Incertitude sur la participation de Damas aux négociations de paix de l’ONU

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Le régime syrien laisse planer l’incertitude sur sa participation à un nouveau round de négociations politiques à Genève sur l’avenir de la Syrie devant débuter mardi, selon l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura.

“Le gouvernement n’a pas encore confirmé sa participation aux négociations à Genève”, a déclaré l’envoyé spécial de l’ONU lors d’une vidéo-conférence lundi avec le Conseil de sécurité.

Dimanche, “nous avons reçu un message nous indiquant que le gouvernement n’allait pas se rendre à Genève” lundi. “Bien évidemment, nous nous attendons à ce que le gouvernement se mette en route très bientôt”, a-t-il ajouté.

“Si les deux parties arrivent à Genève, nous allons pouvoir nous lancer dans des discussions de fond et je l’espère aussi dans des négociations”, a poursuivi l’émissaire, en se félicitant de voir l’opposition y participer pour la première fois de manière “unie”.

“Nous n’allons accepter aucune condition préalable d’aucune des deux parties”, a aussi insisté Staffan de Mistura.

Les sept rounds de discussions précédents en Suisse ont tous buté sur le sort du président Bachar al-Assad. Les Occidentaux, notamment la France et les Etats-Unis, ne font cependant plus de son départ une condition préalable à un accord de paix. Et l’opposition syrienne semble être désormais sur la même ligne.

– Réunion à cinq –

Une “réunion préparatoire” des cinq membres permanents du Conseil de sécurité – Etats-Unis, Russie, Chine, France et Royaume-Uni – se tiendra mardi à Genève à l’initiative de Paris, a aussi annoncé Staffan de Mistura.

Cette rencontre s’inscrit dans une volonté des Occidentaux de revenir sur le devant de la scène face à la diplomatie hyperactive de Moscou, soutenu par Ankara et Téhéran, et ses victoires militaires en soutien de Damas.

Lundi, le président américain Donald Trump et son homologue français Emmanuel Macron ont souligné lors d’un échange téléphonique que le processus de Genève était le “seul forum légitime” pour débattre de l’avenir de la Syrie.

Paris plaide depuis des mois pour la création d’un groupe de contact sur la Syrie, mais sans guère de retour positif de Moscou et Washington jusqu’à présent. La France s’est aussi proposée comme intermédiaire après un refus américain que l’Iran en fasse partie.

Donald Trump et Emmanuel Macron “ont souligné la nécessité de s’opposer aux activités déstabilisantes de l’Iran en Syrie”, précise lundi un communiqué de la Maison Blanche.

Staffan de Mistura a aussi indiqué que “plus de 200 représentants de la société civile syrienne seront présents à Genève dans les prochaines semaines”. Il y aura également des experts en droits de l’Homme pour évoquer détentions, rapts et disparitions. “Nous devons être au plus près des problèmes sur le terrain, c’est indispensable pour les efforts de médiation”, a-t-il dit.

Lundi, au moins 18 personnes ont été tuées lors d’attaques du régime sur la Ghouta orientale, région rebelle proche de Damas. “C’est inacceptable” et “les bombardements et combats doivent cesser”, a réclamé la France.

– 250 milliards –

Staffan de Mistura a fixé pour la 8e session de pourparlers intersyriens quatre sujets: création d’une “gouvernance crédible, inclusive et non-sectaire”, élaboration d’une nouvelle Constitution avec un “dialogue ou une conférence nationale”, préparation d’élections “sous la supervision des Nations unies” et discussions sur “la lutte contre le terrorisme”.

“En tant que médiateur, je vais m’assurer de la façon dont les parties négocient et travaillent positivement à la mise en oeuvre des négociations, et cela peu importe les déclarations publiques faites sur tel ou tel sujet”.

“Nous savons très bien qu’il y a des différences entre ce qui est dit en public et ce qui se passe dans des négociations”. “Il est tout à fait possible également de dire des choses qui ne plaisent pas à l’autre partie, à condition de ne pas établir et de ne pas fixer de pré-conditions. C’est là l’essence des négociations”, a fait valoir l’émissaire.

Après “six ans de guerre et la moitié de la population (ayant) quitté le pays”, la “reconstruction devrait nous coûter 250 milliards de dollars”, a aussi indiqué Staffan de Mistura. “Il y a une kyrielle d’obstacles, un vaste éventail d’acteurs, des intérêts divergents ainsi qu’un véritable danger de voir un cloisonnement des territoires et une mise en péril de l’intégrité territoriale et de l’autonomie” de la Syrie, a-t-il mis en garde.

De la répression sanglante par le régime de Bachar al-Assad de manifestations prodémocratie, point de départ de la guerre, à l’intervention de puissances internationales, la guerre en Syrie dure depuis mars 2011. Elle a fait plus de 340.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés.

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