Dans un squat de migrants, peurs du virus et de la police cohabitent dans la misère

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Au plafond, trois faibles ampoules troublent une pénombre qui règne jour et nuit. Les lits sont à touche-touche, l’air est moite. Entassés dans un squat d’Aubervilliers, des migrants sont pris en étau entre la peur du coronavirus et de l’expulsion.

Avec ses doigts, Touré Ben Ahmed mime des punaises qui pincent son bras. “La nuit, il y a aussi les souris”, soupire cet Ivoirien de 28 ans, arrivé depuis six mois dans le squat de “la Seine”.

Depuis le début de la crise sanitaire, quelque 150 demandeurs d’asile et sans-papiers, originaires en majorité d’Afrique de l’Ouest, se serrent dans ce vieil entrepôt de Seine-Saint-Denis, occupé depuis juillet 2018.

Il ne reste que des hommes, de 20 à 40 ans en moyenne. Les femmes et les enfants ont été relogés chez des connaissances au début du confinement. “On est regroupés, stressés, frustrés. On ne sait pas ce qui se passe dehors”, explique Ben, un Ivoirien de 34 ans.

Seule une petite cour, encombrée de poubelles recrachant leurs déchets, leur permet d’échapper à la promiscuité. Derrière le grillage, le canal Saint-Denis: deux cygnes barbotent, un homme promène son chien, une femme s’étire après son jogging. Au loin, le regard peut accrocher les haubans du Stade de France.

Ce panorama idyllique tranche avec l’insalubrité derrière les murs noircis du squat, où les occupants doivent partager une seule douche dévorée par les moisissures. Mercredi, trois urinoirs et quatre toilettes mobiles ont été installés à l’extérieur par la mairie de Paris.

Dans chaque recoin, du linge sèche sur des cordes tendues au-dessus des lits emboîtés les uns contre les autres.

Se laver régulièrement les mains, respecter une distance sociale d’un mètre, “toutes ces règles ne peuvent pas être respectées”, peste Michel, un Guinéen qui a rejoint la France en 2017 après avoir traversé le détroit de Gibraltar en Zodiac.

– “Après, c’est la rue” –

La semaine dernière, une équipe de Médecins du monde est venue organiser une consultation générale. Aucun cas positif au Covid-19 n’a été détecté. “Ca a été un soulagement”, raconte Michel.

“On a vu des gens avec des symptômes, de la fièvre et de la toux, mais sans test, c’est toujours très compliqué de savoir”, confie Adeline Grippon, coordinatrice banlieues pour Médecins du monde.

“Ce sont des populations qui n’ont pas le réflexe d’aller voir un médecin car ils n’en ont pas. Certains ont l’AME (aide médicale d’Etat), d’autres rien du tout et peuvent se laisser mourir”, ajoute-t-elle.

Dans le département, 65 personnes fragiles (âgées ou malades) issues de squats ou de bidonvilles ont été orientées vers des hôtels, selon la préfecture de Seine-Saint-Denis. Aucune mise à l’abri n’a eu lieu au squat “La Seine”.

Malgré le manque d’hygiène, partir n’est pas une option pour les migrants, tant par crainte du virus que de la police.

Mahamadou, 28 ans, n’a pas encore déposé sa demande d’asile avant le confinement. “Je sors un peu dans la ville pour me promener mais j’ai peur. Certains policiers sont gentils, d’autres pas. Tout peut arriver d’un moment à l’autre”, raconte ce Malien de 28 ans.

“J’ai plus peur de l’expulsion. La maladie, c’est Dieu, je prie et je sais que ça va marcher”, affirme même Ben. “On veut tous être régularisés, on ne comprend pas pourquoi la France nous rejette. On veut pas rester dans l’illégalité”, ajoute-t-il.

Depuis le confinement, beaucoup ont perdu leur emploi au noir dans le bâtiment, la sécurité ou le nettoyage. Et avec, leur petit pécule de survie. Seuls quelques livreurs à vélo, dont une dizaine s’entassent dans la cour, ont maintenu une petite activité.

“Aujourd’hui, tout est arrêté”, dit Mahamadou. “Je suis là car je n’ai pas le choix, on a nulle part où aller. Après ici, c’est la rue”.

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