Avant Khashoggi, ces dissidents assassinés dans un pays tiers

0
221

Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce vendredi que le procureur général d’Arabie saoudite était attendu dimanche à Istanbul dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jamal Khashoggi. Le président turc a ajouté que les autorités turques étaient en possession “d’autres éléments” de preuve liés au meurtre.

Le journaliste saoudien, critique du régime, a été tué le 2 octobre au consulat saoudien à Istanbul. Après avoir nié sa mort, les autorités, sous la pression internationale, ont admis 17 jours après la disparition de Jamal Khashoggi qu’il avait été tué à l’intérieur du consulat du royaume à Istanbul, sans toutefois révéler où se trouvait son corps.

Mais le nom de Jamal Khashoggi n’est que le dernier d’une longue liste de dissidents, opposants politiques et journalistes, dont l’assassinat dans un pays tiers a provoqué une crise diplomatique.

Sergueï Skripal en Angleterre, Kim Jong-nam en Malaisie, les militantes du PKK en France

En mars dernier, la Grande-Bretagne a accusé la Russie d’avoir orchestré l’empoisonnement de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia par un puissant agent innervant à Salisbury. Londres a notamment mis en cause les services de renseignement militaire russes, le GRU, et a lancé un mandat d’arrêt européen contre deux Russes soupçonnés d’avoir perpétré l’attaque contre les Skripal.

Ce n’est pas la première fois que les services de renseignement russes sont mis en cause pour l’attaque d’un dissident dans un pays étranger. En 2013, l’ex-oligarque russe Boris Berezovski était retrouvé “pendu” dans sa baignoire, à Londres. C’est aussi dans la capitale britannique, en 2006, que l’ex-agent secret Alexandre Litvinenko était mortellement intoxiqué au polonium 210. En 2004, l’homme d’État tchétchène Zelimkhan Iandarbiev trouvait la mort dans un attentat à la voiture piégée au Qatar. Condamnés par la justice qatarienne, ses assassins russes ont été célébrés en héros à leur retour en Russie et n’ont jamais purgé leur peine.

On se souvient aussi du rocambolesque assassinat de Kim Jong-nam, demi-frère en disgrâce du leader nord-coréen Kim Jong-un, en février 2017 à l’aéroport de Kuala Lumpur. Deux jeunes femmes, l’Indonésienne Siti Aisyah et la Vietnamienne Thi Huong, lui ont jeté au visage une substance qui s’est révélée être du VX, un agent neurotoxique, version hautement mortelle du gaz sarin considérée comme une arme de destruction massive. Kim Jong Nam a succombé peu après. Depuis le début de l’affaire, les deux accusées nient toute intention de tuer. Elles affirment avoir été recrutées pour participer à ce qu’elles croyaient être une farce du style “caméra cachée”, mais qui s’est révélé être un complot fomenté par des agents nord-coréens.

En France, le cas le plus récent est le triple assassinat de militantes kurdes survenu à Paris en 2013. Fidan Doğan, Sakine Cansiz et Leyla Söylemez, toutes trois membres du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), ont été abattues par arme à feu dans un appartement du Xème arrondissement. Le principal suspect, Omer Güney, est mort présumé innocent quelques jours avant son procès. Pour la première fois de son histoire, le parquet de Paris a alors évoqué la possible implication d’un service de renseignement étranger, en l’occurrence le MIT turc, dans un assassinat politique commis en France.

Des années 1970 à 1990, les assassinats du Mossad

Le Mossad israélien a été mêlé à de nombreuses crises diplomatiques ces dernières années. Le “Dubaïgate” a éclaté en 2010 à la suite de l’assassinat au Qatar de Mahmoud al-Mabhouh, co-fondateur des brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas palestinien. Selon la police de Dubaï et la presse internationale, 26 hommes du Mossad en seraient les auteurs. Les suspects étaient munis de faux passeports de pays européens, stratégie condamnée par l’Union européenne. En réaction à cet assassinat, l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Australie ont expulsé des diplomates israéliens.

Dans le cadre de l’opération “Colère de Dieu”, qui visait à éliminer les organisateurs du massacre de Munich de 1972, le Mossad a assassiné Atef Bseiso en France, en 1992, Ali Hassan Salameh au Liban en 1979, et trois militants de la cause palestinienne (Mohammed Youssef al-Najjar, Kamal Nasser et Kamal Adouan), également au Liban en 1973. 

En 1987, la mort du caricaturiste palestinien Naji al-Ali à Londres, attribuée aux services secrets israéliens, a entraîné l’expulsion de deux diplomates israéliens de Londres et la fermeture des bureaux du Mossad à Kensington. Le Mossad a également été suspecté de l’assassinat de l’écrivain et militant palestinien Ghassan Kanafani, au Liban en 1972, de l’intellectuel palestinien chrétien Naïm Khader, en Belgique en 1981, et de l’ingénieur canadien Gerald Bull, tué à Bruxelles en 1990.

Cette liste ne recense pas les assassinats politiques perpétrés localement, notamment en Russie, ni les assassinats opérés avec la coopération du pays d’accueil des victimes. L’opération Condor, menée par les dictatures d’Amérique latine entre 1968 et 1980, a fait plusieurs centaines de victimes de dix nationalités différentes. Elle a été réalisée conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay, avec le soutien tacite des États-Unis au milieu des années 1970.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.