Colombie: mobilisation massive et casseroles contre le président Duque

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Les Colombiens sont descendus dans la rue en masse jeudi pour protester contre la politique du président Ivan Duque, au pouvoir depuis moins de 18 mois, mais déjà impopulaire et confronté aux manifestations les plus importantes de ces dernières années.

A la grève et aux marches convoquées par des syndicats de travailleurs se sont joints les étudiants, les indigènes, mais aussi des organisations de défense de l’environnement et d’opposition, dénonçant les politiques économiques, sociales et sécuritaires du gouvernement de droite.

“La Colombie a gagné en cette journée historique de mobilisation citoyenne”, a estimé dans un communiqué le Comité national de grève, regroupant les différents organisateurs, qui ont sollicité une réunion “immédiate” avec le président Duque.

“Nous nous déclarons en état d’alerte pour cette réunion et appelons les citoyens à se tenir prêts à mener de nouvelles actions dans la rue si le gouvernement persiste dans son indifférence face aux revendications”, ont-ils ajouté.

Cette mobilisation intervient dans un climat agité en Amérique latine, avec des crises socio-politiques, sans dénominateur commun, déclenchées récemment en Equateur, puis au Chili et en Bolivie.

– Concerts de casseroles –

Les porte-parole de plusieurs organisations à l’origine du mouvement ont indiqué à l’AFP que plus d’un million de personnes avaient défilé dans les principales villes du pays.

La ministre de l’Intérieur, Nancy Patricia Gutierrez, a fait état de près de 207.000 manifestants dans l’après-midi, ajoutant qu'”en termes généraux les participants ont marché de manière pacifique”.

“La protestation pacifique est terminée et il reste quelques vandales qui veulent altérer l’ordre public et générer une sensation de chaos”, a-t-elle affirmé.

Au moins 42 civils et 37 policiers ont été blessés au cours d’affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, et 36 personnes arrêtées dans tout le pays, selon le bilan officiel des autorités.

Un fort “cacerolazo” ou concert de casseroles, convoqué via les réseaux sociaux, a clos la journée dans plusieurs quartiers de Bogota, pour dénoncer des violences de policiers anti-émeute. Il se faisait entendre aussi à Cali (ouest), où un couvre-feu a été décrété dès 19h00 (01H00 GMT) par le maire en raison de “faits violents” et de “pillages”.

Dans la capitale, des affrontements ont eu lieu à la tombée de la nuit, de petits groupes de personnes, cagoulées ou la tête couverte d’une capuche, jetant des pierres et autres projectiles contre les forces de l’ordre, qui ripostaient avec des gaz lacrymogènes.

Auparavant, des milliers d’étudiants qui voulaient marcher vers l’aéroport international avaient été stoppés par la police à coup de grenades assourdissantes, a constaté un journaliste de l’AFP.

Des militaires avaient en outre été déployés à Bogota et dans d’autres localités, suscitant la “préoccupation” du bureau colombien de la Haute commissaire de l’ONU pour les droits humains.

Au cours de la journée, plusieurs cortèges avaient convergé vers la place Bolivar, coeur historique de Bogota, proche de la présidence.

Des dizaines d’indigènes ont notamment défilé au côté d’un de leurs leaders, Luis Fernando Arias. “Nous espérons que la violence cesse dans nos territoires (…) que la paix soit mise en oeuvre et qu’on arrête de nous tuer”, a-t-il déclaré.

– Climat de mécontentement –

“Nous sommes fatigués de la corruption, de l’impunité, que le gouvernement ne fasse rien pour les pauvres”, a expliqué à l’AFP Olga Cañon, femme au foyer de 55 ans.

A Medellin (nord-ouest), deuxième ville du pays, Rodrigo Londoño, ex-chef de la guérilla des Farc et aujourd’hui du parti homonyme créé depuis l’accord de paix, a appelé M. Duque à prendre en compte les revendications. “J’espère que le gouvernement écoute le peuple”, a-t-il déclaré.

Cette mobilisation intervient dans une ambiance d’insatisfaction envers M. Duque, qui n’a pas de majorité au parlement et pâtit d’une impopularité de 69% selon les sondages. Son parti, le Centre démocratique (CD), a en outre subi de sérieux revers lors des élections locales d’octobre.

Le chef de l’Etat “va devoir ouvrir plusieurs fronts de dialogue avec les organisations sociales d’une part, et les partis politiques d’une autre, pour tenter d’amplifier la base de son gouvernement”, a déclaré à l’AFP le politologue Yann Basset, de l’université du Rosario à Bogota.

Outre une politique de sécurité focalisée sur la lutte anti-drogue, les manifestants dénonçaient des velléités du gouvernement de flexibiliser le marché du travail, d’affaiblir le fonds public des retraites en faveur d’entités privées, et de reculer l’âge de la retraite.

Depuis plusieurs semaines, les étudiants réclament des moyens pour l’enseignement public, et les indigènes des mesures de protection après l’assassinat de 134 d’entre eux depuis l’arrivée de M. Duque au pouvoir en août 2018.

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