Ifè (The Voice 2020), l’arrêt de l’émission : “Ça a été un coup de massue”

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Parmi les chanceux à avoir décroché leur ticket pour la demi-finale de The Voice se trouve Ifè. À 27 ans, ce jeune homme originaire du Bénin et étudiant aux Beaux-Arts de Paris fait l’unanimité depuis son arrivée dans l’aventure. Sa gestuelle, sa voix et sa personnalité bouleversent les coachs à chacun de ses passages. Chouchou de Marc Lavoine, mais aussi du public, Ifè a donc toutes ses chances pour accéder à la finale en dépit des conditions très particulières dans lesquelles il va devoir se battre, en raison de l’épidémie de coronavirus. Son confinement, ses répétitions, sa relation avec Marc Lavoine, la mort de son frère… Ifè se livre pour Purepeople.com.

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Comment avez-vous vécu l’arrêt de l’émission à cause du confinement ?

Ça a été un coup de massue. On a des attentes quand on vit l’aventure de The Voice, surtout après l’étape des KO et qu’on est qualifié pour la demi-finale. J’ai regardé The Voice, donc je savais à quoi m’attendre au niveau des live et donc ça a été un coup de massue pour moi. Mais, assez rapidement, le staff nous a rassurés, en nous expliquant que ça ne dépendait pas d’eux, alors j’ai pris la chose dans le bon sens en me disant que ce n’était pas la fin et que tout irait bien.

Comment s’est passé le confinement pour vous ?

Le confinement s’est bien passé. J’ai passé mon temps à faire plein de choses, entre la musique évidemment, prendre le temps de me reposer et le dessin, l’art, qui sont des choses qui font partie de moi. Et j’ai surtout essayé de ne pas trop stresser par rapport à la situation, de rester positif. J’ai pensé aussi à mon pays, à la situation là-bas.

Vous êtes originaire du Bénin, comment se passe la crise là-bas ?

Je sais un peu comment ça se déroule. Évidemment, l’épidémie n’est pas arrivée au Bénin à la même vitesse qu’en France, et une fois qu’elle est arrivée, le Bénin n’avait pas les moyens pour imposer un confinement et faire en sorte que les gens restent chez eux. Ils ont dû trouver un système qui correspondait aux besoins du pays et ont donc installé un cordon sanitaire. Je ne sais pas à combien de cas ils sont à l’heure actuelle, mais pendant le confinement, on avait eu 200 cas, parmi lesquels il y a eu deux morts. Ce qui est plutôt rassurant par rapport à la population qu’on a là-bas. J’avais mes inquiétudes, mais j’ai été rassuré quand j’ai vu comment mon pays a réagi. Je suis fier, je suis soulagé et je suis rassuré.

Avez-vous été touché de près ou de loin par le virus ?

J’ai été touché de loin. En fait, j’ai une amie à moi qui n’a pas eu le virus, mais elle avait le cancer et elle est décédée pendant la période du confinement et je n’ai pas pu être là pour elle, je n’ai pas pu la voir donc d’une certaine manière, j’ai été touché. Le boucher du supermarché où je vais a été emporté par le virus, c’est également quelque chose qui m’a frustré parce que, ce n’était peut-être pas mon ami, mais, je connaissais ce visage depuis quatre ans, alors ça m’a fait vraiment bizarre.

Avez-vous été en contact avec votre coach, Marc Lavoine, pour préparer la demi-finale ?

Pendant le confinement, Marc Lavoine et moi, on s’est écrit de temps en temps, on a discuté de mon titre. Il a quand même été plutôt présent avec ses Talents.

Comment se passent les répétitions avec le virus toujours présent ?

Quand on arrive sur le plateau et dans les studios, on se rend tout de suite compte que les équipes sont réduites. Il y a beaucoup moins de gens, tout le monde porte des masques et fait au mieux pour respecter les gestes barrières, mais les gens sont en pleine forme et motivés. Évidemment, quand on chante, porter un masque est compliqué, donc on le retire. Pour faire au mieux avec les conditions, seulement deux personnes étaient autorisées dans une salle de coaching, donc moi par exemple et ma coach. Ma coach porte son masque et moi je le retire pour préparer mon morceau et chanter. Le staff de The Voice a vraiment tout fait pour que tout se passe bien. C’est impressionnant.

Le confinement a-t-il modifié votre approche de la demi-finale ?

