Israël: Netanyahu va savoir s’il est mis en examen pour corruption

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Le procureur général d’Israël va annoncer jeudi soir s’il met ou non en examen le Premier ministre Benjamin Netanyahu, soupçonné de “corruption” dans différentes affaires, une décision qui pourrait s’avérer un véritable électrochoc politique.

L’annonce du procureur Avichaï Mandelblit, très attendue en Israël, intervient quelques heures à peine après que le président du pays a mandaté le Parlement pour trouver un Premier ministre, M. Netanyahu et son rival Benny Gantz ayant chacun échoué à former un gouvernement dans la foulée des élections de septembre.

La justice soupçonne M. Netanyahu “d’abus de confiance”, de “corruption” et de malversation dans trois affaires différentes, y compris “l’affaire Bezeq”, la plus sensible pour celui qui est devenu le plus pérenne des Premiers ministres de l’histoire d’Israël, avec 13 ans au pouvoir dont la dernière décennie sans discontinuer.

Dans le dossier “Bezeq”, la justice soupçonne Benjamin Netanyahu d’avoir accordé des faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des millions de dollars au patron de cette société de télécoms, en échange d’une couverture médiatique favorable d’un des médias du groupe, le site Walla.

La décision du procureur pourrait avoir d’importantes conséquences politiques alors que les parlementaires ont maintenant trois semaines pour trouver un futur Premier ministre, capable de rallier 61 des 120 députés de la Knesset, le Parlement israélien.

Une mise en examen pourrait minimiser les chances de M. Netanyahu de rallier certains députés. Mais une exonération pourrait convaincre des élus encore réticents à le rejoindre dans une coalition.

– Impasse politique –

Après l’échec de MM. Netanyahu et Gantz à former un gouvernement, le président Reuven Rivlin a donc chargé jeudi le Parlement de trouver un Premier ministre pour sortir Israël d’une impasse politique unique dans son histoire et éviter la tenue d’un troisième scrutin législatif en moins d’un an, après ceux d’avril et de septembre.

Pour “la première fois de l’histoire d’Israël” selon le président, aucun candidat n’a été en mesure de former un gouvernement à l’issue de législatives, celles du 17 septembre, qui se sont soldées sur une quasi-égalité entre MM. Netanyahu et Gantz.

Les membres de la Knesset ont désormais jusqu’au 11 décembre pour présenter à M. Rivlin un document signé par au moins 61 élus, seuil de la majorité parlementaire, s’engageant à soutenir un député pour le poste de Premier ministre.

“L’Etat d’Israël traverse une période sombre de son histoire”, a déclaré M. Rivlin au Parlement, appelant les députés à agir de façon “responsable”.

“Votre sort politique n’est pas plus important que le sort d’une vieille dame à l’hôpital”, a souligné M. Rivlin, exhortant la classe politique israélienne à cesser de penser à ses intérêts personnels mais à prendre en considération l’intérêt supérieur de l’Etat et de la population.

– “Minorité extrémiste” –

Benjamin Netanyahu, chef du Likoud (droite), est soutenu par un “bloc” de 54 élus composé également de ses alliés de l’ultra-droite et de partis juifs ultra-orthodoxes.

M. Gantz, leader du parti Bleu-blanc (centre), compte lui sur l’appui de formations de centre-gauche, mais aussi des députés arabes israéliens qui ne feraient toutefois pas partie du gouvernement.

S’ils ne sont pas parvenus à former un gouvernement, MM. Netanyahu et Gantz peuvent encore se voir confier cette tâche de Premier ministre par les députés, ce qui ouvre la voie à de nouvelles tractations.

“Netanyahu a privilégié ses intérêts personnels (…) et doit se rappeler que nous sommes encore en démocratie et que la majorité du peuple a voté pour une politique différente de la sienne”, avait déclaré mercredi soir Benny Gantz, après avoir échoué dans ses efforts pour former un gouvernement.

“Le peuple ne peut pas être otage d’une minorité extrémiste”, a ajouté M. Gantz, accusant M. Netanyahu d’avoir dressé un “mur” pour l’empêcher de diriger le pays.

Jeudi, M. Netanyahu a convié à nouveau M. Gantz à des négociations directes: “Viens en personne, pour des négociations immédiates, toi et moi, sans conditions préalables. L’Etat est important pour nous deux ! Nous devons faire un dernier effort pour former ensemble un gouvernement d’union”.

Mais un point clé sépare les deux hommes : s’ils parviennent à une entente sur un gouvernement d’union nationale, chacun veut être le premier à gouverner dans le cadre d’une rotation.

M. Netanyahu veut en effet être en poste s’il doit affronter la justice après une possible mise en examen. Et M. Gantz, lui, refuse de laisser la préséance à une personne risquant d’être inculpée.

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