Avec le confinement, la vie en suspens des demandeurs d’asile et des sans papiers

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Le confinement a mis en suspens les démarches des demandeurs d’asile et des sans papiers en France, d’autant plus inquiets que nombre d’entre eux vivent dans une grande promiscuité en pleine épidémie de Covid-19.

Abraham, Nigérian de 35 ans, avait rendez-vous le 24 mars à la préfecture à Lyon, pour enregistrer sa demande d’asile, et ainsi débloquer certains droits comme la perception d’une aide financière (ADA), l’hébergement ou des soins d’urgence.

Mais un panneau à l’entrée a douché ses espoirs: “fermeture exceptionnelle ce jour”. Et les jours suivants.

“Demandes de titres de séjour, de régularisation, d’accompagnement d’asile… Tout est paralysé par le fait que les administrations sont fermées”, explique à l’AFP Antoine Decourcelle de la Cimade, association d’aide aux exilés et aux migrants.

Pour les personnes dont la demande d’asile est en cours, “l’examen des dossiers est gelé” mais elles conservent leurs droits. En revanche, c’est une “situation de survie assez dramatique” pour celles qui sont encore “inconnues de l’administration”. Comme Abraham, arrivé en France en février.

“Je n’ai rien, je suis vraiment perdu. Parfois je mange quand des amis m’appellent, mais parfois ils ne m’appellent pas”, confie-t-il à l’AFP. Ses “amis” ce sont les quelque 400 habitants du squat Maurice Scève, un collège désaffecté lyonnais où il a trouvé refuge.

“L’enjeu énorme est la réouverture, sans attendre, des guichets” dans les préfectures pour enregistrer des demandes d’asile, estime Jean-François Ploquin, directeur général de Forum Réfugiés-Cosi, association qui gère des centres d’hébergement pour demandeurs d’asile (850 places dans le grand Lyon).

La justice a déjà ordonné mardi une telle reprise dans les prochains jours en Ile-de-France.

En attendant, Forum Réfugiés-Cosi accueille dans ses centres, avec l’accord de la préfecture, des “personnes qui ont simplement manifesté leur intention de demander l’asile, mais n’ont pas pu introduire leur dossier en guichets uniques”.

– “Ca sert à rien !” –

Au squat Maurice Scève, où sanitaires, chambres et cuisine sont partagés, la promiscuité inquiète. Pour prévenir une contamination massive, le collectif de soutien s’est activé dès la mi-mars.

Outre l’installation de distributeurs de savon, un thermomètre et des boîtes de paracétamol ont été confiés à deux habitants chargés de repérer les cas suspects et d’alerter des médecins volontaires.

Il y a eu trois fausses alertes, précise à l’AFP Nicole Smolski, anesthésiste-réanimatrice retraitée. “Ce sont des jeunes, pour la plupart d’Afrique subsaharienne, qui ont connu les épidémies d’Ebola, qui sont terrorisés et respectent vraiment bien le confinement”.

Des équipes médicales sont aussi intervenues pour sensibiliser aux gestes barrières. Des masques ont été confectionnés par des habitants couturiers.

Pas suffisant pour rassurer Sekou*, demandeur d’asile guinéen de 20 ans. “Même si on s’éloigne, même si on porte le masque, ici ça sert à rien ! Dans ma chambre, on dort à 14”, s’agace-t-il.

– “On est des miettes” –

A Villeurbanne, un immeuble de cinq étages, géré par Forum Réfugiés-Cosi, peut accueillir jusqu’à 250 demandeurs d’asile. Depuis le début du confinement, trois étages ont été placés en quarantaine. Malgré les dispositions prises par le centre, la situation a “vraiment inquiété” Thomas*, demandeur d’asile congolais.

Pendant “vingt jours”, le père de famille de 38 ans s’est levé “à 5H00” afin de nettoyer “à l’eau de Javel” toutes les surfaces que “sa petite dame et ses enfants” pourraient éventuellement toucher. “Nous, on se contrôle, mais est-ce que les autres, qui vivent avec nous, se contrôlent aussi ?”

Le confinement “ajoute un gros coup de stress aux hébergés”, observe Nina Vidal, chargée d’accompagnement. “Demander l’asile, c’est long, et là, c’est en étant enfermés dans des chambres de 9 mètres carrés” avec “juste un lit et un lavabo”.

La famille de Souad vit elle son confinement dans une chambre d’hôtel à Lyon.

“Cette épidémie a montré qu’on était des miettes. Du jour au lendemain, on a été sans ressources”, raconte la mère de trois enfants, sans papiers, qui ne peut plus comme avant recourir à la distribution alimentaire.

Alors quand le Secours catholique lui a envoyé des chèques services pour “200 euros”, “l’équivalent de vingt jours”, Souad a ressenti une “vraie joie”. “Fromage, yaourts, tomates cerises, pâtes à cuire au micro-ondes… Je me suis même permise d’acheter un peu de chocolat”.

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