De Mont-de-Marsan à Amiens, une marée orange pour défendre la chasse et la ruralité

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A Mont-de-Marsan, comme à Amiens, Redon ou Forcalquier, des milliers de personnes ont défilé samedi pour défendre les chasses traditionnelles d’oiseaux, jugées illégales par le Conseil d’Etat, un “monde rural menacé” et des “traditions en danger”.

D’autres rassemblements étaient prévus à Caen (Calvados) ou Charleville-Mézières (Ardennes).

Au son des bandas et cors de chasse sous une pluie battante à Mont-de-Marsan, emmenées par des piboles (petites trompes) à Redon (Ille-de-Vilaine), soutenues par des élus locaux comme le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand à Amiens, des marées orange fluo -la couleur des vestes et des casquettes des chasseurs- ont envahi les rues.

“Il y a des enfants, des femmes, toutes les générations… Les chasseurs ont été le détonateur mais toute la ruralité est là”, se félicite le directeur de la Fédération des chasseurs des Landes, Régis Hargues, à Mont-de-Marsan où 16.300 personnes ont défilé selon la préfecture (20.000 selon les organisateurs).

Chasseur en Lot-et Garonne, Christian Bonas s’insurge: “Dans nos campagnes, le portable ne passe pas, on a plus d’épicerie ni de pharmacie, on est délaissés de partout et maintenant on veut nous enlever nos traditions, notre chasse, transmises par nos anciens. C’est complètement anormal!”.

Epouse d’un chasseur et gaveur de palmipèdes et amatrice de corrida, Myriam manifeste pour continuer de “transmettre ces traditions” aux plus jeunes. “C’est tout un art de vivre”, glisse-t-elle.

Eric, un Landais de 47 ans, en veut aux “talibans du Paristan”, ces “idéologues de la capitale”. “J’en ai marre de voir ma culture partir en lambeaux”, tonne-t-il. “On a déjà éradiqué ma langue, le gascon, maintenant ce sont les chasses à l’alouette, la palombe…”.

A Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), plusieurs milliers de personnes, certaines soufflant dans des appeaux, ont manifesté jusqu’à la permanence de Christophe Castaner, patron des députés LREM et ancien maire de cette petite ville de 5.000 habitants, avec des slogans et des pancartes hostiles aux gouvernants, comme “Pompili au pilori” ou “Macron fossoyeur de nos traditions”.

Sur TV5 Monde, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili a assuré samedi qu’elle n’était “pas une ministre pour ou contre la chasse”. “Je suis une ministre qui doit protéger la biodiversité et donc quand elle est en danger, je prends mes responsabilités”, a-t-elle expliqué.

– “Qu’on nous laisse vivre” –

Mme Pompili a également été la cible de la colère des manifestants à Amiens, son fief électoral, où 12.000 chasseurs, pêcheurs et agriculteurs ont défilé selon la préfecture. “Qu’on nous foute la paix ! Qu’on nous laisse vivre”, a lancé à la foule le président de la Fédération nationale des chasseurs Willy Schraen, appelant à la création d’un grand ministère de la Ruralité, “pour s’y sentir enfin chez nous”.

“Moi, je suis aux côtés des ruraux. J’en ai assez de les voir caricaturer”, a affirmé le candidat à la présidentielle Xavier Bertrand, interpellant Emmanuel Macron : “Il dit qu’il soutient les chasses traditionnelles mais son gouvernement fait le contraire. Il faut arrêter le +en même temps+, une blague hypocrite”.

Partout, des agriculteurs étaient présents dans les cortèges. Comme Catherine Lallié, de la Coordination rurale, à Redon: “Les végétariens et les vegans n’ont pas à faire la police de l’alimentation. On se sent abandonnés par notre gouvernement et nos élus…”, lance-t-elle.

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Dans cette ville, 10.000 personnes selon la gendarmerie (12.000 d’après les organisateurs) ont manifesté pour défendre la chasse, “un moment où on décompresse, où on communie avec la nature”, selon Jérôme Delalande, 42 ans, venu de Loire-Atlantique.

En août, le Conseil d’Etat a jugé plusieurs techniques de chasse avec des filets (pantes, tenderies) ou des cages (matoles) contraires à la directive européenne “oiseaux” de 2009, qui interdit les techniques de capture massive d’oiseaux sans distinction des espèces capturées.

Dans la semaine, le gouvernement a toutefois mis en consultation plusieurs arrêtés pour ré-autoriser certaines de ces chasses, au grand dam des défenseurs de l’environnement. Une mesure interprétée comme un geste envers cet électorat très courtisé.

La justice avait déjà jugé illégale, en juin, la chasse à la glu, qui consiste à piéger des merles et des grives sur des tiges enduites de colle, mais qui conduit à capturer aussi d’autres espèces d’oiseaux.