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“Harcèlement, viol, anorexie… Ma vie de mannequin a failli me détruire”

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“Harcèlement, viol, anorexie… Ma vie de mannequin a failli me détruire”

Elle a vécu dans l’univers de la mode pendant dix ans. Au top. Mais dans un cauchemar d’abus sexuels et d’incessantes remarques dévalorisantes, avec leur cortège de dégâts physiques et psychiques… Aujourd’hui, l’Américaine a accepté de nous raconter.

Jambes interminables et visage d’ange… Nikki DuBose semble tout droit descendue des podiums de la fashion week qui s’ouvrait quand nous l’avons rencontrée. Un univers qui était son rêve de petite fille et a pourtant failli la tuer. Mannequin pendant dix ans, l’Américaine raconte ce cauchemar dans un livre choc, Dans l’enfer du mannequinat, une industrie qui détruit (éd. du Rocher)

“Ecrire a été pour moi une thérapie. J’ai fait toutes les expériences négatives possibles dans le milieu de la mode, confie-t-elle. J’ai été violée, j’ai été harcelée sexuellement. Mes troubles alimentaires étaient exacerbés par cette industrie. Le directeur de mon agence de mannequins me faisait subir des pressions pour que je couche avec lui, et toutes ces choses ont dégradé ma santé mentale qui était déjà fragile.”

Tu parles d’un rêve ! J’étais en anorexie sévère, au point de vomir du sang

Née dans les années 80, en Caroline du Sud, Nikki n’a que 2 ans lorsque ses parents divorcent. Son enfance et son adolescence ne seront que tourments et abus. Une mère souffrant de troubles de la personnalité multiple, un beau-père violent et tyrannique, un ami de la famille qui la viole. Autant de traumatismes qui la poussent, dès le plus jeune âge, à se servir de la nourriture pour anesthésier sa douleur ; puis l’adolescence et les complexes venus, à se purger en vomissant par peur de grossir.

“J’ai passé la majeure partie de ma vie à détester mon physique, explique la si jolie jeune femme. J’avais l’impression que mon monstre intérieur se voyait à l’extérieur. J’étais persuadée que personne ne pourrait jamais m’aimer telle que j’étais.” Très vite, d’autres addictions se sont ajoutées à la nourriture. “Ado, ma mère m’amenait déjà dans les bars. Je suis devenue accro à l’alcool, aux drogues et au sexe. Enfermée dans une prison cauchemardesque, je pensais que le seul moyen d’être heureuse était de me rendre insensible à tout.”

“Un jour, on me reprochait d’être grosse et le lendemain d’avoir trop maigri…”

Réfugiée dans la boulimie, Nikki a le sentiment de prendre enfin sa vie en main quand une carrière de mannequin s’offre à elle. Un piège plus dangereux encore vient en réalité de se refermer sur la jeune fille : “Dans les agences et les castings, on se permettait toutes les remarques. Je n’ai jamais entendu : “Tu es très bien comme tu es.” Un jour, on pouvait me dire : “Tu as de trop grosses jambes.” Et le suivant : “Tu as perdu beaucoup de poids ? Comment ça se fait ?” J’avais l’impression de ne jamais convenir. Quand on n’est pas stable mentalement, cela fait des dégâts terribles.”

Seule certitude dans ce milieu, l’ultra-maigreur est valorisée. C’est le sésame ultime pour qui veut se hisser à la une des magazines : “Plus je maigrissais, plus j’avais de succès, plus je décrochais des contrats, se souvient Nikki. La réalité, c’est que j’étais en anorexie sévère, au point de vomir du sang et de perdre mes cheveux mais, autour de moi, on glorifiait ma maigreur.”

“Les mannequins, hommes et femmes, restent traités comme des marchandises”

Quand sa mère meurt dans un accident de la route lié à l’alcool, le choc réveille la jeune femme : “J’ai compris que le même sort m’attendait. J’ai trouvé le courage de demander de l’aide. Et grâce à la foi et au secours d’une équipe de thérapeutes, j’ai pu me sortir de l’addiction. J’espère que mon exemple aidera ceux qui souffrent. J’y suis arrivée, je vis en paix et j’étais pourtant une cause perdue !”, sourit Nikki qui consacre désormais sa vie à l’écriture, “une révélation”, à l’aide aux personnes atteintes de maladies mentales et à la lutte contre les abus sexuels, notamment dans le monde de la mode.

“Les mannequins, hommes et femmes, restent traités comme des marchandises. Le simple fait qu’ils n’aient pas d’assurance maladie correcte en est la preuve. Il faut changer les lois, faire évoluer leurs conditions de travail. Ainsi, on cessera peut-être de les considérer comme des objets dont on peut disposer comme on le souhaite, même sexuellement…”

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