Biden prend la parole, de manière solennelle, pour sceller le retrait d’Afghanistan

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Après les militaires et les diplomates, une mise en scène solennelle pour tenter de remettre d’aplomb un commandant en chef fragilisé: Joe Biden s’exprime mardi sur la fin humiliante de l’intervention américaine en Afghanistan, une décision qu’il n’a jamais reniée.

Le président, certainement désireux de corriger l’impression d’impuissance et de paralysie laissée par la victoire éclair des talibans, a voulu prendre son temps avant de parler.

L’horaire de son allocution mardi a d’ailleurs été repoussé de plus d’une heure, et c’est à finalement 18H45 GMT que Joe Biden, sauf nouveau délai, doit apparaître à la Maison Blanche.

Se seront alors écoulées près de 24 heures depuis l’annonce par général Kenneth McKenzie de la fin de la plus longue guerre des Etats-Unis, dans l’humiliation et le chaos.

Joe Biden a ensuite laissé son secrétaire d’Etat Antony Blinken s’exprimer à propos des derniers ressortissants américains et d’autres alliés, afghans et étrangers, des Etats-Unis, qui veulent encore fuir le pays.

– Commandant en chef fragilisé –

Après le général, le diplomate, et la photo déjà historique du dernier soldat américain montant de nuit dans l’avion à Kaboul, la Maison Blanche a voulu mettre en scène de manière solennelle le “commandant en chef”, titre dont se parent volontiers les présidents américains.

Le président doit exprimer ses “remerciements” pour la spectaculaire opération d’évacuation aérienne menée par les Américains depuis Kaboul, au bénéfice de plus de 120.000 personnes, et “expliquer sa décision de mettre fin à la guerre en Afghanistan”, a fait savoir sa porte-parole Jen Psaki dans un bref communiqué.

Une décision que le président n’a jamais reniée. Il n’a pas non plus changé le calendrier, même quand le retrait planifié de longue date a tourné à la débâcle.

L’armée américaine a quitté l’Afghanistan une minute avant que ne débute, à Kaboul, la journée du 31 août, date butoir fixée par Joe Biden.

Pourtant rien ne s’est passé comme prévu. Le président américain et son administration ont d’abord semblé tétanisés par l’avancée fulgurante des talibans. Il faudra du temps pour oublier le long silence de Joe Biden, retranché dans la résidence de vacances de Camp David, devant ses écrans de visioconférence, alors que Kaboul tremblait puis tombait.

La Maison Blanche a ensuite tenté de reprendre la main avec un discours bien rodé: Joe Biden fait, en quelque sorte, le “sale boulot” en bouclant un retrait d’Afghanistan soutenu par l’opinion publique et par le haut commandement militaire.

Puis est arrivé le 26 août, et la mort de 13 militaires américains dans un attentat près de l’aéroport de Kaboul.

– Tourner la page –

Le démocrate de 78 ans, qui n’est pas considéré comme un grand orateur, s’attaque à un exercice périlleux mardi.

D’un côté, il veut certainement tourner la page après la première vraie crise de sa présidence.

Mais, de l’autre, Joe Biden ne peut pas aller trop vite.

Pas quand les Américains ont encore en tête les jeunes visages des militaires tombés à Kaboul.

Pas quand il reste aux Etats-Unis à évacuer entre 100 et 200 ressortissants, en comptant seulement sur la diplomatie et sur les promesses des talibans.

Joe Biden, près de vingt ans après les attaques du 11 septembre 2001, doit aussi convaincre ses concitoyens que l’Afghanistan ne redeviendra pas une base arrière d’où seraient lancés des attentats contre les Etats-Unis.

Pour la majorité des experts, à long terme, le président sera toutefois jugé sur ses promesses de prospérité pour la classe moyenne, et sur sa capacité à contenir la pandémie de Covid-19, pas sur ses qualités de chef de guerre.

Bien loin de l’Afghanistan laissé aux mains des talibans, Joe Biden doit convaincre dans les prochaines semaines le Congrès de finaliser de faramineux programmes d’infrastructures et de dépenses sociales, dont le montant cumulé pourrait flirter avec les 5.000 milliards de dollars.