Bolivie: un mort dans des heurts près de La Paz, le dialogue politique au ralenti

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Un homme est mort mardi lors de heurts entre des manifestants et l’armée bolivienne qui dégageait une raffinerie bloquée par des partisans d’Evo Morales, portant à 25 le nombre de morts dans des violences depuis le début de la crise dans ce pays andin.

“Il a été constaté la mort par balle de M. Dayvi Posto Cusi, 31 ans”, a déclaré à l’AFP un porte-parole du Défenseur du peuple, un organe public chargé de protéger les droits et libertés des Boliviens.

“Nous demandons aux autorités qu’elles ouvrent une enquête”, a-t-il ajouté.

Ce décès porte à 25 le nombre de morts dans des violences survenues depuis un mois que la Bolivie est plongée dans une très grave crise politique.

Selon les médias boliviens, entre trois et cinq personnes ont été blessées lors de ces échauffourées.

Les heurts ont éclaté lorsque des partisans de l’ancien président Evo Morales se sont mis à jeter des pierres et des détonateurs de dynamite en direction de l’usine de combustible de Senkata, à El Alto, ville-jumelle de La Paz.

Peu avant, la police et l’armée étaient intervenues pour débloquer l’accès de la raffinerie occupée depuis un peu moins d’une semaine par des manifestants, entraînant une grave pénurie de carburants à La Paz.

Les manifestants entendaient exprimer leur rejet de Jeanine Añez, la présidente par intérim de la Bolivie qui a pris les rênes du pays andin 48 heures après la démission d’Evo Morales le 10 novembre.

La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour maintenir à distance des manifestants qui tentaient de s’opposer au déblocage de la raffinerie, selon des images retransmises à la télévision.

Depuis la démission d’Evo Morales, premier président indigène du pays, ses partisans manifestent quotidiennement dans les rues de La Paz et dans certaines villes de province pour exiger le départ de Jeanine Añez.

Lundi soir, la police, escortée par l’armée, avait tiré des gaz lacrymogène contre plusieurs milliers de manifestants pro-Morales dans une localité proche de Cochabamba (centre) où neuf paysans ont été tués lors de heurts vendredi.

Pour tenter de calmer le jeu, Jeanine Añez a promis des élections présidentielle et législatives dans un avenir proche, sans toutefois avancer de date.

-“Il n’y a plus de poulet”-

Une pénurie d’aliments se fait aussi ressentir dans les magasins et les restaurants de La Paz en raison des blocages de routes qui mènent aux régions agricoles de la Bolivie, dans le centre et l’est du pays.

“Il n’y a plus de poulet, y’a que de la soupe”, expliquait à l’heure du déjeuner Eduardo Mamani, employé d’un restaurant spécialisé dans les plats à base de poulet de La Paz.

Se voulant rassurant, le ministre du Développement productif Wilfredo Rojo a annoncé qu’un “pont aérien” avait été instauré pour “l’acheminement de viande” vers La Paz avec le concours de l’armée de l’Air.

Dans les marchés, les files d’attente s’allongent et les prix explosent: un oeuf valait il y a une semaine 1 boliviano (14 centimes de dollar), et se vend plus du double aujourd’hui.

Alors que les partisans d’Evo Morales continuent d’exercer une pression dans la rue, le gouvernement intérimaire participe à un dialogue initié lundi par l’Eglise qui réunit tous les partis mais aussi la société civile.

Les conversations, dont rien n’a encore filtré, concernent en premier lieu la mise en place d’un nouveau Tribunal suprême électoral (TSE), seul organe à même de convoquer des élections.

Mais deux alliés de Mme Añez, l’ancien président et candidat à la dernière présidentielle Carlos Mesa et le leader régional Luis Fernando Camacho, la pressent de convoquer directement des élections par décret présidentiel.

Dans ce dernier cas, elle pourrait se passer du blanc-seing du TSE, mais elle accentuerait la colère des partisans d’Evo Morales.

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