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Irak/élections: le Premier ministre en passe d’être reconduit à son poste

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Irak/élections: le Premier ministre en passe d’être reconduit à son poste

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, soutenu par la communauté internationale, devrait être reconduit à son poste après les législatives de samedi marquées par une abstention record, selon des résultats non officiels.

La liste de M. Abadi, créditée d’une soixantaine de députés, est talonnée de près par l’alliance inédite du chef religieux chiite Moqtada Sadr et des communistes sur un programme anti-corruption, qui a obtenu 51 sièges, selon des chiffres communiqués dimanche par plusieurs responsables politiques.

Pour ce premier scrutin après la victoire sur le groupe Etat islamique (EI), 44,52% des inscrits ont voté selon la commission électorale, soit la participation la plus basse depuis la chute du régime de Saddam Hussein en 2003.

Indépendamment de leur province ou leur confession, ceux qui ont voté ont dit vouloir de “nouvelles têtes” pour amener du sang neuf dans une classe politique inamovible depuis 15 ans.

Ils semblent toutefois avoir reconduit au pouvoir M. Abadi, qui a capitalisé durant sa campagne sur la victoire contre les jihadistes et représente le premier politicien chiite à bénéficier d’une forte popularité parmi les sunnites qui, jusqu’alors, boycottaient régulièrement les élections.

Mais de façon générale, les électeurs ont infligé un camouflet à l’ensemble de la classe politique en boudant massivement les urnes et en donnant un coup de pouce aux listes anti-système.

– “Promesses envolées” –

Ils ont placé par exemple à Bagdad la Marche pour les réformes de Sadr et des communistes en tête –avec 18 sièges sur 71–, selon des résultats non officiels.

Cette alliance se targue de manifester chaque semaine depuis trois ans contre la corruption.

En troisième position, se situent avec une trentaine de sièges les anciens du Hachd al-Chaabi, supplétif crucial de l’armée dans la victoire contre l’EI.

L’abstention a été telle qu’un candidat du Hachd est allé jusqu’à plaisanter sur le fait qu’il y avait “plus de participants pour décrocher les affiches de campagne (…) que pour voter”.

“L’importante abstention résulte du fait que les politiques menées depuis 15 ans ne convainquent plus les électeurs. Cet acte volontaire de boycotter les bureaux de vote illustre ce refus et la perte de confiance” dans les élus sortants, constate le politologue Amir al-Saadi.

Pour ce professeur de sciences politiques à l’université de Bagdad, “la plupart des programmes des partis politiques des législatures précédentes étaient très attrayants sur le papier, mais dans la pratique les promesses se sont envolées”.

“On n’a plus confiance”, a réagi Naufel Nafea, 24 ans, qui n’a pas voté. “Avant les élections, les candidats nous contactaient, j’ai même encore des messages d’eux sur mon téléphone”, raconte cet Irakien chômeur malgré son diplôme d’ingénieur pétrolier. Mais, “dès la clôture du vote, ils ont éteint leurs téléphones”.

Son camarade Mahmoud Sakban, lui, a quand même décidé de voter, car “c’est dommage” de s’abstenir, dit-il en racontant sa longue et vaine recherche de travail.

L’abstention a été moindre parmi les Kurdes et à Mossoul, nouvellement libérée du joug des jihadistes.

La participation des Kurdes, chassés des zones disputées par Bagdad et toujours englués dans les conséquences négatives du référendum d’indépendance, est de sept à neuf points supérieure à celle nationale.

A Mossoul aussi, les habitants de la cité ravagée décidés à tourner la page de l’EI, se sont rendus en nombre aux urnes, sans redouter, pour la première fois depuis 2003, attentats suicide et autres représailles des jihadistes.

Mais ailleurs, notamment à Bagdad, où la participation n’atteint que 32% selon des sources à la commission électorale, “les Irakiens avaient le sentiment que les jeux étaient faits, les élections étaient pré-packagées”, affirme Karim Bitar, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

Dans un pays où les jeunes représentent 60% de la population, ils ont été les grands absents de ce scrutin.

– Puissances étrangères –

Car, poursuit M. Bitar, “le système communautaire et le clientélisme roi créent des barrières à l’entrée des véritables forces de changement, ce qui démotive les électeurs”.

Nombre d’Irakiens affirment ne pas croire en ce scrutin proportionnel complexe qui porte au gouvernement une coalition hétéroclite et répartit les postes au plus haut niveau de l’État entre des membres de différentes communautés.

Car pour eux, dans un pays où le système politique a été calibré pour empêcher toute domination d’un parti, ce n’est pas à Bagdad que revient le dernier mot, mais plutôt à l’étranger, Washington et Téhéran en tête.

Les deux ennemis actuellement à couteaux tirés après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien, les tractations gouvernementales pourraient durer ou réserver des surprises.

En 2014, ils s’étaient tacitement accordés sur M. Abadi, écartant son rival au sein du parti Daawa Nouri al-Maliki qui cherche à revenir aux commandes.

A chaque événement politique, “les puissances régionales, notamment l’Arabie saoudite et l’Iran interviennent ouvertement ou subrepticement pour consolider leur influence”, rappelle M. Bitar.

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