Coronavirus en France: budget de crise et bilan humain toujours très lourd

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Le gouvernement fait voter vendredi un budget de crise, déjà critiqué, pour tenter d’affronter la tempête économique et sociale causée par l’épidémie du Covid-19, dont le bilan frôle les 18.000 morts en France et dans la tourmente de laquelle disparait une figure emblématique de la musique, le chanteur Christophe.

L’interprête d'”Aline” et des “Mots bleus”, hospitalisé en réanimation depuis fin mars, avait été transféré à Brest la semaine dernière. “Malgré le dévouement sans faille des équipes soignantes, ses forces l’ont abandonné” et il est décédé à l’âge de 74 ans, ont écrit dans un communiqué son épouse et sa fille Lucie.

Véronique Bevilacqua (patronyme du chanteur) n’a jamais fait mention de la maladie Covid-19 dans ses communiqués et, interrogée au téléphone par l’AFP, a tenu à insister sur “l’emphysème” qui l’a tué, une maladie pulmonaire.

Le Parisien avait affirmé au moment de son hospitalisation que Christophe avait été testé positif au coronavirus. Affirmation jamais confirmée, mais le décès du “beau bizarre” en pleine épidémie prend évidemment un relief particulier.

Et remet en perspective les lueurs d’espoir des derniers bilans sanitaire. Car après le nombre des patients en réanimation qui baisse depuis le 9 avril (-209 en 24 heures jeudi soir), c’est le nombre total de personnes hospitalisées pour le Covid-19 qui a baissé jeudi pour le deuxième jour consécutif, à 31.305 (-474).

– “Activité anormale” –

“L’activité hospitalière reste anormale. On est sur un plateau qui évolue doucement vers une décroissance, tant mieux, mais ce n’est pas la chute observée parfois après des pics épidémiques”, a tenu à mettre en garde le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, dont les interventions quotidiennes rythment l’évolution de l’épidémie.

Et face à un coronavirus qui a fait depuis début mars au moins 17.920 morts (dont 6.860 dans les Ehpad et autres établissements médico-sociaux), il a appelé une fois de plus à ne pas relâcher les efforts, notamment concernant le confinement total prévu au moins jusqu’au 11 mai.

La levée progressive de cette mesure totalement inédite, qui aura duré huit semaines si elle s’achève effectivement à cette date, suscite toujours interrogations et une certaine défiance. Notamment l’annonce de la réouverture des crèches et établissements scolaires, à l’exception de l’enseignement supérieur, alors même que les grands rassemblements resteront interdits et les bars et restaurants fermés.

Plusieurs élus locaux se refusent ainsi à rouvrir les écoles à cette date, jugeant la décision “déraisonnable”.

Et selon le président du Conseil scientifique qui conseille le gouvernement sur l’épidémie, Jean-François Delfraissy, près de 18 millions de personnes à risque, souffrant de maladies chroniques ou tout simplement âgées, devront rester confinées après le 11 mai.

Si le pays est à l’arrêt, le gouvernement s’active pour qu’il ne soit pas mis à genoux par une récession que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire annonce comme la pire depuis la seconde guerre mondiale, avec une croissance en chute libre.

Soutiens aux entreprises, aide aux plus pauvres, prime aux soignants: les députés doivent voter vendredi un budget aux dépenses considérablement alourdies pour affronter la tempête économique et sociale provoquée par la pandémie.

– Sans compter –

Le second projet de loi de finances rectificative (PLFR), qui sera débattu au Sénat mardi, prend en compte l’enveloppe globale de 110 milliards d’euros annoncée par le gouvernement face à “l’urgence économique”. Il prévoit un recul de 8% du Produit intérieur brut (PIB) en 2020, un déficit public d’environ 9% du PIB et une dette à 115%.

Il porte notamment à 24 milliards d’euros les crédits destinés à financer le chômage partiel — qui concerne désormais 9 millions de salariés, plus d’un sur trois –, et hisse à 7 milliards d’euros le fonds de solidarité en faveur des très petites entreprises et des indépendants, qui peuvent accéder à une aide de 1.500 euros mensuelle dès 50% de perte de chiffre d’affaires.

Le gouvernement met également à disposition 20 milliards d’euros pour recapitaliser des entreprises en difficulté et instaure une “avance remboursable” pour les PME qui n’obtiennent pas de prêt, ainsi qu’un fonds de soutien aux entreprises de taille intermédiaire d’un milliard.

Enfin, ce budget tient compte de la prime exceptionnelle de 500 à 1.500 euros destinée aux soignants. Et intègre l’aide aux ménages les plus modestes (bénéficiaires des minimas sociaux) de 150 euros, plus 100 euros par enfant.

“Nous n’avons compté ni les moyens, ni le soutien public”, a lancé M. Le Maire en ouvrant les débats à l’Assemblée.

Mais ici aussi, les critiques commencent à se faire entendre.

Côté politiques, c’est la question du “qui va payer” qui infuse. Insoumis, communistes et socialistes réclament à l’unisson le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), alors que la majorité LREM refuse de recourir à des “dispositifs fiscaux”.

Côté société civile, plusieurs ONG de défense de l’environnement ont dénoncé “un chèque aux grands pollueurs sans conditions”, avec des aides publiques qui pourraient bénéficier à des entreprises comme Air France ou Renault et ainsi “renflouer des entreprises polluantes, qui contribuent fortement au dérèglement climatique”.

D’autant que le président Emmanuel Macron avait assuré dans son allocution du 13 avril qu’il faudrait se “réinventer” pour l’après-crise, avec des modes de vie plus sobres et résilients.

Sur le front géopolitique, le chef de l’Etat a rejoint un concert international de critiques montant à l’égard de la Chine, pays où a commencé la pandémie, déclarant au Financial Times qu’il y avait “manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas”.

Et côté culture, après les annulations de festivals en cascade des derniers jours, c’est l’ouverture prévue mi-juin de la Bourse de Commerce à Paris, qui doit accueillir une partie de la collection d’art contemporain du milliardaire François Pinault, qui a été reportée à 2021.

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