JO-2020: Olivier Krumbholz, pour le hand et pour les femmes

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Sélectionneur national pendant plus de vingt ans, Olivier Krumbholz a sorti le handball féminin français du néant pour en faire une puissance majeure, jusqu’à la consécration du titre olympique remporté dimanche à Tokyo.

Sous la houlette du Messin, les Bleues ont presque tout connu: la première médaille (Mondial-1999), le premier titre (Mondial-2003), le premier podium aux Jeux (2016) et enfin la suprématie planétaire avec le doublé Mondial-2017 et Euro-2018. Ne manquait que la consécration suprême, l’or olympique.

Pourtant, lorsqu’il en a pris les rênes en 1998, le handball féminin français végétait depuis toujours au tréfonds de la hiérarchie mondiale. La Fédération a alors fait le pari de donner les commandes à “un caractère novateur et rigoureux, mais très dur”, selon le directeur technique Philippe Bana. “Un ingérable qui va vous emmerder tous les jours”, lui avait-on dit alors.

International comme joueur (9 sélections dans les années 1980), puis champion de France comme entraîneur des filles de Metz, sa ville natale (1958), Krumbholz allait pouvoir se consacrer entièrement à son “obsession de la performance”, à la tête de la talentueuse génération de Valérie Nicolas (la gardienne) et de Nodjialem Myaro. “Les filles se sont reconnues dans quelqu’un qui voulait les emmener plus loin”, dit le DTN, soulignant son “surinvestissement dans tout ce qu’il fait”.

– “Une aura toute particulière” –

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Les joueuses qu’il a dirigées, et notamment celles de la génération actuelle – “la plus belle que j’aie jamais eue”, dit-il – ont toutes été impressionnées par la détermination de ce “bosseur” (Siraba Dembélé), “jamais satisfait” (Alexandra Lacrabère), qui “discute tout le temps de handball” (Manon Houette), mais dont l’horizon s’étend bien au-delà du monde du sport. Krumbholz, 63 ans, est aussi “un grand érudit plein d’anecdotes et de proverbes” (Bana), “un homme à l’aura toute particulière” (Estelle Nzé-Minko) dont “tout le monde se souvient” (Amandine Leynaud), et également un grand connaisseur du vin.

La difficulté pour lui a parfois été de “faire passer le message”. D’abord autoritaire, sujet à de violentes colères pendant les matchs, il avait l’image d’un “macho gueulard” (Bana) à ses débuts.

Lorsqu’à la suite de l’échec aux Jeux de Londres, les dirigeants l’ont limogé, c’est aussi un style qui a été remis en question. Mais quand le mandat de son successeur Alain Porte a sombré à cause d’un contentieux avec certaines joueuses, c’est quand même lui qu’on a rappelé à la rescousse fin 2015.

– Triomphe à Bercy –

Les Bleues ont alors trouvé un entraîneur changé. Pendant sa courte traversée du désert, il avait su faire son autocritique et se convertir à l’écoute et à la participation des joueuses au projet sportif. “Une démarche à 100% bénéfique, qui s’est traduite par plus de prises d’initiative de tout le monde, plus d’autonomie, plus de professionnalisme” (Houette). Et par un succès exceptionnel.

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Entre 2016 et 2018, les Françaises ont décroché cinq médailles en six compétitions, une performance inédite. Il y a eu d’abord la fin de la malédiction olympique grâce à l’argent de Rio, puis le retour au sommet avec l’or au Mondial en Allemagne, quatorze ans après le premier sacre, et l’apothéose devant le public de Bercy en finale de l’Euro. Après l’échec du Mondial-2019, les Bleues ont retrouvé leur rang à l’Euro-2020 (argent) puis à Tokyo.

De quoi élever Krumbholz au rang de légende du sport français, et aussi de quoi faire faire un pas de géant à la cause des femmes, qui lui a toujours tenu énormément à cœur. “Cette équipe de France représente les femmes, les femmes qui réussissent, les femmes qui se battent, les femmes qui arrivent à concilier vie personnelle et vie professionnelle. Nos matchs sont des matchs pour les femmes françaises”, disait-il avant le triomphe contre les Russes en finale de l’Euro.