Débat télévisé : choc frontal Macron-Le Pen

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Choc frontal mercredi soir lors du débat télévisé entre les deux finalistes de la présidentielle française: la candidate d’extrême droite Marine Le Pen a reproché à Emmanuel Macron de porter «la mondialisation sauvage», le centriste pro-européen l’accusant de «haine» et de «mensonges».

À quatre jours du second tour décisif dimanche, les échanges entre les deux candidats, aux programmes diamétralement opposés, ont souvent viré à la cacophonie et au pugilat verbal, au terme d’une campagne très tendue.

Selon un sondage auprès d’un échantillon de téléspectateurs interrogés à l’issue du début, 63 % considèrent que M. Macron s’est montré le plus convaincant, contre 34 % pour Mme Le Pen.

Dès le début de l’émission, cette dernière a attaqué bille en tête son adversaire, favori des sondages, le qualifiant de «candidat de la mondialisation sauvage», «de la précarisation», «du communautarisme, de la guerre de tous contre tous».

«Vous n’êtes pas la candidate de l’esprit de finesse» ni «de la volonté d’un débat démocratique équilibré et ouvert», a rétorqué, ironique, M. Macron, après l’avoir écouté mains jointes sous le menton, les yeux braqués dans les siens. Il a opposé «l’esprit de conquête» qu’il estime incarner à son «esprit de défaite».

«Poudre de perlimpinpin»

Symbole de l’âpreté des attaques, l’échange sur le terrorisme, dans un pays traumatisé par une série d’attentats qui ont fait 239 morts depuis janvier 2015.

«Contre le terrorisme, il faut d’abord retrouver nos frontières, tout de suite», a martelé Marine Le Pen, promettant «l’expulsion du territoire» de tous les étrangers soupçonnés de menacer la sûreté du territoire. La sécurité et le terrorisme sont «totalement absents de votre projet», a-t-elle asséné à M. Macron, l’accusant de «complaisance pour le fondamentalisme islamique».

«Ce que vous proposez, comme d’habitude, c’est de la poudre de perlimpinpin», a jugé M. Macron. Il a souligné que les contrôles aux frontières avaient déjà été rétablis et relevé que les élus du Front national n’avaient pas voté les législations antiterroristes française ni européenne.

Le candidat de 39 ans, arrivé en tête du premier tour, a accusé la patronne de l’extrême droite, 48 ans, de tomber dans «le piège» que les auteurs d’attentat «nous tendent» et de «porter la guerre civile dans le pays».

«La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi», a-t-il ensuite lâché à propos de l’euro.

Avec elle, «on va sortir de l’euro, de l’Europe», a-t-il souligné, alors qu’une majorité de Français sont hostiles à une telle issue.

Mme Le Pen a de son côté accusé son adversaire d’être soumis à la chancelière allemande Angela Merkel et à sa vision de l’Europe. «De toute façon la France sera dirigée par une femme, ce sera ou moi ou Mme Merkel», a-t-elle dit.

«Arrêtez avec ces formules qui sont ridicules», lui a répondu M. Macron, ajoutant: «La France n’est pas un pays fermé. Je suis le candidat d’une France forte, dans une Europe qui protège».

L’ancien ministre de l’Économie a accusé sa rivale de multiplier les promesses sans pouvoir les financer. «Il n’y a pas de finance magique», a-t-il lancé, en ajoutant: «vous n’avez pas expliqué comment vous baissez le chômage, vous ne proposez rien».

«Piloté par François Hollande»

Les programmes des deux candidats sont aux antipodes. Le discours d’Emmanuel Macron, libéral en économie et sur les questions de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d’affaires. Celui de Marine Le Pen, anti-immigration, anti-Europe et antisystème, séduit plutôt les classes populaires, les ruraux, les «invisibles» et capte le ras-le-bol de Français victimes d’un chômage endémique et de ses conséquences.

Après 10 jours d’une campagne à couteaux tirés entre les deux tours du scrutin, M. Macron reste en tête dans les sondages, avec environ 60 % d’intentions de vote, mais l’écart semble se resserrer avec Mme Le Pen.

Dernière grande occasion de convaincre les nombreux indécis de ce scrutin, ce débat, rituel de la vie politique française depuis 1974, a atteint un niveau de tension inégalé jusqu’à présent.

«Mensonges», «n’importe quoi!», «vous ne connaissez pas vos dossiers!», a répété M. Macron, regardant constamment sa rivale quand celle-ci se plongeait dans ses fiches.

Sourire ironique aux lèvres, index accusateur, Mme Le Pen s’est ingéniée à provoquer «l’enfant chéri du système et des élites», le disant à tout propos «piloté par François Hollande» et le renvoyant sans cesse à sa participation au gouvernement socialiste du très impopulaire président sortant.

«Vous êtes l’héritière d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis des décennies», a rétorqué M. Macron, «vous êtes son parasite». «La France mérite mieux que vous», a-t-il affirmé.

AFP

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