers, de prisonniers talibans, dont certains ont été étouffés dans des conteneurs.

Propulsé au poste de vice-président sous Ashraf Ghani, il a en outre été accusé d’avoir torturé et violé un rival politique, ce qui l’avait contraint à de nouveau provisoirement s’exiler, jusqu’en 2020.