Halle : Shabbat pesant pour le judaïsme allemand en plein renouveau

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Les juifs d’Allemagne célèbrent un Shabbat pesant après l’attentat qui a visé la synagogue de Halle, survenu alors que cette communauté en plein essor pensait pouvoir enfin assumer sa vitalité et sa visibilité retrouvées 75 ans après avoir été décimée.

“Tout ce que je peux dire c’est que le niveau d’alerte est bien plus élevé” qu’à l’habitude, confie à l’AFP Nina Peretz, présidente de la communauté de Fraenkelufer à Kreuzberg, en plein centre de Berlin, quelques heures avant le début de l’office vendredi en début de soirée.

Le petit bâtiment à colonnades, détruit par les nazis pendant la nuit de Cristal en 1938 et en plein chantier de reconstruction, doit accueillir pour un service du souvenir plusieurs fidèles présents mercredi à Halle.

Un extrémiste de droite allemand de 27 ans, lourdement armé, a tenté sans succès de pénétrer dans la synagogue locale où se trouvaient 51 personnes le jour de Yom Kippour, pour y commettre un “massacre” selon la justice.

Dans l’ensemble du pays, les appels se multiplient, aux juifs et non juifs à “remplir les synagogues”, réutilisant le hashtag #showupforshabbat utilisé après l’attentat meurtrier de Pittsburgh aux Etats-Unis en 2018, qui avait fait onze morts.

– Plaie identitaire –

Au même moment à Halle, une chaîne humaine se formera autour de l’édifice visé.

Cette tentative d’attaque, qui suit plusieurs années de débat sur la montée de la menace de violences antisémites venues de l’extrême droite ou de migrants originaires des pays arabes, a conduit les autorités allemandes à renforcer encore la sécurité autour de lieux de culte juifs.

Si ces dispositifs sont courants dans le reste du monde, en Allemagne, de par l’histoire du pays, ils laissent à la communauté juive un goût très amer et ravive une plaie identitaire : 75 ans après la Shoah est-il possible d’être juif allemand ?

“Ce pays nous a apporté tant de souffrance, mais ce pays c’est chez nous. Vivre dans cette contradiction constante est déjà p****n de bizarre et souvent insupportable, sans que nous soyons en plus confrontés à la mort et à la haine”, résume Mirna Funk, journaliste et écrivain juive allemande, qui se dit poussée au départ vers Israël à cause de l’antisémitisme.

Menacée de disparition démographique et paralysée par des querelles internes de chapelles, la communauté juive allemande est restée fantômatique entre 1945 et la fin des années 1980. L’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de juifs d’ex-URSS lui a offert un premier renouveau.

Mais ce n’est qu’au tournant des années 2010 qu’on a parlé de renaissance, nourrie cette fois-ci par l’arrivée massive de jeunes juifs israéliens et internationaux en Allemagne.

“Quand nous sommes devenus actifs dans la communauté, les fidèles étaient surtout âgés et issus de milieux russes et polonais, cette sociologie a complètement changé en cinq ans, nous avons désormais de toutes les nationalités, une immigration qu’on a réussi à capter”, témoigne Nina Peretz de la synagogue berlinoise de Fraenkelufer.

– Torah et Yoga –

Club de lecture en yiddish, rave party débridée pour Pourim (le carnaval juif), table ouverte aux non juifs pour Shabbat, séance de yoga combinée à l’étude d’une section de la Torah : la vie juive allemande est marquée depuis plusieurs années, en particulier à Berlin, par un vent de créativité et d’insouciance, qu’elle n’avait plus connue depuis 1933 et qui en fait un centre du judaïsme désormais considéré comme d’avant-garde.

Pour le Yom Kippour 2019, des délégations de jeunes juifs berlinois devaient ainsi venir renforcer des plus petites congrégations isolées dans le reste de l’Allemagne et peinant à remplir ses synagogues.

C’était le cas à Halle, comme à la synagogue rurale de Krakow am See, près de la Baltique, où personne n’était venu prier depuis exactement 100 ans, faute de juifs dans la région.

“Le judaïsme en Allemagne ne va pas de soi, mais cela doit changer… Nous ne serons plus jamais des juifs cachés”, promet Nina Peretz.

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