Faire sonner Big Ben pour le Brexit: le combat acharné des europhobes

0
78

Sonner ou ne pas sonner, telle est la question! A quelques jours de la date fatidique, le Brexit déchaîne encore les passions, attisées par le combat désespéré des europhobes britanniques pour que Big Ben marque cet événement historique.

Les autorités compétentes ont beau avoir enterré l’idée, les partisans les plus farouches de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’en démordent pas, la cloche la plus célèbre du monde doit sonner le 31 décembre à 23H00 (locales et GMT). Et ils tentent de mobiliser l’opinion.

Agée de 160 ans et logée dans la tour Elizabeth du Palais de Westminster, Big Ben est réduite au silence depuis plus de deux ans en raison de vastes travaux de restauration. Elle ne sonne plus qu’en de très rares occasions comme le Nouvel an ou des commémorations historiques.

Pourquoi ne pas la mettre à contribution pour le divorce européen, après près d’un demi-siècle de mariage? Trop cher, a conclu mardi le Parlement.

Faire sonner Big Ben le 31 janvier supposerait de relancer le mécanisme et retarderait l’avancée des travaux.

L’opération, vu les travaux actuels, pourrait coûter jusqu’à 500.000 livres (585.000 euros).

Fervent partisan du Brexit, le Premier ministre Boris Johnson a relancé l’idée, évoquant la possibilité d’une souscription publique, qui a suscité l’enthousiasme des journaux et élus eurosceptiques.

Quelque peu embarrassés, ses services ont dû ensuite calmer leurs ardeurs, expliquant que le Parlement n’était en réalité pas autorisé à utiliser de tels fonds.

Lancé sur le site GoFundMe, notamment par le député conservateur Mark Francois, l’appel aux fonds réunissait vendredi plus de 150.000 livres, soit plus de 180.000 euros. Même une ministre a donné 10 livres.

– Eviter tout triomphalisme –

Pour Mark François, il est “inconcevable” que cette cloche légendaire ne retentisse pas pour un tel événement.

Le gouvernement est “embarrassé par le Brexit et n’en est pas fier”, a de son côté attaqué Nigel Farage, figure de la campagne en faveur de la sortie de l’Union européenne lors du référendum de 2016.

Certains médias eurosceptiques ont accusé les partisans du maintien dans l’Union européenne d’avoir gonflé l’estimation des coûts pour faire sonner Big Ben, relevant que la cloche avait bien retenti pour célébrer le Nouvel an.

Mais ce combat est loin de faire l’unanimité, même au sein des partisans du Brexit. “Vous avez perdu la boule?”, titre une parodie virale de la Une du tabloïd Daily Express, pointant du doigt ceux qui “veulent dépenser un demi-million pour faire sonner une cloche” malgré la pauvreté et en pleine crise climatique.

Downing Street a assuré que des événements seraient bien organisés pour marquer ce “moment historique”. Mais en privé, certains reconnaissent le danger que constituerait tout forme de triomphalisme dans un pays encore divisé par la sortie de l’Union européenne.

“Pour beaucoup de monde, ce ne sera pas un moment de joie”, a averti le député indépendantiste écossais Patrick Grady, dont la formation est résolument pro-européenne.

Face à ce refus, le groupe eurosceptique Leave.EU a demandé à ce que les cloches de toutes les églises du pays sonnent le 1er février, pour “célébrer la nouvelle indépendance du Royaume-Uni”.

Mais l’organisme représentatif des sonneurs de cloches “ne cautionne pas l’idée de (les) faire sonner pour des raisons politiques”, a déclaré son porte-parole Vicki Chapman, ajoutant cependant que cela restait “à la discrétion” de chaque clocher.

Face à cet énième pied-de-nez, un commentateur a proposé que chacun amène sa propre cloche lors d’un rassemblement prévu le jour J devant le Parlement.

Une levée de fonds concurrente a en outre été lancée par une Londonienne, au profit d’une association aidant les réfugiés. Elle y promet de “se tenir à côté de Big Ben et de crier +bong+ très fort”.

© 2020 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l’AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l’accord préalable écrit de l’AFP.