Au Bélarus, des bénévoles seuls pour soutenir les sans-abri

0
126

Protégée par sa blouse médicale et une visière de protection, Karina Radtchenko tend un thermomètre à Iouri, un sans-abri qui, comme des dizaines d’autres, s’est rendu dans un parc de Minsk pour recevoir d’indispensables soins médicaux.

La jeune femme de 28 ans, étudiante en médecine, a fondé il y a 18 mois “Oulitchnaïa Meditsina” (Médecine de Rue), le premier projet bénévole du Bélarus venant en aide aux sans domicile fixe.

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, elle a constaté une flambée du nombre de gens lui demandant de l’aide. Des sans-abri, mais aussi des gens comme tout le monde ayant perdu leur emploi et n’ayant plus les moyens d’aller chez le docteur ou d’acheter des médicaments.

“Ils sont maintenant obligés de demander de l’aide avec les sans-abri parce qu’ils ne peuvent en trouver nulle part ailleurs”, explique Karina Radtchenko à l’AFP.

Ex-république socialiste aux portes de l’Union européenne, le Bélarus est un des rares pays n’ayant pris aucune mesure de confinement généralisé. L’économie tourne tout de même au ralenti, des entreprises ou des organisations n’ayant pas attendu les ordres des autorités pour réduire leur activité.

Le nombre de malades du coronavirus, longtemps contenu, augmente drastiquement depuis quelques semaines et a atteint dimanche 16.705 cas dans le pays de neuf millions d’habitants.

Tatiana, une retraitée refusant de donner son nom de famille, fait partie de ces Bélarusses modestes venant “parfois” se faire soigner par les bénévoles, quand elle est à court d’argent.

Les bénévoles de “Oulitchnaïa Meditsina” distribuent des médicaments ne nécessitant pas d’ordonnance. Une vieille femme est venue se faire prendre sa pression artérielle tandis que d’autres se font expliquer l’usage des masques de protection.

Iouri, le sans-abri venu prendre sa température, salue le travail de ces bénévoles offrant des médicaments et des masques. “Il y a beaucoup de décès. Les gens ne devraient pas mourir”, dit cet ancien détenu de 30 ans qui refuse aussi de donner son nom de famille.

– “A nos risques et périls” –

Les bénévoles ne disposant pas de kits de détection du coronavirus, tout ce qu’ils peuvent faire est d’être attentifs à tous les symptômes de la maladie. “Nous faisons particulièrement attention aux gens ayant des signes d’infection respiratoire”, précise Karina Radtchenko.

Selon les chiffres officiels, 99 personnes sont mortes du coronavirus jusqu’à présent dans le pays. Le président Alexandre Loukachenko, qui dirige le Bélarus d’une main de fer, a régulièrement dénoncé une “psychose” et prévoit toujours d’organiser la semaine prochaine la parade militaire célébrant la victoire sur les nazis.

Les personnes ayant le plus besoin d’aide en reçoivent de moins en moins, regrette Mme Radtchenko, qui affirme que les organisations venant en aide aux sans-abri avaient soit fermé leurs portes, soit réduit leurs activités par crainte de la pandémie.

Aujourd’hui, celle qui avait lancé seule son activité, inspirée par un projet américain baptisé “Street Medicine Institute”, mène une équipe de 25 bénévoles dont sept docteurs, tous praticiens sauf elle.

Deux fois par semaine, ils parcourent les rues pour venir en aide aux gens dans le besoin mais Karina Radtchenko n’est pas sûre de pouvoir continuer longtemps: l’Etat bélarusse ne lui apporte aucune aide et les dons sont faibles.

Il n’y a aussi aucune loi régulant leur travail au Bélarus: “Nous travaillons à nos risques et périls”, regrette la jeune étudiante.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.