Consternation dans l’Iowa, qui pourrait perdre son statut privilégié

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Dans un petit Etat extrêmement fier de lancer, traditionnellement, la campagne présidentielle américaine, le parti démocrate de l’Iowa avait annoncé de nouvelles règles pour apporter plus de transparence. Dans la consternation et la colère, le “désastre” des caucus de 2020 menaçait mardi son statut privilégié.

“Un désastre”: en attendant la publication des résultats, retardée par un problème technique, Steffen Schmidt, professeur de sciences politiques à l’Iowa State University, ne mâche pas ses mots tandis que les Etats-Unis, et le monde entier, se demandent comment un tel fiasco a pu assombrir le coup d’envoi de la primaire démocrate.

Au plus grand plaisir du président républicain Donald Trump, qui ironise sur le dérapage du parti de ceux qui devront le défier lors de la présidentielle de novembre.

“Tous les passagers à bord du vol Iowa 2020 sont +morts+”, juge M. Schmidt. Avant de poursuivre, plus sérieux: “Des gens pleurent et sont furieux qu’un parti démocrate de l’Iowa incompétent ait échoué, et sans doute détruit la tradition d’un Iowa (qui vote) en premier”.

Depuis le début des années 1970, cet Etat agricole aux vastes plaines peu peuplées donne le coup d’envoi de la saison des primaires des partis républicain et démocrate, avec le vote de ses électeurs en petites assemblées de quartier, les “caucus”.

Très souvent, le vainqueur dans l’Iowa remporte au final l’investiture de son parti, ce qui donnait à l’Etat, jusqu’à lundi soir, un statut quasi mystique de “faiseur de roi”.

– Un bug –

Les républicains y votent à bulletin secret.

Les démocrates, eux, ont un système compliqué: ils se regroupent physiquement, souvent dans un certain tumulte, derrière les couleurs de leur candidat.

Un curieux ballet qui s’est reproduit lundi soir, plus ou moins chaotiquement, dans quelque 1.700 salles. Sur les trois millions d’habitants de l’Iowa, environ 600.000 sont affiliés au parti démocrate.

En 2016, la défaite sur le fil du sénateur indépendant Bernie Sanders face à Hillary Clinton avait provoqué une polémique.

Pour offrir cette fois plus de “transparence”, le parti démocrate avait été fier d’annoncer qu’il publierait des résultats plus détaillés, en conservant pour la première fois une trace papier des votes.

Une nouvelle application distribuée aux responsables des bureaux de vote devait leur permettre de rapporter rapidement les résultats, expliquait son président, Troy Price, à l’AFP.

Mais elle a finalement provoqué le chaos. A cause d’un bug, cette application n’a fait remonter que des résultats partiels.

Installé au bord d’une grande route de Des Moines, dans un petit bâtiment décati, le siège du parti démocrate de l’Iowa était fermé aux visites mardi jusqu’à la fin de journée, quand les premiers résultats devraient tomber.

“Bien sûr que je suis déçu, mais je ne veux pas en rajouter”, confiait à l’AFP Rod Sullivan, un influent élu local de la ville d’Iowa City.

“Il est plus important que les résultats soient corrects que rapides”, ajoutait-il, tout en admettant que le dérapage avait mis au jour des “problèmes” dans le système des “caucus”.

Beaucoup moins indulgent, Steffen Schmidt estimait que le statut prioritaire de l’Iowa était voué à disparaître: “Fiabilité, crédibilité et transparence sont les trois piliers sur lesquels la confiance électorale repose. Tous les trois ont explosé”.

– Une autre méthode? –

Le coup est d’autant plus dur pour l’Iowa que son statut privilégié était déjà remis en question, notamment par l’un des candidats à la primaire démocrate, le milliardaire Michael Bloomberg, qui a fait l’impasse sur ce vote cette année.

Son équipe de campagne, comme d’autres, le disait: comment expliquer qu’un petit Etat, qui ne représente pas la diversité de la population américaine et a peu de poids électoral, attire tous les quatre ans des millions de dollars investis par les équipes de candidats qui passent des jours, voire des mois, à le sillonner?

“Il doit bien y avoir une meilleure façon d’organiser ce vote”, remarque, presque à regret, Judy Fitzgerald, 74 ans, prête à repartir mardi à Chicago avec son époux et sa belle-soeur après être venue faire campagne pour l’une des candidates, Amy Klobuchar.

“Ils ne devraient pas forcément être les premiers (à voter), parce qu’il y a vraiment eu des problèmes techniques”.

Que Donald Trump se gausse? On s’en fiche, assurent-ils. “Il se moque toujours de tout”.

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