Annick Dumont, ex-femme de Beyer et Gailhaguet : était-elle au courant ?

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En publiant son livre Un si long silence, Sarah Abitbol avait l’espoir d’être entendue et l’ambition de briser l’omerta dans le monde du patinage artistique. L’athlète de 44 ans a fait coup double puisque son témoignage a été entendu jusque dans les plus hautes sphères du gouvernement – au point que Didier Gailhaguet, président de la Fédération française des sports de glace (FFSG) a démissionné face à la pression -, et elle a permis à d’autres patineuses d’avoir le courage de sortir du silence. Parmi elles, Agnès Gosselin.

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Sept fois championne de France de 1982 et 1988, l’ancienne patineuse de 52 ans a confié à L’Obs avoir été victime de gestes déplacés de la part de Gilles Beyer, l’ancien entraîneur de Sarah Abitbol. Sarah Abitbol accuse ce dernier de l’avoir violée durant deux ans dans son livre, de ses 15 à ses 17 ans. Dans son témoignage, Agnès Gosselin a ajouté qu’Annick Dumont, consultante de France Télévisions aux côtés de Philippe Candeloro mais aussi entraîneur, était au courant. Agnès Gosselin a raconté s’être confiée à Annick Dumont, dont le nom est étroitement lié à ceux de Gilles Beyer et Didier Gailhaguet. Et pour cause, l’experte de 59 ans du patinage artistique a été mariée aux deux.

Accusée de n’avoir rien fait pour dénoncer et stopper les violences sexuelles dans le patinage artistique, Annick Dumont sort de son droit de réserve et se défend dans les colonnes de L’Equipe le 13 février 2020. La consultante dit être “tombée à la renverse” lorsqu’elle a pris connaissance des accusations d’Agnès Gosselin : “C’est impossible. Pourquoi aurais-je tu des faits pareils ?” “Ce n’est pas conforme à mon éthique de ne pas rapporter de tels faits. Dans ma carrière, j’en ai rapporté deux“, poursuit-elle. Sauf qu’il ne s’agissait pas de violences sexuelles mais de “violences verbales, sexistes“. Annick Dumont réfute les déclarations d’Agnès Gosselin, qui l’accuse de l’avoir humiliée sur son physique et son poids : “Agnès n’avait pas de problème de poids. Elle était très puissante, très physique. Humilier des filles, ce n’est pas moi. Je l’aurais traitée de ‘grosse vache’… Ce ne sont pas mes mots, pas mon vocabulaire.

Un gros dragueur lourdaud avec une grande tchatche

S’agissant des gestes déplacés de Gilles Beyer, Annick Dumont dresse un portrait à charge de son ex-mari, qu’elle a épousé en juin 1978, alors qu’elle n’avait que 18 ans. Si elle avoue le détester, l’avoir toujours pris pour “un gros dragueur lourdaud avec une grande tchatche et un énorme ego“, elle assure qu’elle n’était pas au courant des violences sexuelles. La consultante de France Télévisions va jusqu’à plonger dans ses souvenirs personnels pour appuyer sa défense. Elle raconte ce jour où elle est allé le rejoindre plus tôt que prévu à Megève, où son mari était en stage : “Et là, je le trouve dans notre studio avec un autre entraîneur et une jeune patineuse… S’ensuit une bagarre et des propositions qui ne correspondent pas à mon mode de vie.” Finalement, la jeune bachelière passe l’été avec son mari à Megève et découvre “qu’il est profondément alcoolique, limite violent“. “Quand on rentre à Paris, je décide de partir. Il me rattrape dans la rue et me frappe. Il me casse une dent“, raconte-t-elle. Un épisode violent qui la pousse à retourner chez ses parents et à vouloir demander le divorce. Mais elle avance qu’à l’époque, il fallait au moins six ans de vie de commune pour pouvoir divorcer. “Donc vous comprenez bien que si on m’avait signalé ce genre de comportements de la part de M. Beyer, au-delà de la nécessité de les dénoncer, je m’en serais aussi servie pour mon divorce“, se défend Annick Dumont.

Quelques années plus tard, la passionnée de patinage épouse Didier Gailhaguet, auprès duquel elle dit avoir dénoncé “les agissements de Gilles Beyer” ces dernières années. Elle était donc au courant avant que le livre de Sarah Abitbol ne les révèle au grand jour ? “J’ai beaucoup de mails, depuis 2014, qui le confirment. Dans ces mails, j’y vais fort, je parle de l’entourage ou des gens qui le conseillent comme des ‘alcooliques, pédophiles violents ou fainéants…. des tordus tarés…‘”, certifie-t-elle. Après coup, elle regrette de ne pas avoir été plus haut que la présidence de la Fédération française des sports de glace occupée par son mari : “En cela, je culpabilise. Mais Beyer, je le hais.

L’omerta se brise aussi en Belgique

L’omerta ne brise pas seulement en France. Dans son édition du 12 février 2020, L’Equipe a recueilli le témoignage de Nancy Sohie, qui accuse son ex-coach, l’ancien champion de France Jacques Mrozek, de lui avoir volé son adolescence. “Il m’invitait souvent dans sa caravane pour écouter de la musique. C’est là que l’approche a commencé. Il a commencé à m’embrasser. J’avais 14 ans. moi j’étais amoureuse (…) J’ai eu mon premier rapport avec lui à 14 ans et demi“, a raconté l’ancienne athlète à L’Equipe. Jacques Mrozek en avait alors 32. Nancy Sohie ne se souvient pas de ce jour d’août 1982 comme d’une mauvaise expérience : “Il m’avait préparée psychologiquement à ce que l’on fasse l’amour. Il disait que son premier amour, on s’en souvient toute sa vie. Mais quand on demande une fellation à une enfant de 14 ans en lui disant que c’est comme une glace, ce n’est pas de l’amour mais de la pédophilie.

A 16 ans, la patineuse a quitté ses parents pour aller s’installer à Dunkerque avec son coach, toujours dans une caravane. De plus en plus isolée, Nancy Sohie s’est retrouvée à faire les tâches ménagères dans l’appartement qu’ils avaient pris ensemble. Jacques Mrozek était un “un grand copain” de Gilles Beyer… L’intervention nécessaire des parents de Nancy Sohie a finalement eu lieu lorsqu’elle avait 17 ans : “Je ne les remercierai jamais assez d’être venus me chercher. Je ne serais jamais partie de moi-même.