Criminel ou victime ? Verdict attendu à Palerme pour le “boss” des passeurs

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La cour d’assise de Palerme doit se prononcer vendredi dans l’affaire Medhanie Yehdego Mered, un Erythréen accusé d’avoir dirigé un vaste réseau de trafiquants de migrants, même si l’homme crie à l’erreur d’identité.

L’audience doit s’ouvrir à 9H30 (7H30 GMT) dans la grande salle-bunker prévue pour les procès de mafieux et le verdict est attendu dans la journée.

C’était le 8 juin 2016, l’heure de gloire pour les procureurs de Palerme engagés depuis des années dans la lutte contre les réseaux ayant envoyé des centaines de milliers de migrants en Europe et des milliers à la mort.

Pour la première fois, un chef de réseau, arrêté au Soudan à l’issue d’une longue enquête, était extradé pour être jugé en Italie, soupçonné en particulier d’avoir affrété le bateau dont le naufrage a fait plus de 366 morts le 3 octobre 2013 devant l’île de Lampedusa.

Mais les images diffusées par la police italienne d’un jeune homme frêle aux cheveux crépus en bataille, descendant de l’avion menottes aux poignets, ont tout de suite fait réagir au sein de la diaspora érythréenne à travers le monde.

Certains ayant eu affaire à Mered ont témoigné que ce n’était pas lui, tandis que d’autres ont assuré que l’homme arrêté était Medhanie Tesfamariam Berhe, un réfugié érythréen échoué à Khartoum.

Selon des journalistes italien, américain et suédois ayant enquêté sur l’affaire, Behre, qui partage avec Mered un prénom relativement commun en Erythrée, a été repéré par les enquêteurs parce qu’il a dragué la femme de Mered sur Facebook et parce qu’il a appelé un passeur en Libye pour avoir des nouvelles d’un cousin parti pour l’Europe.

Dans le même temps, Mered a passé une partie de l’année 2016 en prison à Dubaï pour usage de faux passeport et vit désormais en Ouganda.

Outre de multiples témoignages, la défense a fourni des photos de Mered n’ayant aucune ressemblance avec l’accusé ou encore une analyse ADN liant l’homme arrêté à la mère de Behre.

– 14 ans requis –

Mais l’accusation a maintenu le cap, estimant en particulier que les conversations enregistrées avec le passeur en Libye n’avaient rien d’innocent.

Lors de son réquisitoire le 17 juin, le procureur Calogero Ferrara a requis 14 ans de réclusion et 50.000 euros d’amende contre l’accusé, insistant sur le “mépris absolu” de son réseau pour la vie humaine.

Mais la peine requise reste légère pour un chef de réseau: le Tunisien Khaled Bensalem, simple passeur ayant survécu au naufrage de Lampedusa, a pour sa part été condamné à 27 ans de prison, une peine automatiquement allégée à 18 ans parce qu’il avait accepté une procédure accélérée.

“Ils ont dû se dire: on s’est trompé, alors au moins on demande pas grand-chose”, a déclaré jeudi à l’AFP l’avocat de l’accusé, Me Michele Calantropo. “Mais il n’y a rien du tout, il n’a rien fait”.

Le procès dure depuis octobre 2017, à raison d’une audience toutes les trois semaines en moyenne.

Pendant tout ce temps, l’homme assis dans la cage de verre des accusés s’est un peu épaissi et a acquis la gestuelle italienne, même s’il ne maîtrise pas la langue.

“S’il est condamné, j’irai jusqu’au bout pour défendre la vérité. Pas seulement l’appel, la Cassation, mais aussi la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, cette histoire est l’une des plus grandes injustices de la face de la terre”, a dénoncé Me Calantropo.

“Et s’il est acquitté, j’ai peur qu’un officier de l’immigration n’arrive pour le remettre dans un avion pour le Soudan”, a-t-il ajouté.

En attendant, “il faut imaginer le stress que subit ce garçon depuis trois ans ! Je suis allé le voir ce matin, il a pleuré sans interruption pendant 1h30”, a témoigné l’avocat.