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Enseignement supérieur: insultes antisémites et symboles nazis s’affichent sur les murs des écoles

Dépêche

Enseignement supérieur: insultes antisémites et symboles nazis s’affichent sur les murs des écoles

Après deux années de baisse, les actes antisémites sont en recrudescence en France sur les neuf premiers mois de cette année. Dans les universités notamment, les inscriptions de symboles nazis se sont multipliées depuis la rentrée scolaire.

“Chaque agression perpétrée contre un de nos concitoyens parce qu’il est juif résonne comme un nouveau bris de cristal”. Dans une tribune publiée ce vendredi, Edouard Philippe s’est alarmé de la montée (+69%) des actes antisémites en France sur les neuf premiers mois de l’année 2018. “Nous sommes très loin d’en avoir fini avec l’antisémitisme”, insiste-t-il.

Cette recrudescence de la haine envers les juifs se constate notamment à l’université. Depuis la rentrée scolaire, plusieurs tags de croix gammées, d’insultes et de moqueries ont été découverts sur les murs de plusieurs établissements.

Colère et incompréhension

Sur le campus de l’université de Grenoble, des symboles nazis ont été retrouvés début septembre. Fin octobre, des insultes antisémites ont été taguées près de la fac de médecine de Créteil. Idem à Assas, à Paris, et dans une salle de classe de la prestigieuse école de commerce HEC où des croix gammées et les mots “juden”, en lettres rouges, ont été dessinés sur un tableau. Dans la foulée, la grande école de commerce implantée à Jouy-en-Josas, dans les Yvelines, a déposé une plainte commune avec les associations d’étudiants.

“Nous sommes extrêmement choqués par ces agissements. C’est la première fois que tels faits se produisent dans notre établissement”, explique à BFMTV.com Eric Ponsonnet, directeur général adjoint de HEC.

Après la découverte de ces tags, l’école a organisé des assemblées générales au cours desquelles les 1500 élèves du campus ont manifesté leur colère et leur incompréhension, alors que les auteurs de ces graffitis n’ont toujours pas été identifiés.

Sensibiliser au problème de l’antisémitisme 

Sacha Ghozlan, le président de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), est consterné par cette recrudescence de violence contre les juifs et constate que “la fac n’est plus le rempart à la haine qu’elle était autrefois”. De tels actes avaient déjà été observés à l’université dans les années 1980, à Assas notamment, ou au début des années 2000 au moment de la deuxième intifada, explique-t-il.

“Mais depuis, on croyait l’université protégée”, regrette-t-il, soulignant amèrement l’absence de réaction de certaines facultés après la découverte des graffitis antisémites.

Paris XIII et HEC ont toutefois réagi publiquement, par des communiqués de presse, condamnant “fermement” ces actions. Leurs directions ont par ailleurs rappelé la nécessité d’informer et de sensibiliser sur ce qu’est un acte raciste ou antisémite et la manière de réagir et d’accompagner des étudiants qui en sont victimes. De son côté, l’université de Créteil assure à BFMTV.com que “la direction prendra toutes mesures nécessaires pour que ce type d’action inacceptable ne se reproduise pas”. 

Pour éviter ces manifestations de haine, des référents “racisme et antisémitisme” ont été mis en place dans les établissements après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, en 2015. Mais toutes les facs et écoles de l’enseignement supérieur n’en sont pas encore dotées. HEC, par exemple, est en train de revoir son organisation “pour aller dans ce sens”, mais n’avait pas de référent racisme et antisémitisme au moment où les tags ont été découverts dans son enceinte. Par ailleurs, ces référents “sont encore trop peu visibles et accessibles aux étudiants”, déplore Sacha Ghozlan.

La mauvaise excuse de l’humour

Ce dernier regrette par ailleurs que ces dérives antisémites soient parfois passées sous le coup de l’humour. Le 20 octobre, une étudiante de l’université Paris XIII a porté plainte pour injures antisémites, alors que les mis en cause invoquent de simples “blagues”. Un argument irrecevable pour Sacha Ghozlan: “L’humour n’excuse pas tout. Les tags et le harcèlement dépassent largement les limites de l’acceptable.”

“Des moqueries sur le nez des juifs, des caricatures sur leur rapport à l’argent… Cela a toujours existé”, explique le sociologue Pierre Birnbaum.

Selon lui, cette recrudescence des actes antisémites est due aux “fantasmes du quotidien” autour de la religion juive mais aussi à “la confusion entre les juifs israéliens et les juifs français qui ne sont en rien impliqués dans le conflit israélo-palestinien”. “La situation à Gaza tient une grande place dans la haine contre les juifs, notamment chez les étudiants d’extrême gauche tiers-mondistes”, analyse-t-il, rappelant que “du côté de l’extrême droite, l’antisémitisme a toujours existé mais il est renforcé par la montée du populisme”.

Pierre Birnbaum nuance toutefois la gravité des tags antisémites découverts dans les universités: “Je les qualifierais davantage de ‘préjugés’ antisémites que d’’actes’ antisémites comme peuvent l’être les agressions physiques, bien plus graves.” 

Reste que ces “manifestations à bas bruits” nécessitent de “réaffirmer que c’est un délit” et que cela n’a “rien de banal”, a réaffirmé la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

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