Du silence au “terrorisme”: Pékin hausse le ton face à Hong Kong

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Début juin, les premières manifestations monstres à Hong Kong étaient accueillies par un silence assourdissant à Pékin. Deux mois plus tard, l’appareil de propagande du régime communiste tourne à plein contre des actes qualifiés de “quasi-terroristes”.

Retour sur une montée progressive de la rhétorique.

– L’autruche

Le 9 juin, une marée humaine immobilise le centre de Hong Kong pour protester contre un projet de loi d’extradition qui, selon ses détracteurs, porterait atteinte aux libertés du territoire autonome. Les organisateurs affirment que plus d’un million de personnes ont défilé pour s’opposer au projet.

L’agence Chine nouvelle minimise l’événement, qui dément la théorie d’un pays uni autour du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir. La télévision CCTV ne mentionne pas les manifestations et les recherches effectuées en ligne sur Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, n’aboutissent à aucun résultat, du fait de la censure.

Mais les médias, étroitement contrôlés par le PCC, vont opter pour une autre stratégie dans les jours suivants: mettre l’accent sur les manifestations de soutien au projet de loi plutôt que sur celles de l’opposition.

800.000 personnes disent “oui” au projet de loi d’extradition, affirme le quotidien anglophone China Daily, décrivant le rassemblement de l’opposition comme une contre-manifestation “d’environ 240.000 personnes”.

– “Forces extérieures”

Peu après, Pékin commence à brandir le spectre d’une collusion supposée entre l’Occident et les contestataires, présentés comme des séparatistes anti-chinois. Objectif: éviter tout sentiment de solidarité de l’opinion publique continentale avec les manifestants.

Mi-juin, le Quotidien du peuple, principal organe du PCC, accuse des “forces extérieures” de s’ingérer dans les affaires de la Chine – un refrain habituel de la diplomatie chinoise chaque fois que le pays fait face aux critiques internationales.

La rhétorique va s’amplifier à mesure que des responsables occidentaux apportent leur soutien aux manifestants.

– “Radicaux violents”

La violence à Hong Kong s’intensifie durant l’été avec le recours par la police à des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des matraques pour disperser des manifestants qui lancent des projectiles.

Fin juillet, la colère déborde après l’attaque de protestataires par des hommes masqués, soupçonnés d’appartenir à la pègre locale.

Les manifestants, frustrés par l’intransigeance des autorités, envahissent l’assemblée législative de la ville et vandalisent les murs du Bureau de liaison de Pékin à Hong Kong. Les autorités chinoises blâment un “petit nombre de radicaux”, tandis que la couverture des brutalités policières présumées est censurée sur le continent.

L’agence Chine nouvelle prévient que les “radicaux violents” poussent Hong Kong “vers l’abîme” et assure qu’aucun compromis n’est possible avec eux.

– “Terrorisme”

Août marque un tournant, alors que les manifestants réclament un changement politique clair à Hong Kong, loin de la contestation initiale du projet de loi controversé.

Le 1er août, l’armée chinoise diffuse une vidéo montrant un exercice de ses soldats occupés à réprimer une émeute à Hong Kong.

“Le but de cette vidéo est d’intimider les manifestants et de laisser entendre que (l’armée) peut être déployée pour rétablir la stabilité par la force”, analyse Andrew Chubb, spécialiste de la politique chinoise à l’Université de Lancaster.

L’Armée populaire de libération (APL), qui dispose d’une garnison de plusieurs milliers d’hommes dans l’ancienne colonie britannique, n’est pas censée se mêler des affaires du territoire – sauf si les autorités locales (pro-Pékin) lui demandent de ramener l’ordre.

Plusieurs médias reprennent par ailleurs des images de véhicules militaires chinois en entraînement à Shenzhen, aux portes de Hong Kong, laissant planer le spectre d’une intervention.

Le 6 août, au lendemain d’une nouvelle manifestation émaillée par des violences, un haut responsable prévient que “ceux qui jouent avec le feu périront par le feu”.

Pékin hausse à nouveau le ton lundi, dénonçant “les premiers signes de terrorisme qui émergent” à la suite du tir présumé d’un cocktail molotov en direction des policiers.

Il réitère l’accusation mercredi, parlant “d’actes quasi-terroristes” après le passage à tabac de deux Chinois du continent lors de manifestations à l’aéroport de Hong Kong.

“Le Parti communiste est très attentif aux choix des mots qu’il utilise”, observe le chercheur Ben Bland, de l’institut australien Lowy. En l’occurrence, il s’agit de faire comprendre que “davantage de violence et de répression” n’est pas à exclure pour rétablir l’ordre et “effrayer les manifestants”.