Attentat au colis piégé à Lyon: le suspect mis en examen et écroué

0
101

Un profil apparemment solitaire, resté invisible des services de renseignements: une semaine après l’attentat au colis piégé de Lyon, qu’il a avoué avoir perpétré, le suspect radicalisé Mohamed Hichem Medjoub, a été mis en examen vendredi à Paris et écroué, mais le flou demeure sur les raisons de son passage à l’acte.

Traqué jusqu’à son arrestation à Lyon lundi, ce jeune Algérien de 24 ans, a donc été mis en examen pour “tentative d’assassinats terroristes”, “association de malfaiteurs terroriste criminelle” et “fabrication d’explosif en relation avec une entreprise terroriste”. Il a été placé en détention provisoire.

Lors des quatre jours de sa garde à vue, il a d’abord nié les faits avant de passer aux aveux, mercredi.

Devant les enquêteurs, il a raconté avoir “prêté allégeance en son for intérieur” au groupe Etat islamique (EI) et a “reconnu avoir déposé” vendredi devant une boulangerie du centre de Lyon, rue Victor-Hugo, “l’engin explosif, qu’il avait préalablement confectionné”, a déclaré le procureur de la République de Paris Rémy Heitz dans un communiqué vendredi.

Selon une source judiciaire, le jeune homme a également “reconnu avoir actionné l’engin”.

L’analyse de l’ordinateur qu’il utilisait jusqu’à fin 2018 a “mis en évidence des recherches sur internet révélant un intérêt pour les thèses jihadistes et l’activité de l’EI”, a indiqué le procureur. L’attentat n’a fait l’objet à ce jour d’aucune revendication.

– Cible mystérieuse –

Vendredi, la vidéosurveillance avait capté les images d’un jeune homme à vélo, avec casquette et lunettes de soleil, déposant vers 17H30, devant une boulangerie de cette rue piétonne de Lyon, un sac en papier contenant une bombe artisanale. L’explosion a fait 14 blessés – contre 13 annoncés auparavant – “qui présentent des incapacités comprises entre 1 et 30 jours”, selon le procureur.

Les experts ont pu déterminer que l’engin avait été élaboré avec une charge “de 250 à 400 grammes de TATP associée à des billes d’acier et des vis, un dispositif de déclenchement à distance par télécommande et une source d’énergie composée de 8 piles”, a détaillé le magistrat.

L’enquête menée par la sous-direction antiterroriste (Sdat) et la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a rapidement progressé ces derniers jours, notamment grâce à l’exploitation de la vidéosurveillance, qui a permis de retracer l’itinéraire du “jeune homme à vélo”.

Le travail effectué sur ses données téléphoniques et ses achats sur internet a également mené les enquêteurs jusqu’à ce jeune Algérien, totalement “inconnu des services de police” et “jamais” condamné. Son profil génétique a été retrouvé sur l’engin explosif.

Les enquêteurs pensent qu’il fomentait son projet depuis au moins plusieurs semaines, comme le suggère l’achat sur internet le 7 mai d'”un lot de 20 piles”, livré à son domicile d’Oullins, en banlieue lyonnaise où il réside avec sa famille. D’autres découvertes se sont révélées à charge pour le suspect.

“Dans la cuisine”, ils retrouvent ainsi les ingrédients entrant dans la composition du TATP, utilisé notamment lors des attentats jihadistes du 13 novembre 2015: trois bouteilles d’eau oxygénée, d’acide chlorhydrique, d’ammoniaque, un sac kraft contenant de nombreuses piles et du fil électrique, selon le procureur.

Et “dans les poubelles” de son immeuble, ils ont saisi “une gourde de vélo contenant des traces de TATP, 4 télécommandes” ainsi que des billes d’aciers et des vis.

Sans activité et en situation irrégulière, Mohamed Hichem Medjoub “était arrivé en France en août 2017 avec un visa touristique” de 90 jours, selon M. Heitz. Son frère et ses parents, arrêtés eux aussi lundi, ont été remis en liberté jeudi.

L’enquête qui va se poursuivre devra notamment déterminer si le jeune homme avait une cible précise.

Il y a “un caractère étrange entre la disproportion d’un procédé technique très performant et un volume d’explosif très faible”, avait commenté le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, rappelé à l’ordre mardi par le procureur de Paris pour avoir rendu publics des éléments de l’enquête.

Même si l’organisation EI a été défaite sur ses terres, la France, frappée depuis 2015 par une vague d’attentats jihadistes sans précédent (251 morts), vit sous une menace terroriste constante. Désormais largement “endogène”, elle est incarnée par des personnes endoctrinées ou auto-radicalisées qui restent perméables aux discours de l’EI.