Andorre: le centre-droit gagne les élections, mais perd la majorité

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Le parti de centre-droit Democrates per Andorra (DA), au pouvoir en Andorre depuis huit ans, a remporté les élections parlementaires dimanche mais ne dispose plus de la majorité absolue, et devra donc nouer des alliances pour gouverner.

Sur les 28 sièges de conseillers du Parlement de cette petite principauté pyrénéenne, la formation du chef de gouvernement Antoni Marti en a obtenu 11, avec 35,13% des voix pour sa liste nationale.

Il en comptait 15 depuis 2015, soit le nombre requis pour détenir la majorité.

L’ex-ministre de l’Intérieur Xavier Espot, désormais à la tête de DA, est pressenti pour devenir le nouveau chef de gouvernement. Il devra cependant trouver des accords, soit ponctuels soit de législature, avec d’autres partis pour pouvoir gouverner.

“Raisonnablement satisfait”, il a estimé qu’il était “difficile qu’il y ait une majorité qui ne passe pas” par DA. Il a expliqué le recul de sa formation par “l’usure” du pouvoir, en ayant effectué des réformes “difficiles” et affronté la crise bancaire, selon des propos relayés par le site d’informations ARA Andorra.

La Banca Privada d’Andorra (BPA), quatrième banque du pays, a été accusée en 2015 de blanchiment de milliards de dollars des mafias russe et chinoise et de la compagnie pétrolière publique vénézuélienne PDVSA. Elle a depuis été liquidée, secouant un secteur banquier qui représente 20% de son économie.

– Grogne sociale –

La principauté s’est dans la foulée entendue avec l’UE pour lever son secret bancaire, une mesure entrée en vigueur en janvier 2018, et mettre en place une taxation, même réduite, des sociétés et particuliers.

De quoi alimenter une grogne sociale inédite dans ce micro-Etat, d’autant que l’alignement fiscal — notamment de la filière du tabac, qui assure un quart des revenus– est au centre des négociations en cours pour un accord d’association avec l’UE.

La principauté, réputée pour son commerce détaxé et son tourisme hivernal, a été le théâtre de trois manifestations depuis mars 2018, du jamais vu en 85 ans. Les manifestants protestaient contre une réforme de la fonction publique, une situation sociale dégradée et la cherté de l’immobilier.

Le gouvernement sortant d’Antoni Marti avait finalement lâché du lest en janvier, décrétant notamment une hausse du salaire minimum.

Le Parti social-démocrate (PS), deuxième force issue des urnes, affiche une dynamique avec désormais 7 postes de conseillers, en comptant ceux obtenus dans leur alliance avec les libéraux. Le PS est le parti qui progresse le plus.

“D’Acord”, son alliance avec les libéraux, a vraisemblablement échoué à prendre le pouvoir, mais a tout de même ravi à DA la circonscription de la capitale, Andorre-la-Vieille, à douze voix près.

“Les Democrates gagnent les élections mais perdent la capitale et Escaldes”, titrait d’ailleurs le journal Diari d’Andorra sur son site.

– Avortement –

Les libéraux pour leur part sont les grands perdants du scrutin (4 conseillers), victimes de l’émergence du parti Tercera Via, formé par d’ex-libéraux, qui obtient autant de sièges.

Cette nouvelle formation est citée comme un allié possible pour DA. “Le message est clair: le pays a besoin de stabilité et maintenant, à la lumière des résultats, il est temps de s’asseoir et de discuter”, a dit son leader, Jose Pintat, cité par ARA Andorra.

Parallèlement aux sujets sociaux, l’avortement a été l’autre grand thème de la campagne électorale. L’opposition militait pour sa dépénalisation, alors qu’il est actuellement totalement proscrit même en cas de viol ou de danger pour la santé.

Coprince du micro-Etat avec le chef de l’Etat français, l’évêque de la ville catalane de la Seu d’Urgell a menacé de se retirer si l’avortement devait être légalisé.

Quelque 80.000 personnes habitent en Andorre, mais seuls les 27.278 détenteurs de la nationalité andorrane ont le droit de vote.

La participation dominicale a été de 68,32%, en hausse de 2,7% par rapport à celle du précédent scrutin.