Hong Kong paralysé par le mouvement pro-démocratie, un manifestant blessé à balle réelle

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Un policier hongkongais a tiré lundi matin sur un manifestant masqué, le blessant au torse, alors que la mégapole était paralysée par des opérations de blocage de très grande ampleur menée par la mouvance pro-démocratie.

Ce coup de feu, qui a été filmé et retransmis en direct sur Facebook, illustre à nouveau la dégradation de la situation dans l’ex-colonie britannique, qui vit depuis cinq mois sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997.

Sur la vidéo, on voit un policier essayant de maîtriser une personne à blouson blanc dans le quartier de Sai Wan Ho, dans le nord-est de l’île de Hong Kong, à un carrefour bloqué par des manifestants.

Un autre homme masqué, vêtu de noir, s’approche et le policier lui tire visiblement sur le torse. L’homme tombe au sol puis s’assoit en se tenant l’abdomen, tente de se relever avant d’être maîtrisé à terre par le policier.

Deux autres coups de feu retentissent. A côté d’eux, un autre policier immobilise au sol un autre manifestant en noir. La chaussée est maculée de traces de sang.

– “Ça n’a plus aucun sens” –

La police hongkongaise a indiqué qu’une personne avait été touchée par une balle, et les autorités hospitalières ont précisé qu’un homme de 21 ans avait été admis pour une blessure par balle.

En dépit de manifestations quasi quotidiennes depuis juin, et de plus en plus violentes, l’exécutif local comme le gouvernement chinois se sont refusé à toute concession aux manifestants qui demandent notamment des réformes démocratiques et une enquête sur le comportement de la police.

La fusillade de Sai Wan Ho, lundi, n’a fait qu’attiser une situation déjà explosive.

“Je ne comprends pas pourquoi la police se montre aussi brutale et s’en prend à des innocents. Ça n’a plus aucun sens. Je crois que cela échappe à tout contrôle”, a déclaré une informaticienne de 22 ans qui s’est présentée sous le nom de Chan, alors qu’elle rejoignait une manifestation à Sai Wan Ho.

La tension s’était encore accrue après le décès vendredi d’un homme de 22 ans, Alex Chow, tombé cinq jours plus tôt dans des circonstances floues d’un parking à étages lors d’affrontements dans le quartier de Tseung Kwan O (est).

Depuis lors, des veillées rassemblent quotidienntment des dizaines de milliers de personnes, notamment dans ce quartier résidentiel qui est depuis plusieurs semaines au coeur de la mobilisation.

– “Assassins!”, “Triades!” –

Un appel à la grève générale avait été lancé pour ce lundi. Et c’est très tôt dans la matinée, à l’heure de pointe, que plusieurs quartiers ont été le théâtre d’actions de blocage en tout genre.

Des manifestants ont pris pour cible les stations du métro hongkongais, qui est en temps normal d’une remarquable efficacité, ou ont érigé des barricades à certains carrefours.

L’ensemble a eu pour conséquence de paralyser la circulation, créant un casse-tête pour les employés tentant d’aller au travail.

La vidéo des tirs de Sai Wan Ho a poussé de nombreux employés à descendre dans les rues au moment de leur pause déjeuner dans le quartier commerçant de Central, qui abrite nombre de grandes entreprises étrangères et de boutiques de luxe.

“Assassins!”, “Triades!”, scandaient les manifestants. “Il ne portait pas d’arme. Quelle menace présentait-il pour le policier?”, interrogeait dans la foule une employée de bureau de 29 ans se faisant appeler Elaine.

– Colère –

Des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc ont été tirées par la police dans de nombreux quartiers pour tenter de disperser les protestataires, et notamment sur deux campus.

C’est la troisième fois depuis le début de la mobilisation qu’un manifestant est blessé par un tir à balle réelle. Les deux premières victimes, touchées en octobre, ont survécu.

En l’absence de solution politique en vue, c’est à la police que l’exécutif hongkongais a confié le soin de gérer cette situation explosive. Et les forces de l’ordre semblent de plus en plus aimanter la colère de la population.

Les forces de l’ordre justifient depuis des mois le recours à la force par la violence d’une frange radicale des manifestants qui n’hésite pas à jeter des briques et des cocktails Molotov, et à vandaliser les entreprises accusées d’être favorables aux autorités pro-Pékin.

La cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, a refusé de permettre une enquête indépendante sur le comportement de la police, ce qui est une demande clé des manifestants, en affirmant que les forces de l’ordre étaient dotées d’un organisme de surveillance, l’IPCC, chargé d’instruire les plaintes.

Mais un groupe d’experts indépendants, britanniques, néo-zélandais et canadiens, nommés par Mme Lam pour conseiller cette commission de surveillance, vient d’estimer que l’IPCC n’avait pas les moyens de mener sa mission, dans un rapport encore non officiel mais posté samedi soir sur Twitter par un expert britannique.

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