Irak: les manifestants déterminés malgré les coups de boutoir du pouvoir

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Les manifestants antigouvernementaux ont reconstruit lundi leurs campements incendiés dans plusieurs villes irakiennes, toujours déterminés face à la répression exercée par les forces de sécurité et dénoncée par un groupe de pays étrangers.

Cette pression accrue sur le gouvernement irakien intervient au lendemain d’un tir de roquettes qui a touché pour la première fois directement l’ambassade américaine à Bagdad, faisant un blessé.

Cette attaque fait craindre une nouvelle montée des tensions, sur le sol irakien, entre l’Iran et les Etats-Unis, pays ennemis mais tous deux alliés du régime de Bagdad. De précédentes attaques contre les intérêts américains dans le pays ont été imputées par Washington à des factions pro-Iran.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a appelé lundi le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi à “préserver la souveraineté de l’Irak” face aux “attaques répétées des groupes armés de l’Iran” et à “prendre des mesures immédiates pour protéger les installations diplomatiques” américaines.

Rejetant toute ingérence, iranienne ou américaine, dans le pays, les manifestants, en majorité des jeunes, qui réclament de profondes réformes politiques, continuent à défier les forces de sécurité malgré la répression qui a fait 21 morts et des dizaines de blessés en une semaine.

Lundi, des milliers d’étudiants ont défilé à Bagdad et dans des villes chiites du sud de l’Irak.

– Balles réelles –

Seize ambassadeurs en Irak ont condamné “l’usage excessif et létal de la force” pour réprimer les manifestations.

“Malgré les assurances données par le gouvernement, les forces de sécurité et des groupes armés continuent à faire usage de balles réelles dans ces villes, faisant de nombreux morts et blessés parmi les civils, tandis que certains manifestants sont victimes d’intimidation et d’enlèvements”, écrivent les diplomates dans un texte signé notamment par les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France et l’Allemagne.

Ce mouvement de contestation inédit, né le 1er octobre, demande des élections anticipées et un Premier ministre indépendant pour succéder au démissionnaire Adel Abdel Mahdi. Il dénonce la corruption endémique et le manque de services publics, et réclame que ceux impliqués dans la répression meurtrière des manifestations rendent des comptes.

Depuis le début du mouvement, près de 480 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées, selon un décompte de l’AFP.

Les manifestants revendiquent leur indépendance vis-à-vis des partis politiques, même si le puissant leader chiite Moqtada Sadr les a soutenus avant de faire volte-face vendredi.

“La première fois que nous sommes venus protester, ce n’était pas en adhésion aux discours du mouvement sadriste ou d’aucun autre parti politique”, affirme Zaineb Mohammad, étudiante à Kerbala, dans le sud de l’Irak. “Nous sommes venus indépendamment et nous continuerons jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites”.

– Tentes brûlées –

Lundi à Nassiriya, une autre ville du sud, un manifestant a été tué et quatre blessés, alors que des hommes armés non identifiés ont pris d’assaut une place où campaient des protestataires.

Juste après minuit, des hommes armés ont pénétré sur la place Habboubi, à Nassiriya, mettant le feu à des tentes de manifestants, selon un correspondant de l’AFP. Des morceaux de tissu et des armatures en métal carbonisés jonchaient le sol.

Loin d’être intimidés, des protestataires ont monté de nouvelles tentes et apporté du ciment pour construire un abri.

Plus au sud, dans la ville portuaire de Bassora, des étudiants ont aussi dressé des tentes, après le démantèlement de leur campement ce week-end par les forces de l’ordre, selon un journaliste de l’AFP.

A Najaf, le principal camp de protestataires a été incendié dans la nuit par des inconnus, selon un correspondant de l’AFP, mais les manifestants ont repris lundi leur blocage de routes.

Une procession funéraire a défilé dans cette ville en hommage à un manifestant de 14 ans tué à Nassiriya, Ali Zouweir. Des proches portaient son cercueil, brandissant son portrait et pleurant.

Vendredi, les forces de l’ordre avaient commencé à pénétrer dans les principaux camps des manifestants, après que Moqtada Sadr eut retiré son soutien au mouvement.

Le leader chiite avait mobilisé ce jour-là des milliers de partisans pour réclamer le départ des 5.200 soldats américains stationnés en Irak. Le sentiment antiaméricain dans le pays s’est ravivé après la mort, le 3 janvier à Bagdad, d’un haut général iranien, Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, tué dans une frappe américaine.

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