Il y a 50 ans, le président Nasser s’éteignait au Caire

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Le 28 septembre 1970, Gamal Abdel Nasser s’éteint au Caire, terrassé par une crise cardiaque à 52 ans. Son décès déclenche un véritable choc en Egypte et dans tout le monde arabe.

Dans la soirée, toutes les chaînes de radio et télévision interrompent brusquement leurs émissions, diffusant des versets du Coran.

D’une voix entrecoupée de sanglots, écrit alors l’AFP, le vice-président Anouar al-Sadate vient lui-même annoncer à la radio le décès de Nasser à 18H15 locales (15H15 GMT).

“La République arabe unie, la nation arabe et l’humanité tout entière ont perdu l’un des hommes les plus chers, les plus courageux et les plus sincères”, dit-il, soulignant que Nasser est mort dans un ultime effort pour “mettre fin à l’horrible drame qui a atteint la nation arabe”.

La veille, le président Nasser avait réussi à arracher un accord au roi Hussein de Jordanie et au chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Yasser Arafat pour arrêter les sanglants affrontements de “Septembre noir”.

Gros fumeur, diabétique, son état de santé n’avait pas été révélé au public, et sa mort est un véritable choc.

Un des principaux leaders des “officiers libres” qui renversèrent la monarchie en 1952, le raïs avait pris le pouvoir deux ans plus tard. Cofondateur du mouvement des non-alignés, charismatique et chantre du nationalisme arabe, il avait mis en place un régime de parti unique et gouverné d’une main de fer pendant 16 ans.

Ses plus grands succès furent la nationalisation du canal de Suez en 1956 et la mise en déroute de l’opération franco-britannique destinée à reprendre le contrôle de cet axe stratégique, puis l’inauguration en 1964 du barrage d’Assouan. Et sa plus grande défaite, celle infligée en juin 1967 par Israël à son armée.

– Nuit de deuil –

Un deuil officiel de quarante jours est proclamé.

Peu après l’annonce du décès, les premières manifestations se déroulent au Caire. A Héliopolis, hommes, femmes et enfants crient leur douleur ou pleurent silencieusement. Dans les quartiers populaires, des rassemblements se forment.

Toute la nuit, une foule compacte –d’abord incrédule, puis atterrée– se dirige vers la résidence de Nasser, puis vers le palais présidentiel de Koubbeh, où la dépouille a été transportée. Les autorités font appel aux forces armées et aux chars pour interdire les voies.

A Alexandrie, tous les magasins sont fermés et les cinémas interrompent leurs projections.

– Traumatisme –

Le 29 septembre, la presse du Caire paraît entourée d’un cadre noir. Les condoléances affluent du monde entier.

“Cent millions d’Arabes se sentent aujourd’hui orphelins”, écrit un journal libanais. Il était pour les “super-grands” le seul “interlocuteur valable du monde arabe, le seul qui puisse parler en son nom”, souligne un autre journal.

Au Caire, la vie est paralysée. Tous les bureaux et magasins sont fermés. Des banlieues, arrivent adolescents portant des fleurs et brandissant des portraits de Nasser.

– “Adieux déchirants” –

Le 1er octobre, le cercueil de Nasser, enveloppé du drapeau égyptien, est placé sur un affût de canon tiré par huit chevaux et encadré par quarante généraux de l’armée. Cinq mille cadets de l’école militaire précédent le cortège. Ses compagnons d’armes y prennent place, suivis des chefs d’Etat et de gouvernements étrangers.

Des hélicoptères survolent la capitale et des Mig-21 passent en rase-motte. Une salve de 21 coups de canon est tirée.

Une foule, estimée à plusieurs millions de personnes, se presse sur le parcours du cortège, long d’une quinzaine de kilomètres. “Vive Nasser” et “Il n’y a d’autre Dieu qu’Allah”, scande l’immense foule.

Commencée dans l’ordre, la cérémonie tourne à la plus grande confusion, la foule obligeant à plusieurs reprises le cortège à s’arrêter. Anouar al-Sadate et le roi Hussein de Jordanie sont victimes d’un malaise.

Ce n’est qu’à l’intérieur de la mosquée al-Nasr qu’un calme relatif est rétabli, alors que le grand imam d’Al-Azhar préside le service religieux.

Nasser est inhumé selon la tradition musulmane dans son linceul et son cercueil a été brisé par les derniers fidèles qui en ont gardé des reliques.

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