La Chine courtise l’Europe de l’est, sous l’oeil inquiet de Bruxelles

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Le Premier ministre chinois Li Keqiang rencontre vendredi en Croatie les dirigeants d’Europe centrale et orientale pour parler économie, sous l’oeil inquiet de Bruxelles qui a obtenu cette semaine de Pékin la promesse d’une plus grande ouverture.

La ville côtière de Dubrovnik, la “perle de l’Adriatique”, accueille ce 8e sommet “16+1” – une plateforme pour les investissements de Pékin dans 11 pays d’Europe de l’est et centrale.

Ce groupement est regardé avec inquiétude en Europe de l’ouest, qui redoute une tentative chinoise pour diviser l’Union, ce que dément Li Keqiang.

Dans une tribune publiée dans des quotidiens croates avant la rencontre, le chef du gouvernement chinois a décrit ce sommet en des termes enthousiastes. “Quand on rassemble 17 pays de toutes les couleurs, on obtient quelque chose de plus riche qu’un arc-en-ciel”, s’est-il enflammé. “Si nous construisons un pont arc-en-ciel entre l’Asie et l’Europe, nous parviendrons à une belle coopération dans l’avenir.”

L’Europe orientale est une composante essentielle du projet chinois de “nouvelles routes de la soie”.

Ce projet pharaonique lancé par Pékin en 2013 prévoit des investissements de plus de 1.000 milliards de dollars dans des infrastructures routières, ferroviaires et maritimes pour permettre l’acheminement des exportations chinoises.

La Chine a par le passé annoncé une ligne de crédit de 10 milliards de dollars et un fonds de trois millions de dollars d’investissements pour les 16 pays d’Europe centrale et orientale qui retrouvent Li Keqiang vendredi.

Jusque-là, le bilan est mitigé: certains grands projets sont en cours de construction, mais des investissements promis ont été reportés ou annulés.

Par exemple, la construction d’un des projets emblématiques des “16+1” – un chemin de fer entre Belgrade et Budapest – vient tout juste de commencer en Serbie, cinq ans après avoir avoir été annoncée.

– Déclaration commune UE-Chine –

Le sommet de cette année survient trois jours seulement après une rencontre importante entre le Premier ministre chinois et l’UE, qui réclame des relations commerciales plus équilibrées avec le géant asiatique, désormais qualifié de “rival systémique”.

Mardi à Bruxelles, la Chine a promis d’ouvrir un peu plus son économie dans une déclaration commune avec l’Union saluée comme “une percée” par les Européens, qui restent cependant prudents.

Dans un document de 7 pages signé par Li Keqiang, le président du Conseil européen, Donald Tusk, et celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, Bruxelles et Pékin s’engagent à promouvoir un commerce “fondé sur des règles” et à combattre “l’unilatéralisme et le protectionnisme”.

Certains pays européens, comme la France et l’Allemagne, s’inquiètent de plus en plus du projet de “nouvelles routes de la soie”, particulièrement depuis que le gouvernement populiste italien est devenu le premier membre du G7 à le rallier.

La Chine était en 2018 le premier importateur dans l’UE et la deuxième destination des produits européens à l’exportation. La balance commerciale est largement bénéficiaire aux Chinois: +184 milliards d’euros, selon les chiffres de la Commission.

Le Premier ministre chinois a visité jeudi le site où une compagnie chinoise a démarré en début d’année la construction du pont de Peljesac, chantier stratégique d’un montant de 280 millions d’euros sur la côte adriatique.

Cet ouvrage est destiné à éviter de sortir de Croatie et de passer par la Bosnie pour aller sur la péninsule de Peljesac, et notamment à Dubrovnik. La Bosnie a critiqué par le passé ce projet, craignant notamment que la construction de ce pont entrave son accès à la mer.

Il s’agit du plus gros projet chinois en Croatie, et il est financé par l’Union européenne.

“Ce pont est un projet pilote à la fois pour la coopération +16+1+ et la coopération entre la Chine et l’UE”, a assuré Li Keqiang.