Gérald Thomassin mort ou vivant ? Témoignages sur sa vie de malheurs

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L’Inconnu de la poste, c’est le nouveau livre de l’excellente Florence Aubenas. Ses lecteurs s’attendent forcément à une histoire aussi mystérieuse que passionnante. Ainsi, ils devraient être rassasiés en découvrant la vie d’un certain Gérald Thomassin, acteur récompensé d’un César de l’espoir masculin, accusé à tort d’un meurtre, qui a disparu en août 2019.

Dans les colonnes du Parisien, ses proches reviennent sur sa disparition. Beaucoup d’entre eux pensent qu’il est décédé – voire qu’il a été assassiné -, c’est notamment l’avis de son frère Jérôme Thomassin. “Si je retrouve celui ou celle qui l’a tué…”, lâche-t-il à nos confrères. “J’ai du mal à le dire, mais je pense que Gérald est mort“, regrette la directrice de casting, Marie de Laubier, qui avait travaillé avec Gérald Thomassin sur un tournage en 1990.

Accusé à tort, il passe trois ans en prison

La disparition de Gérald Thomassin est intimement liée à cette erreur judiciaire. Il avait effectué trois ans de prison avant d’être libéré, innocenté par l’ADN du coupable, pour le meurtre sauvage d’une postière en 2008. En juillet 2019, il avait bénéficié d’un non-lieu par la justice. Le 28 août de la même année – date de sa disparition -, l’ancien acteur devait se rendre à Lyon pour une ultime confrontation avec les deux suspects de l’affaire.

Cependant, l’enquête a révélé que Gérald Thomassin avait changé de train pour arriver à Nantes, là où son téléphone a émis pour la dernière fois. Jamais rentré de ce voyage, l’acteur n’a depuis jamais donné signe de vie. “Gérald allait facilement vers les gens, il était naïf. Gérald n’a jamais loupé aucun rendez-vous judiciaire”, souligne son meilleur ami, Philippe Bonaventure. Pour les proches de Gérald Thomassin, ça ne fait aucun doute : il n’aurait pas pu se suicider, ni même disparaître volontairement. “Il se réjouissait de cette confrontation. Il disait : ‘Une fois que mon nom sera lavé…’ Il savait qu’il serait indemnisé pour ses 903 jours de prison : il parlait même de s’acheter un mobile-home“, poursuit une amie, Marie de Laubier. Depuis, la disparition de Gérald Thomassin reste toujours aussi mystérieuse.

C’était un chat noir

La vie de Gérald Thommassin a été une suite de mésaventures. Si bien qu’elle a de nombreux points communs avec celle des Orphelins Baudelaire. Avec son frère – avec qui il a moins d’un an d’écart -, Jérôme Thomassin a perdu son père à l’âge de 18 mois. Leur mère étant devenue alcoolique, ils ont été placés chez leur grande-tante, puis dans une famille d’accueil. Un calvaire de sept années, pendant lesquelles les deux frères sont victimes d’abus sexuels par des enfants de la famille. “Vous n’avez pas idée de ce qu’on a enduré. On pourrait en faire un téléfilm”, se souvient Jérôme Thomassin.

Une fois adulte, Gérald Thomassin a fait ses preuves dans le cinéma. Il rencontre Béatrice Dalle en 1994, qui se souvient d’un jeune homme “complètement perdu”. À l’âge de 20 ans, sa compagne le quitte avant d’accoucher. Lui rêvait de fonder une famille. Quelques années plus tard, il retrouve sa mère morte d’une overdose dans un hôtel, peu après un passage en prison. Avide de soirées alcoolisées et de drogues dures, Gérald Thomassin plonge dans l’addiction, les tentatives de suicide et se retrouve parfois SDF. Une autre épreuve l’attend pourtant : cette accusation à tort de l’assassinat d’une postière enceinte de cinq mois, de 28 coups de couteau. “Gérald attirait la merde comme un aimant. Même dans cette affaire, où il n’a pas pu vivre le non-lieu…”, regrette son frère.

Franche, Béatrice Dalle résume ce qu’a été la vie de Gérald Thomassin : “C’était un chat noir. Tout ce qui lui était donné de tendresse lui était enlevé. Une fois, il venait de prendre un petit chien à la SPA, un boxer. Il était tout content, il me l’amène : devant chez moi, le chien se fait écraser… Gérald était un maudit du ciel, un ange déchu.