Kirghizstan: un mort dans les heurts, résultats des législatives annulés

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Le Kirghizstan a annulé mardi les résultats controversés de ses législatives, après une nuit de violences post-électorales qui ont fait un mort et amené à la libération par la rue du grand rival du chef de l’Etat.

Contestés par les manifestants d’opposition ayant envahi dans la nuit le siège du gouvernement, les résultats du scrutin du “4 octobre 2020 ont été déclarés aujourd’hui invalidés”, a indiqué la Commission électorale de l’ex-république soviétique d’Asie centrale.

Cette déclaration est intervenue après que les manifestants ont libéré de prison Almazbek Atambaïev, l’ex-président et ancien allié devenu rival du président kirghiz Sooronbaï Jeenbekov, incarcéré depuis un an.

Le chef de l’Etat a cependant le “contrôle” de la situation dans le pays, selon la présidence kirghize.

L’intéressé a assuré n’avoir sciemment pas donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants qui, dans la nuit de lundi à mardi, ont pris d’assaut une série de bâtiments officiels, dont le siège du gouvernement, surnommé la Maison Blanche, où les bureaux ont été partiellement saccagés.

“J’ai ordonné aux forces de l’ordre (…) de ne pas faire couler le sang”, a-t-il déclaré.

Les affrontements entre police et manifestants à Bichkek, la capitale, ont toutefois fait un mort et plusieurs centaines de blessés, dont de nombreux policiers.

Le défunt est “probablement un protestataire” du fait de ses vêtements civils, a déclaré à l’AFP mardi une porte-parole du ministère de la Santé.

– Restaurer la stabilité –

Ces émeutes rappellent celles de 2005 et 2010 qui s’étaient muées en révolution, émaillée de pillages, chassant du pouvoir les autorités en place accusées de corruption et de dérive autoritaire.

Mardi, des hommes politiques d’opposition, parmi lesquels un ancien Premier ministre et plusieurs dirigeants de partis, ont annoncé avoir formé un “conseil de coordination” visant à restaurer la stabilité et “faire revenir le règne de la loi”.

Les législatives de dimanche et leurs résultats controversés ont fait descendre des milliers de détracteurs du pouvoir dans les rues de la capitale lundi.

Puis dans la nuit, des affrontements avec la police ont éclaté après que les forces anti-émeutes ont voulu disperser les protestataires à l’aide de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogène et canons à eau.

La rue a répliqué avec des pavés et d’autres projectiles, se protégeant de policiers avec notamment des poubelles en feu.

Les heurts ont fait plus de 600 blessés, dont 164 ont été hospitalisés, selon un dernier bilan établi par le ministère de la Santé.

La libération de l’ex-président Atambaïev a été suivie de celles de plusieurs autres figures politiques détenues.

Pour ses détracteurs, le président Jeenbekov a fait incarcérer son prédécesseur et parrain politique pour se défaire de son influence et asseoir son autorité après son élection en 2017.

– Pas de résistance –

M. Atambaïev était détenu dans la prison des services de sécurité, après une condamnation à 11 ans de réclusion et dans l’attente d’un nouveau procès pour organisation de troubles massifs et meurtre, des accusations liées à son interpellation dans la violence en 2019 qui avait déjà menacé de déstabiliser le pays.

Adil Tourdoukov, un allié de M. Atambaïev, a dit que la libération de l’ex-président s’est faite “sans violences”, et que les forces présentes n’avaient pas opposé de résistance.

Les manifestants ont réclamé la démission de Sooronbaï Jeenbekov et la tenue de nouvelles élections. Celles de dimanche ont vu deux partis favorables au chef de l’Etat dominer le scrutin.

La manifestation, qui s’était déroulée dans le calme à l’origine, avait été organisée lundi à l’appel de plusieurs partis politiques qui ont échoué à atteindre le seuil de 7% nécessaire pour entrer au Parlement.

Or, avant même le vote, des soupçons d’achats considérables de voix pesaient sur ces élections.

Le chef de la mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) venue observer les élections, Thomas Boserup, avait jugé que ces “allégations crédibles” suscitaient “une inquiétude sérieuse”.

Les autorités du Kirghizstan, pays pauvre de l’Asie centrale ex-soviétique, ont été minées par une série de scandales politico-financiers ces derniers mois.

Le pays a aussi été le théâtre en 2010 d’affrontements ethniques meurtriers visant la communauté ouzbèke dans le Sud kirghiz.

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