Après deux ans de froid, Macron veut renouer avec la Pologne

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Emmanuel Macron démarre lundi sa première visite en Pologne, pour renouer le dialogue avec l’un de ses principaux adversaires dans l’UE, que ce soit sur le climat, l’Etat de droit ou la politique migratoire.

Le président français rencontrera lundi à Varsovie les principales autorités politiques polonaises : le président Andrzej Duda et le Premier ministre Mateusz Morawiecki, mais aussi les présidents des deux chambres, Elzbieta Witek à la Diète et Tomasz Grodzki au Sénat.

Les deux pays ont des relations tendues depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS).

Depuis son élection, Emmanuel Macron a critiqué Varsovie pour ses réformes controversées de la justice — encore durcies par une loi votée le 23 janvier et destinée, selon l’opposition, à punir les juges récalcitrants à les appliquer — et l’a accusée de bloquer l’agenda de neutralité carbone en 2050.

En octobre 2018, lors de sa visite en Slovaquie, Emmanuel Macron était passé de la critique mesurée à la colère contre les dirigeants de Pologne et de Hongrie, des “esprits fous” qui selon lui “mentent à leur peuple” par leurs positions anti-européennes.

Il a aussi plusieurs fois suggéré de conditionner les aides européennes au respect de l’Etat de droit ou à une participation à l’accueil des réfugiés, menaces qui visaient la Pologne et la Hongrie. Deux pays qui avec la République tchèque et la Slovaquie font bloc dans le “groupe de Visegrad” contre l’Europe de l’Ouest.

Emmanuel Macron a par ailleurs choqué une Pologne inquiète des ambitions de son voisin russe par ses propos sur l’Otan “en état de mort cérébrale” et ses efforts pour se rapprocher de Vladimir Poutine.

“Qu’ils aillent manifester en Pologne”, avait-il aussi lancé cet automne à l’adresse des jeunes militants pour le climat qui le critiquaient, en s’énervant contre “la Pologne qui bloque tout”.

– Pragmatisme –

Mais le président français est adepte du pragmatisme en matière de politique étrangère, avec pour principe de “parler à tous” et de nouer des alliances bilatérales secteur par secteur.

De plus, avec le départ du Royaume-Uni, la Pologne renforce son poids dans l’UE en devenant le cinquième pays par la population et le sixième par le PIB.

Pour préparer cette opération séduction, l’Elysée a martelé la semaine dernière que “sur aucun grand sujet européen on ne peut avancer sans la Pologne”.

“Nous voulons renforcer la relation franco-polonaise, il existe des divergences, qu’il faut mettre sur la table mais des convergences dans des domaines comme la politique industrielle, la défense européenne, l’énergie nucléaire, la taxation du numérique ou encore la politique de concurrence”, explique la présidence française.

Pour montrer sa bonne volonté, l’Elysée a répété cette semaine que la France trouverait légitime que Varsovie reçoive des subventions plus importantes que d’autres pour l’aider à baisser ses émissions de CO2, si elle rejoint le “Green Deal” européen.

Quant à la politique migratoire, Emmanuel Macron estime depuis 2018 que le “principe de solidarité obligatoire pour tous” qu’il défend en matière d’accueil des réfugiés peut s’aménager en “modalités flexibles, comme participer à des programmes européens plutôt que d’accueillir des réfugiés”, rappelle Paris.

Les menaces sur la justice et les juges contestataires ? “Ce n’est pas une confrontation Pologne-France, on aurait tort d’en faire un sujet bilatéral, c’est un sujet collectif européen”, tempère Paris. La Commission mène une procédure que la France soutient “sans ambiguïté”, et “le président l’évoquera”, assure l’Elysée.

France et Pologne se retrouvent aussi alliées pour demander le maintien des importants financements de la Politique agricole commune (PAC) dans le nouveau budget européen pour 2021-2027, dont les négociations viennent de commencer.

“Après une période d’enthousiasme et d’optimisme pour la politique européenne d’Emmanuel Macron, le temps du réalisme est venu”, notamment dans le contexte du Brexit et d’un certain repli de l’Allemagne, résume le politologue Alexander Smolar, “d’où l’idée d’ententes moins profondes mais plus rapides”.

Paris espère aussi mettre en avant ses industriels dans la défense et le nucléaire. Pour réduire ses émissions, la Pologne, pays encore très largement dépendant du charbon, aura besoin du nucléaire, estime Paris. Dans la délégation figurent ainsi Xavier Ursat, directeur EDF pour les projets nucléaires, et le président de l’Autorité de sûreté nucléaire Bernard Doroszczuk.

Mais côté armement, si la Pologne cherche à renforcer ses forces armées, elle a toujours préféré jusqu’ici le matériel américain. Vendredi encore, Varsovie a signé avec Washington l’achat de 32 avions de combat F-35 pour 4,6 milliards de dollars (4,17 mds EUR).

Mardi, Emmanuel Macron se rendra à Cracovie, l’ancienne capitale royale de la Pologne, et “s’adressera à la jeunesse polonaise” lors d’une conférence avec les étudiants de l’université Jagellonne, pour “lancer un appel à l’engagement européen”.

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