Bélarus: la principale rivale du président quitte le pays

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L’opposante Svetlana Tikhanovskaïa, rivale à la présidentielle de l’autoritaire président du Bélarus, a quitté le pays pour la Lituanie mardi, après une deuxième nuit de protestations contre le pouvoir violemment réprimées et ayant fait un mort.

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, a indiqué mardi à l’AFP que Mme Tikhanovskaïa était “en sécurité”.

Dans une vidéo, l’opposante a confirmé avoir pris “seule” la “décision très difficile” de partir. “Je sais que beaucoup me condamneront, beaucoup me comprendront, beaucoup me haïront”, a-t-elle affirmé, les traits tirés.

“Les enfants sont ce qu’il y a de plus important dans la vie”, a ajouté celle qui pendant la campagne avait envoyé ses deux enfants à l’étranger, craignant des pressions du pouvoir.

Les gardes-frontières bélarusses ont précisé qu’elle avait quitté le pays par la route dans la nuit.

Selon son équipe, il s’agit néanmoins d’un départ forcé sous la pression des autorités. “Elle n’a pas eu le choix”, a affirmé à l’AFP Olga Kovalkova, une alliée de Mme Tikhanovskaïa.

Lundi soir, l’opposante avait été retenue plusieurs heures à la Commission électorale, où elle était venue déposer une plainte.

Novice en politique, Svetlana Tikhanovskaïa a émergé comme une rivale inattendue face au président Alexandre Loukachenko, 65 ans, au pouvoir depuis 26 ans.

Elle avait remplacé dans la course à la présidentielle son mari, Sergueï, une vidéoblogueur en vue, emprisonné en mai.

Après le scrutin dimanche, elle a enjoint le régime à “céder le pouvoir”, contestant les résultats officiels donnant M. Loukachenko vainqueur avec 80,08% des voix et ne lui en accordant que 10%.

– Barricades, un mort –

L’opposante a néanmoins refusé de participer aux manifestations violemment réprimées dimanche et lundi soir par les forces anti-émeutes, qui ont usé de grenades sonores, de balles en caoutchouc et procédé à de nombreuses arrestations pour mater les protestations à Minsk.

“Le départ de Tikhanovskaïa ne va pas nous arrêter”, a indiqué à l’AFP Ian, un manifestant de 28 ans, promettant qu’il allait continuer à se battre pour vivre “dans un pays libre”.

Mardi, des appels à une grève générale circulait sur les réseaux sociaux.

Dans la nuit de lundi, des milliers de personnes ont manifesté dans la capitale et tenté d’ériger des barricades dans certaines rues. Selon la police, un manifestant a été tué par un “engin explosif” qu’il s’apprêtait à lancer.

Ces derniers jours, les autorités ont multiplié les pressions contre l’équipe de M. Tikhanovskaïa, arrêtant une dizaine de ses collaborateurs. Une de ses alliées, Veronika Tsepkalo, épouse d’un opposant interdit de présidentielle, avait fui le Bélarus dimanche pour Moscou.

Des manifestations spontanées ont eu lieu dans 33 villes dès dimanche soir, alors que le pouvoir s’apprêtait à annoncer la victoire de M. Loukachenko. La police avait répliqué avec ses moyens anti-émeutes.

Plus de 3.000 personnes avaient alors été interpellées. Une cinquantaine de manifestants et une quarantaine de policiers ont aussi été blessés.

Le président bélarusse a qualifié les manifestants de “moutons” téléguidés depuis l’étranger et juré de “remettre le cerveau à l’endroit” à ceux qui le conteste.

En 2010 déjà, après la présidentielle, les manifestations d’opposition avaient été sévèrement réprimées.

– Condamnations occidentales –

A l’étranger, la Commission européenne, Paris, Berlin et Londres ont condamné la répression et appelé Minsk à la retenue.

L’Allemagne a évoqué la possibilité de sanctions. Varsovie a demandé un sommet de l’UE consacré au sujet et Washington s’est dit “grandement préoccupé”.

A l’inverse, les dirigeants russe et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping, ont félicité le président Loukachenko. Ce dernier avait pourtant accusé Moscou de vouloir vassaliser son pays et de chercher à le déstabiliser.

Moscou a tout de même dénoncé des interpellations de journalistes russes et réclamé la libération de 33 Russes présentés depuis fin juillet par Minsk comme des mercenaires travaillant avec l’opposition.

La campagne électorale avait été marquée par une ferveur inédite pour Mme Tikhanovskaïa. Avant l’émergence de sa candidature, les principaux rivaux de M. Loukachenko avaient été écartés ou arrêtés.

La mobilisation s’est faite sur fond de difficultés économiques, aggravées par des tensions avec la Russie, et de la réponse d’Alexandre Loukachenko à l’épidémie de coronavirus, qu’il a qualifiée de “psychose”.

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