Assassinat du président haïtien: la République dominicaine ferme sa frontière

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La République dominicaine a fermé mercredi sa frontière avec Haïti et renforcé la sécurité dans la zone après l’assassinat dans la matinée du président haïtien Jovenel Moïse.

“La frontière” de 380 kilomètres qui sépare Haïti de la République dominicaine, sur l’île d’Hispaniola, “a été immédiatement fermée”, a annoncé la présidence dominicaine dans un communiqué.

A Dajabon, un des quatre points de passage officiels entre Haïti, à l’ouest (11 millions d’habitants) et la République dominicaine, à l’est (10,5 millions, 64% du territoire de l’île), quatre soldats gardaient le portail fermé de la frontière, a constaté un journaliste de l’AFP. Habituellement, des centaines de personnes y transitent.

“Nous regrettons et condamnons le magnicide (assassinat contre un haut personnage de l’Etat, ndlr) du président haïtien Jovenel Moïse”, a réagi sur Twitter le président Luis Abinader. “Ce crime est une attaque contre l’ordre démocratique de Haïti et de la région”.

Blessée, la Première dame Martine Moïse a d’abord été soignée dans un hôpital local avant d’être évacuée vers Miami.

Le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné tôt mercredi matin à son domicile, un événement qui menace de déstabiliser un peu plus le pays le plus pauvre des Amériques, déjà confronté à une double crise politique et sécuritaire.

A Saint-Domingue, l’ambassadeur haïtien en République dominicaine Smith Augustin a estimé que le pays devait “poursuivre (son chemin vers) les élections pour avoir un nouveau gouvernement élu le 7 février” et “sauver la démocratie”.

Selon le Premier ministre haïtien par intérim Claude Joseph, Jovenel Moïse a été assassiné “par des étrangers qui parlaient l’anglais et l’espagnol”.

– “Parer à toute éventualité” –

L’ambassadeur haïtien aux Etats-Unis, Bocchit Edmond, a évoqué une “attaque bien orchestrée” de mercenaires “professionnels” qui pourraient avoir fui vers la République dominicaine.

“On ne sait pas s’ils sont partis ou s’ils sont encore là. S’ils ne sont pas dans le pays, il n’y a eu qu’une seule façon pour eux de partir et c’est par les frontières (de la République dominicaine) car il n’y a pas d’avion”, a-t-il ajouté.

De “présumés assassins” du président haïtien ont toutefois été arrêtés à Haïti par la police, a annoncé mercredi soir le secrétaire d’Etat à la Communication d’Haïti, Frantz Exantus.

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Le président dominicain Abinader avait convoqué dans la matinée un Conseil de sécurité nationale.

“Le ministère de la Défense a activé le +plan de contingence Gabion (mur)+ qui inclut toutes les opérations nécessaires sur air, terre et mer, pour préserver la souveraineté et l’intégrité du territoire en cas de troubles sociaux ou politiques à Haïti”, a annoncé le ministère.

“L’effort principal est porté sur la zone frontalière avec un renforcement des unités” terrestres mais aussi navales, a souligné le ministre de la Défense, le général Carlos Luciano Diaz Morfa, dans le communiqué.

“Un des objectifs (…) est d’empêcher la concentration de ressortissants haïtiens sans papiers et de bloquer le flux migratoire massif en provenance du pays voisin”, précise le texte.

Quelque 9.800 soldats gardent la frontière, selon le général Miguel Angel Burgos, présent à Dajabon. Un chiffre “plus que suffisant pour parer à toute éventualité”, a-t-il précisé, soulignant que tout était “tranquille”.

Parmi les mesures prises par le Conseil national de sécurité, “des patrouilles aux points critiques de la frontière” et la “suspension jusqu’à nouvel ordre des marchés binationaux” qui ont régulièrement lieu dans la zone.

Les relations entre la République dominicaine et Haïti sont historiquement difficiles.

Environ 500.000 Haïtiens vivent illégalement en République dominicaine et l’immigration clandestine est une pierre d’achoppement récurrente entre les deux pays.

Le président Abinader ambitionne notamment de construire un mur sur les 380 kilomètres de frontière pour contenir l’immigration.

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Des milliers d’Haïtiens cherchent à travailler chez leur voisin bien plus riche grâce notamment au tourisme mais aussi à sa dynamique industrie manufacturière.

Agé de 31 ans, dont 17 passés en République dominicaine, Tidro Perit Frere, livreur haïtien, s’étonne: “c’est bizarre. Un président a beaucoup de sécurité et là, ils ont dû passer toute la sécurité et il n’y a que lui qui meurt…”

“J’ai de la famille là-bas. Comme le président est mort, les choses vont mal. Moi, je n’y vais pas. Je ne veux pas aller dans un pays comme ça. J’attends que les choses aillent mieux pour aller voir ma famille”, ajoute-t-il.