En Israël, la perspective d’un gouvernement sans Netanyahu se précise

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En apportant dimanche son soutien au chef de l’opposition israélienne, le héraut de la droite radicale Naftali Bennett a ouvert la voie à la formation d’un “gouvernement du changement” qui pourrait faire tomber Benjamin Netanyahu, Premier ministre le plus pérenne de l’histoire d’Israël.

Yaïr Lapid, centriste à la tête de l’opposition israélienne, n’a plus que quatre députés à rallier pour former une coalition capable de tourner la page de l’ère Netanyahu.

Son mandat, reçu début mai du président Reuven Rivlin après l’échec de M. Netanyahu à former une coalition, court jusqu’à mercredi, 23H59 (20H59 GMT).

“J’annonce que je vais tout faire pour former un gouvernement d’union avec mon ami Yaïr Lapid”, a déclaré dimanche soir M. Bennett, qui cultivait depuis plusieurs semaines le mystère sur ses intentions.

“Dans ces instants de vérité, il faut savoir prendre ses responsabilités”, a-t-il ajouté dans un discours télévisé. “Yaïr et moi avons nos différences mais nous partageons l’amour de ce pays.”

“Ce gouvernement sera un danger pour la sécurité de l’Etat d’Israël. Il s’agit de l’arnaque du siècle”, a rétorqué dans la foulée M. Netanyahu, lui aussi dans un discours retransmis à la télévision.

Pour former un gouvernement, Yaïr Lapid, à la tête du parti Yesh Atid (“Il y a un futur”), doit réunir les soutiens de 61 députés. Avec l’appui de la gauche, du centre et de deux formations de droite, il en avait rassemblé 51, jusqu’au ralliement de M. Bennett.

Ce dernier, à la tête de la formation Yamina (“A droite”), avait remporté sept sièges aux législatives du 23 mars, les quatrièmes en deux ans. Mais un de ses membres avait annoncé son refus de collaborer avec le camp anti-Netanyahu.

Avec ces six appuis supplémentaires, ce bloc qui appelle au changement après 12 ans de pouvoir de M. Netanyahu sans discontinuer, doit encore engranger quatre soutiens et compte sur les partis arabes israéliens, qui ne se sont pas encore clairement positionnés.

– “Remplacer le régime Netanyahu” –

Après des semaines marquées par la guerre de 11 jours entre le Hamas palestinien au pouvoir dans la bande de Gaza et l’Etat hébreu, des tensions à Jérusalem-Est et des heurts dans des villes judéo-arabes en Israël, Yaïr Lapid avait relancé vendredi son offre pour un “gouvernement d’union nationale”, disant vouloir une coalition qui dise “nous sommes ici ensemble, notre lutte est commune, ce pays est notre responsabilité à tous”.

M. Netanyahu avait riposté dimanche matin en appelant M. Bennett et Gideon Saar, chef d’un petit parti de droite, à “venir, maintenant, tout de suite”, entamer des discussions en vue d’une coalition gouvernementale, sur le principe d’une rotation à sa tête, à commencer par M. Saar, puis MM. Netanyahu et Bennett.

Ancien du Likoud, Gideon Saar a indiqué sur Twitter ne pas être intéressé et rester fidèle à son projet: “remplacer le régime de Netanyahu”.

Il y a 25 ans presque jour pour jour (29 mai 1996), M. Netanyahu avait vaincu le travailliste Shimon Peres et était devenu Premier ministre pour trois ans. Il était revenu au pouvoir en 2009 et ne l’a plus quitté depuis.

Jugé pour “corruption” dans trois affaires, il est le premier chef du gouvernement à faire face à des poursuites criminelles en cours de mandat.

– “Putsch” –

“Les dés sont-ils jetés? Jusqu’au dernier moment, un nuage de doutes planera sur tout signe de révolution”, notait dimanche le Yediot Aharonot, titre le plus vendu de la presse israélienne, qui s’attendait à voir Naftali Bennett rejoindre la coalition anti-Netanyahu.

Israel Hayom, quotidien gratuit marqué à droite, dénonçait de son côté une tentative de “putsch” afin de mettre fin à l’ère Netanyahu, soutenue par des “représentants du Hamas”, une attaque indirecte contre la formation arabe israélienne Raam (islamiste) de Mansour Abbas (4 députés) qui pourrait soutenir la coalition Lapid.

Si le camp anti-Netanyahu ne parvient pas à former un gouvernement, 61 députés pourront demander au président de désigner comme Premier ministre un parlementaire.

Autre scénario, le plus redouté par les électeurs déjà appelés à voter quatre fois en un peu plus de deux ans: un retour aux urnes.

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