Haro sur les millennials, sommés d’agir contre le coronavirus

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Donald Trump ne veut plus les voir dans les bars ou à la plage: interpellés par des dirigeants politiques et professionnels de santé, les millennials, génération réputée individualiste, sauront-ils se responsabiliser face au coronavirus?

“J’en appelle de nouveau à cette génération”, a lancé mercredi Deborah Birx, qui coordonne le dossier coronavirus à la Maison Blanche. “Nous ne pouvons pas continuer à voir ces grands rassemblements un peu partout dans le pays”, a-t-elle ajouté.

Mère de deux représentants de cette génération – que le Pew Research Center définit comme née entre 1981 et 1996 –, elle avait déjà insisté les deux jours précédents sur le rôle des millennials, “le groupe qui stoppera le virus”, selon elle.

Bien qu’ayant parlé surtout des millennials, la responsable a semble-t-il voulu taper large, et englober la “génération Z”, née après.

Si la plupart des Etats américains ont aujourd’hui ordonné la fermeture des bars et restaurants, des images de lieux bondés circulaient encore ces dernières heures.

A Miami, des centaines de jeunes gens se pressaient ainsi sur la plage mercredi malgré les consignes invitant chacun à rester chez lui.

– “Pas vraiment peur” –

“C’est un peu trop, ce qui se passe”, a estimé Shelly Hill, étudiante de l’université d’Etat de Géorgie, en référence aux fermetures qui vont la forcer à écourter ses vacances. “Je n’ai pas vraiment peur du coronavirus”, a-t-elle ajouté.

“Les jeunes ne réalisent pas. Ils se sentent invincibles”, a déclaré mercredi Donald Trump.

Il faut dire que la pandémie a le mauvais goût de tomber pile au moment du “spring break”, les congés étudiants de printemps, qui donnent traditionnellement lieu à des rassemblements monstres et très arrosés dans le sud des Etats-Unis.

Millennials mais aussi “Gen Z” ont en commun d’être plus individualistes que leurs aînés, souligne Jean Twenge, auteure du livre “Generation Me”, résultat d’un mouvement entamé durant les années 50.

Longtemps, les moins de 40 ans se sont souvent sentis assez préservés des conséquences les plus sérieuses du coronavirus.

Mercredi, Deborah Birx a néanmoins évoqué plusieurs témoignages de professionnels de santé, en France et en Belgique, faisant état de plusieurs cas graves dans cette tranche d’âge.

Autre caractéristique forte de millennials et “Gen Z”: une plus grande défiance vis-à-vis des autorités, selon Jean Twenge.

“Les millennials attendent des marques et des dirigeants qu’ils agissent de manière cohérente”, explique Jeff Fromm, associé au sein de l’agence publicitaire Barkley.

“Ca va être un défi d’amener ces gens à changer leur comportement”, dit-il, parce que “le gouvernement américain n’a pas été cohérent”, minimisant d’abord l’épidémie avant de battre le rappel.

“Je ne pense pas que les jeunes envisagent sérieusement la possibilité d’être porteurs sains” du virus, estime Nate Christensen, étudiant infirmier, qui vit à New York.

– “Message personnalisé” –

Des millennials célèbres ont pourtant également appelé les leurs à se responsabiliser, comme la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, les chanteuses Ariana Grande ou Taylor Swift.

“A vous les connards de millennials qui continuez à sortir et à faire la fête: rentrez chez vous! Arrêtez de tuer des personnes âgées, s’il vous plaît”, a exhorté l’actrice Hilary Duff (“Younger”) dans une vidéo postée sur Instagram.

Jean Twenge croit à un message adapté aux caractéristiques de cette génération qui, bien que plus individualiste, est aussi plus centrée sur la famille et les proches.

“Il faut dire: ne contaminez pas vos parents ou vos grand-parents. Le message doit être personnalisé. Ce sera moins efficace si vous dîtes: faites votre devoir civique”, dit cette professeure en psychologie à l’université de San Diego State.

Dans les faits, s’ils y sont peut-être venus plus tard que d’autres, nombre de millennials ont franchi le pas et se cloîtrent désormais chez eux comme le reste de la population face à l’épidémie.

“Beaucoup de millennials ont plus de 30 ans, des enfants, et des parents qui prennent de l’âge, et ils vont vouloir protéger leur famille”, avance Jeff Fromm.

“Il y a maintenant une pression sociale qui incite à ne pas sortir, à ne pas se montrer dans un bar sur les réseaux sociaux”, constate Divya Sonti, qui habite Washington.

“La normalité est définie par ce que nous voyons sur nos téléphones”, dit-elle, et désormais, l’heure est au “social shaming” (critiques sur les réseaux sociaux) pour ceux qui braveraient les consignes.

“C’est, entre autres, ce qui fait que les gens restent chez eux”, conclut-elle.

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