Alan Parker : Mort du réalisateur d’Evita, Fame et Midnight Express

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Des films musicaux d’anthologie, comme Fame, Pink Floyd – The Wall ou Evita, des drames engagés, à l’image de Mississippi Burning (sur la ségrégation) ou La Vie de David Gale (sur la peine de mort), des films inspirés d’histoire vraie, des thrillers… En près de cinquante ans d’une carrière récompensée par dix Oscars, autant de Golden Globes et dix-neuf Bafta Awards, Alan Parker aura apporté au cinéma une contribution riche et éclectique. Le réalisateur britannique est mort vendredi 31 juillet 2020 à l’âge de 76 ans, succombant à une “longue maladie”, selon une porte-parole mandatée par sa famille.

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Parmi les nombreux hommages qui ont rapidement fleuri suite à l’annonce de son décès, l’Académie des Oscars a souligné “l’extraordinaire talent” d’un cinéaste “caméléon“. “Son travail mettait en exergue les éléments de sa personnalité que nous chérissions tant, intégrité, humanité, humour, irrévérence et rébellion, et surtout le spectacle“, a de son côté mis en exergue avec justesse la fameuse productrice Barbara Broccoli (James Bond), bouleversée.

Fils de pub

Né le 14 février 1944 à Londres dans une famille de la classe ouvrière, Alan Parker avait débuté au sortir de l’adolescence dans le milieu de la publicité – qui devait, pensait-il, lui permettre de rencontrer des filles. Rapidement, il s’était passionné pour l’écriture, passion à laquelle il s’adonnait en dehors des heures de bureau, et était passé à l’écriture et à la réalisation de campagnes publicitaires. En 1970, il avait fondé sa propre agence, qui allait devenir l’une des plus en vue du milieu et remporter de nombreux prix. Un parcours initiatique qu’Alan Parker n’avait jamais renié, bien au contraire : “Je suis d’une génération de réalisateurs qui n’auraient pas pu commencer autrement qu’en faisant des pubs, parce qu’il n’y avait pas d’industrie cinématographique au Royaume-Uni. Des gens comme Ridley Scott, Tony Scott, Adrian Lyne, Hugh Hudson et moi“, avait-il plus tard fait valoir.

Poussé par David Puttnam, qui allait par la suite devenir le producteur de nombre de ses films et rencontré dans une des agences de pub pour lesquelles il travailla, il avait écrit son premier script, celui du film Melody réalisé en 1971 par Waris Hussein. Deux ans plus tard, il réalisait son premier film de fiction, No Hard Feelings, sur un scénario qu’il avait évidemment écrit et sur ses propres deniers. Impressionnée, la BBC avait acheté le long métrage et par la même occasion passé commande d’une autre réalisation au cinéaste en devenir, The Evacuees, qui allait rafler le Bafta Award du meilleur téléfilm dramatique et l’Emmy Award du meilleur drame international.

Inclassable

Alan Parker avait dans la foulée signé son premier film pour le cinéma, Bugsy Malone (1976), parodie musicale des films de gangsters avec des enfants acteurs. “Un exercice pratique pour percer à Hollywood“, dira-t-il plus tard de ce film inimitable pensé, alors qu’il était déjà père de quatre enfants, comme une alternative aux Walt Disney à destination des petits comme des grands. Parmi les cinq distinctions reçues par Bugsy Malone, Jodie Foster avait récolté deux Bafta Awards.

Parker avait enchaîné en 1978 avec un film radicalement différent : Midnight Express, sur un scénario (son premier) d’Oliver Stone et à partir d’une histoire vraie, celle d’un jeune touriste américain condamné à trente ans de prison en Turquie pour avoir tenté de quitter le pays avec de la drogue. Nommé à l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, il avait immédiatement intronisé le Britannique parmi les grands.

Prenant à nouveau une tout autre direction, Alan Parker avait réalisé en 1980 Fame, l’un des sommets du cinéma musical, avec Irene Cara, avait ensuite porté à l’écran en 1981 Pink Floyd – The Wall, puis avait dirigé ce qu’il allait juger par la suite comme étant son “premier film adulte“, L’Usure du temps, sur un mariage en perdition, avec Diane Keaton et Albert Finney. Un drame qui faisait écho à ses propres difficultés conjugales et familiales de l’époque et qui allait rendre son mariage avec Annie Inglis, sa première épouse, “infiniment plus solide“… jusqu’à ce qu’il divorce, en 1992.

Déjà, son côté “caméléon”, gage pour lui d’une “créativité régénérée“, était palpable. Suivirent Birdy (1984), sur le retour de la Guerre du Vietnam de deux amis d’enfance joués par Matthew Modine et Nicolas Cage, encensé par la critique, puis Mississippi Burning (1988), avec Gene Hackman et Willem Dafoe, qui lui valut une seconde citation pour l’Oscar du meilleur réalisateur.

Don’t cry for me…

Après avoir débuté les années 1990 en signant une comédie très inspirée, The Commitments, sur des ouvriers dublinois qui montent un groupe de musique et joué par de jeunes musiciens sans expérience d’acteur, Alan Parker avait ajouté un autre film musical culte à son CV : Evita (1996), avec Madonna crevant l’écran dans le rôle d’Eva Peron. La reine de la pop lui a rendu hommage sur Instagram après avoir appris sa disparition, se remémorant leur collaboration.

Le cinéaste britannique avait réalisé son dernier film en 2003 avec le thriller La Vie de David Gale, porté par Kevin Spacey et Kate Winslet.

Remarié avec la productrice Lisa Moran, qui lui survit, Sir Alan Parker était père de cinq enfants, dont un fils, Nathan, qui a suivi sa voie en devenant scénariste. Il avait été fait en 1995 commandeur dans l’ordre de l’empire britannique, puis anobli en 2002. En 2005, il avait reçu en France les insignes de chevalier des Arts et des Lettres.