Effectivement, la situation liée au Covid m’a mis dans une autre dynamique de répétition et de préparation avant de monter sur le plateau. J’ai passé beaucoup de temps à écouter ma chanson dans ma tête et à la répéter, beaucoup beaucoup de temps avant de me servir de mes cordes vocales, parce qu’il fallait les protéger vu les circonstances. Forcément, je me voyais faire les live et j’avais une vision de la scène qui n’était pas du tout celle à laquelle je m’attendais, mais les conditions nous ont quand même permis de faire les choses en étant au meilleur de nous-mêmes, en gardant une bonne humeur et en nous amusant. Ça aura été le plus important pour nous.

Quels sont les candidats que vous redoutez le plus ?

Il y en a trois, Terence de l’équipe d’Amel Bent, Abi de Pascal Obispo et Gustine aussi avec Lara Fabian. Par rapport à leur univers particulier déjà, Abi et Gustine ont une voix très particulière, et Terence, quand il chante, il a ce pouvoir et il est dans l’émotion. Mais même si je me sens en compétition, ça reste des talents que j’admire et pour qui j’ai beaucoup de respect et j’ai envie de les voir en finale. Je les considère comme des amis. Et voilà, ils sont forts.

Avez-vous des projets pour la suite ?

Que je gagne ou non, j’ai des projets à réaliser, d’un point de vue artistique et d’un point de vue musical. En 2021, je vais faire en sorte de lier l’art plastique au Bénin et la France. Je souhaiterais pouvoir faire une exposition en collaboration avec des artistes français et des artistes de mon pays, ce serait également une exposition avec un concert. Je n’ai pas encore d’idée spécifique par rapport à un album, si je devais en sortir un, mais j’ai l’intention de continuer à faire de la musique et à chanter. J’ai des projets, ça, c’est une certitude.

Vous êtes étudiant aux Beaux-Arts et vous avez un vrai talent pour le dessin. Pourriez-vous envisager de sortir une BD ou un manga par exemple ?

C’est très envisageable que je sorte une BD, je l’ai même déjà fait il y a deux ans, en 2018. J’ai lancé une BD qui s’appelle Tagut & Bizu qu’on peut retrouver très facilement sur Facebook, c’est une bande dessinée qui raconte avec humour l’histoire de deux Béninois expatriés en France et leurs déboires. Je ne compte certainement pas m’arrêter là. Réaliser un manga, c’est un de mes rêves de gosse. Il va y avoir aussi des visuels pour The Voice, j’en ai déjà fait quelques-uns qui racontent mon aventure et il va y en avoir d’autres avant la fin de cette saison.

Le dessin, à l’image de la musique, est-il une manière de rendre hommage à votre frère (décédé après un accident de la route, NDLR) ?

Pour ce qui est du dessin, ça n’a pas été fait pour que ce soit un hommage envers lui. C’est même lui qui avait eu l’idée de faire une bande dessinée en ligne qui permette aux lecteurs de raconter leurs anecdotes. Le concept est que ce soit interactif, ceux qui la lisent peuvent proposer des scénarios, qu’il s’agisse de leur vécu ou non. Des scénarios illustrés avec les personnages de Tagut & Bizu qui sont eux-mêmes inspirés de mon petit frère et de moi-même.

Vous avez toujours été très transparent concernant la mort de votre frère. Pourquoi avoir décidé d’en parler ?

J’aurais pu me passer de l’évoquer, mais ça me semblait important, c’était ma propre catharsis vis-à-vis de ce vécu qui a été très troublant. C’est quelque chose que je porte en moi et autant rester vrai avec soi-même. Ce n’est pas tous les jours qu’on perd son frère et qu’on vit les émotions qu’on est en train de vivre. On ne peut pas garder ça uniquement pour soi, il faut savoir s’en libérer. Je l’ai fait à ma façon et je n’ai aucun regret.

C’est même devenu une force pour vous…

Tout à fait, c’est une force. Il y a quatre ans, lorsque cet accident est arrivé, je me suis demandé ‘pourquoi ? Pourquoi lui qui est le plus jeune d’entre nous et le plus solaire ?’ À l’époque, une pensée s’est glissée dans ma tête qui me disait ‘ton frère est parti pour que tu puisses être complet’. Je n’ai pas compris le sens de cette phrase au début, je l’ai accepté, mais sans le comprendre. Aujourd’hui, j’ai compris. Parce qu’imaginons que mon frère n’ait pas été emporté par cet accident et que j’arrive à The Voice, la prestation que j’aurais faite aux auditions à l’aveugle n’aurait probablement pas été si lourde de sens. Le fait de l’avoir perdu, d’avoir vécu ce que j’ai vécu, m’a permis d’arriver à The Voice avec une aura, une énergie et des choses à dire, donc ce qui lui est arrivé a eu un impact sur ma vie et sur mon aventure.

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