Dernière ligne droite pour Le Pen et Macron

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Au lendemain d’un débat télévisé d’une brutalité sans précédent, les deux candidats à la présidentielle française Emmanuel Macron et Marine Le Pen repartent labourer le terrain pour leurs deux derniers jours de campagne, avant le verdict des urnes dimanche.

Jeudi soir, le candidat centriste tiendra sa dernière grande réunion à Albi, dans le sud-ouest de la France. Sa rivale d’extrême droite se déplace en Bretagne (ouest), avant de participer à une fête populaire dans le nord de la France. La campagne s’achèvera officiellement vendredi soir à minuit.

Suivi la veille par près de 16,5 millions de Français, le débat télévisé d’entre-deux tours, dernière grande occasion de convaincre les nombreux indécis, a atteint un niveau de tension inégalé, Mme Le Pen reprochant sans répit à M. Macron de porter «la mondialisation sauvage», le centriste pro-européen l’accusant de «haine», de «falsification» et de «mensonges».

«Il est malaisé de qualifier de “débat” le pugilat d’hier soir», jugeait le quotidien conservateur Le Figaro, tandis que Le Monde déplorait un «débat brutal, violent de bout en bout». «Pour le fond des programmes, on reste sur sa faim», regrettait Le Parisien.

Selon un sondage d’après-débat, deux tiers des téléspectateurs ont trouvé le jeune centriste pro-européen le plus convaincant, un tiers pour la patronne de l’extrême droite – appréciation en phase avec les intentions de vote pour dimanche, à pondérer par la grande inconnue sur le taux d’abstention.

Marine Le Pen, 48 ans, a jugé jeudi que le combat verbal avait «bousculé un peu les codes». «C’était important de réveiller les Français» et de «déchirer le rideau» pour montrer qu’Emmanuel Macron n’est pas «un homme neuf», mais «sort du gouvernement de François Hollande», l’impopulaire président socialiste sortant, a-t-elle dit.

«C’est la première fois qu’il y a véritablement un débat entre deux personnes qui ont une vision aussi opposée du projet à mettre en oeuvre», a-t-elle estimé sur BFM-TV.

«Tordre le cou aux mensonges»

Il fallait bien «débattre» avec le parti anti-immigration anti-euro Front national (FN), «même si on se salit un peu», a réagi jeudi M. Macron, 39 ans, en réponse à tous ceux qui lui ont conseillé de ne pas débattre avec l’extrême droite, comme l’avait fait le candidat de droite Jacques Chirac face au père de Marine Le Pen en 2002.

«On n’arrive pas à torde le cou à tous les mensonges, mais on en tue quelques-uns», s’est félicité ce novice en politique qui mène sa première campagne électorale avec un mouvement, En Marche!, «ni de droite ni de gauche», créé il y a à peine un an.

«La vraie différence avec 2002, c’est qu’il n’y a pas de front républicain», a-t-il poursuivi sur la radio France Inter, «il n’y a pas une espèce de prise de conscience collective, politique, médiatique, citoyenne pour dire “no pasaran”, en quelque sorte (…) parce qu’il y a indéniablement une banalisation du Front national».

À gauche, nombreux sont ceux qui comme l’ex-premier ministre socialiste Manuel Valls ont salué sa performance face aux «injures, violences, mensonges, approximations» en appelant «ceux qui hésitent encore ne donnent pas de consignes entre le blanc, l’abstention et Le Pen» à prendre «leur responsabilité».

Une pique à destination des militants de la gauche antilibérale emmenée par Jean-Luc Mélenchon, dont une majorité refuse de choisir entre «peste et choléra». En écho de ces réticences, le porte-parole des «Insoumis», Alexis Corbière, a estimé jeudi que le débat télévisé «n’a pas fait bouger les lignes».

Le candidat social-démocrate à la chancellerie allemande Martin Schulz a pour sa part dénoncé, dans un entretien à la presse française, «le cynisme» et «les paroles anti-allemandes» de Marine Le Pen. Cette dernière a lourdement mis en cause mercredi soir l’Union européenne et l’Allemagne, reprochant à son concurrent social-libéral d’être soumis «à plat ventre» devant Berlin.

Les soutiens pro-Macron continuent d’affluer: les trois principales autorités juive, protestante et musulmane de France ont appelé jeudi «au vote républicain pour Emmanuel Macron», pour faire triompher, par la voie des urnes, la France généreuse, tolérante et ouverte sur le monde», dans une déclaration commune.

Un grand concert antiraciste est prévu jeudi après midi à Paris contre le FN, à l’initiative d’un collectif de 30 associations.

AFP

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