Agression de Condé: l’unité de vie familiale, lieu “d’intimité” pour les détenus

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“L’unité de vie familiale”, où se trouvait, avec sa compagne, le détenu radicalisé qui a agressé mardi deux surveillants à Condé-sur-Sarthe, est un appartement qui permet à certains détenus de retrouver leurs proches et que l’on trouve dans une cinquantaine d’établissements pénitentiaires.

– A quoi ressemble une UVF ?

C’est un appartement meublé, type F2 ou F3. Expérimentées au début des années 2000, les UVF, qui permettent aux détenus de recevoir leurs proches “dans l’intimité”, se sont généralisées depuis 2009. En décembre, le ministère de la Justice en recensait 163 répartis dans 50 établissements pénitentiaires.

Situées au sein de l’établissement mais séparées de la détention, elles permettent aux détenus et à leurs proches (mineurs inclus s’ils sont accompagnés) de se retrouver entre eux pendant une durée de six à 72 heures. “Généralement, on étend la durée de manière progressive si ça se passe bien”, explique la Direction de l’administration pénitentiaire (DAP). L’assaillant de Condé, Michaël Chiolo, y était depuis lundi 17H (l’attaque a eu lieu mardi vers 9H30) et avait eu l’autorisation d’une visite de 72 heures.

Dans les UVF, les détenus font un état des lieux d’entrée et de sortie, achètent de quoi faire à manger à leurs proches… “L’idée c’est de les responsabiliser”, explique la DAP.

Le nombre de visiteurs autorisé dépend des structures, et les détenus ont en principe le droit à une visite par trimestre. En pratique, cela dépend des structures, du nombre de places mais aussi du contexte personnel: un anniversaire de l’enfant d’un détenu, une visite plus longue si le visiteur vient de loin… Toute sortie du visiteur est définitive.

– Qui y a droit ?

“Il nous faut comprendre pourquoi (…) il a pu avoir accès à cette unité de vie familiale”, a déclaré la garde des Sceaux Nicole Belloubet à l’Assemblée nationale.

Tous les détenus, qu’ils soient prévenus (pas encore jugés) ou condamnés, peuvent faire une demande de visite en UVF, par écrit. Les visiteurs (famille et amis proches) doivent également faire une demande écrite, et être déjà titulaires d’un permis de visite.

L’accès aux UVF n’est pas conditionné à un séjour minimum dans l’établissement et l’existence d’antécédents disciplinaires ne doit pas, en soi, constituer un critère de refus.

Une fois les demandes déposées, une commission pluridisciplinaire composée notamment de représentants de la direction, des surveillants, et de conseillers d’insertion et de probation se réunit. “Elles sont toutes examinées au cas par cas”, insiste la DAP. La décision finale revient à l’autorité judiciaire pour les détenus en attente de jugement et au chef d’établissement pour les condamnés (comme Michaël Chiolo).

Depuis son arrivée à Condé en mars 2017, ce détenu avait déjà eu droit à plusieurs visites en UVF. “Elles s’étaient toutes bien passées”, précise une source proche du dossier.

Cette source rappelle que les UVF ont été créées au départ pour les peines très longues, et donc a priori pour des profils “compliqués”. “Le calcul qui est fait, c’est que de voir sa famille, sa compagne, donne une bouffée d’air au détenu et peut justement faciliter la détention”.

– Sous quelle surveillance ?

Comme pour les parloirs, l’accès est séparé pour les détenus et les visiteurs, soumis aux mêmes mesures de contrôle (détecteur métaux, rayon X pour les sacs).

Dans l’appartement cependant, “le principe, c’est le respect de l’intimité”, dit la DAP. Pas de caméras de surveillance à l’intérieur donc, et pas de possibilité de “vue directe” pour les surveillants.

Ces derniers effectuent régulièrement des rondes, à des horaires aléatoires, aux alentours et l’intérieur de l’UVF. Avant de rentrer dans l’appartement, ils avertissent les occupants par interphone.

En cas de problème, les occupants peuvent alerter les surveillants via ce même interphone. Mardi matin dans l’unité de Michaël Chiolo, les surveillants “ont été appelés”, selon la source proche. “On leur a dit que la femme faisait un malaise”.