Dans la rue, les transports et de nombreux secteurs, mobilisation d’ampleur contre la réforme des retraites

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Des dizaines de milliers de personnes étaient dans la rue jeudi partout en France et des secteurs entiers d’activité tournaient au ralenti dans le cadre d’une mobilisation d’ampleur pour protester contre la réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d’Emmanuel Macron.

En milieu de journée, des milliers de personnes défilaient à Marseille, parmi lesquelles le patron de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon. A Rennes, des cheminots côtoyaient des pompiers, des enseignants, des aides a domicile, des salariés d’EDF… A Lyon, un homme brandissait une pancarte: “ta retraite, c’est de la poudre de perlim-points-points”.

“Retraite à points, travail sans fin”, affichait une pancarte à Montpellier, où la police a décompté 20.000 manifestants, parmi lesquels avocats en robe et soignants en blouse blanche. Ils étaient 15.000 à Clermont-Ferrand, selon la préfecture et 10.500 à Tours, 9.500 à Perpignan, 9.200 à Saint-Nazaire, 5.500 à Besançon et Béziers, 4.500 à Nice, 3.000 à Auch, selon la police. “On n’a pas vu ça depuis la mobilisation contre la réforme des retraites en 2010”, soulignait dans la manifestation clermontoise Dominique Holle (CGT), derrière une banderole de tête “nos mamies valent plus que leurs profits”.

De brefs affrontements entre gilets jaunes et forces de l’ordre ont éclaté en marge de la manifestation lyonnaise, a constaté l’AFP.

Face au mouvement, le président Emmanuel Macron est “calme et déterminé à mener cette réforme, dans l’écoute et la consultation”, a indiqué l’Élysée, précisant que “le Premier ministre s’exprimera vers le milieu de la semaine prochaine sur l’architecture générale de la réforme”.

A l’origine de la mobilisation, le futur “système universel” de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (général, des fonctionnaires, privés, spéciaux, autonomes, complémentaires). L’exécutif promet un système “plus lisible” et “plus juste”, quand les opposants s’attendent à une “précarisation” des retraités.

– Dans la durée? –

Plusieurs récents sondages ont montré que le mouvement était majoritairement soutenu par les Français.

Franck, 46 ans, ouvrier logistique chez PSA depuis 16 ans et manifestant à Rennes, souligne que “c’est tout le monde qui est concerné, pas seulement une partie de la population”, et que “personne ne peut imaginer travailler jusqu’à 70 ans”.

Le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, a noté une forte mobilisation, y compris dans le privé, et préfère miser sur une mobilisation massive, plutôt que sur la durée. FO appelle à cette “première journée” avec la CGT, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse.

Dans les transports, on comptait 90% de TGV et 80% de TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Des grèves illimitées sont prévues à la RATP et à la SNCF, où le taux de grévistes a atteint 55,6% en moyenne, et 85,7% parmi les conducteurs, selon la direction.

Sept des huit raffineries françaises étaient en grève, sans impact pour l’instant sur les stations-service.

Les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme.

Nombre d’écoles sont aussi restées closes. Le ministère de l’Éducation nationale a recensé 51,15% d’enseignants grévistes dans le primaire et 42,32% dans le secondaire.

Les policiers étaient aussi mobilisés, comme à Bordeaux, où une cinquantaine d’entre eux se sont relayés depuis tôt le matin devant l’hôtel de ville pour défendre leurs acquis, notamment “la prise en compte de la pénibilité au travail”, a expliqué Éric Marrocq (Alliance).

Éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers appelaient également à l’action. De même que des “gilets jaunes”, le PS, LFI, le RN ou le PCF, qui réclame, outre le retrait de la réforme des retraites, “une hausse du Smic de 10%”.

– “Se mettre un peu sur la figure” –

Des syndicats peu coutumiers des manifestations sont de la partie: des fédérations de l’Unsa, des syndicats de la CFTC et la CFE-CGC qui a appelé à manifester. Son chef, François Hommeril, s’est dit “pas favorable a priori pour que le mouvement continue dans la durée”, appelant le gouvernement à la négociation.

Seule la CFDT continue de soutenir l’idée d’une réforme “universelle”. Mais son secrétaire général, Laurent Berger, a regretté jeudi que “la logique qui prévaut c’est quand même de se mettre un peu sur la figure avant de commencer à discuter”.

Pour décider de la suite du mouvement, des assemblées générales sont prévues en fin de journée, ainsi qu’une réunion vendredi matin des organisations à l’initiative du mouvement. Solidaires pousse à de nouvelles grèves et manifestations dans les jours qui viennent.

“On ne pense pas qu’il y aura une amélioration significative demain” dans les transports publics, a déclaré la ministre des Transports, Élisabeth Borne.

La grève sera “reconductible pour un certain nombre de secteurs, c’est certain”, a estimé jeudi le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

Les syndicats n’ont pas obtenu de recul sur une réforme décriée depuis 2006, avec le Contrat première embauche.

A Paris, le ministère de l’Intérieur s’attend à la présence de “quelques centaines” de “black blocs” et “gilets jaunes radicaux”, une situation quasi habituelle depuis la loi travail de 2016. La préfecture de police a mobilisé près de 6.000 policiers et gendarmes. A midi, la préfecture de police signalait 3.119 personnes contrôlées et 18 interpellations.

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