La France plonge en récession en pleine préparation d’un épineux déconfinement

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Du jamais vu depuis 1949: la pandémie de coronavirus a provoqué une chute historique du produit intérieur brut français, au moment où le gouvernement consulte les partenaires sociaux sur les délicates modalités du déconfinement pour tenter de remettre les Français au travail à partir du 11 mai.

Les deux premières semaines de confinement ont suffi à plonger la France dans la récession, avec une contraction de 5,8% au premier trimestre, selon une estimation dévoilée jeudi par l’Insee. Il s’agit de la baisse la plus forte dans l’historique des évaluations trimestrielles du PIB débutées en 1949, dépassant largement les reculs du premier trimestre de 2009 (-1,6%) lié à la crise financière de 2008, ou du deuxième trimestre de 1968 (-5,3%), marqué par les mouvements sociaux de mai.

La chute de l’activité “est principalement liée à l’arrêt des activités +non essentielles+ dans le contexte de la mise en place du confinement à partir de la mi-mars”, pour endiguer l’épidémie de Covid-19, explique l’Institut national de la statistique.

Ces mauvaises nouvelles, qui étaient attendues, sont tombées juste avant une réunion entre le Premier ministre Edouard Philippe et les partenaires sociaux à Matignon sur les modalités du déconfinement qui doit débuter le 11 mai. L’enjeu est immense: remettre les Français au travail pour relancer une économie asphyxiée sans déclencher une deuxième vague de l’épidémie, redoutée dans les hôpitaux.

– Un bilan toujours lourd –

D’une façon ou d’une autre, pour Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, “il faut qu’un maximum de Français reprennent le travail”: il a rappelé que le gouvernement prévoyait pour cette année une chute du PIB de 8% à cause d’une économie terrassée par le coronavirus et les mesures d’endiguement de l’épidémie. En mars, le chômage a connu une envolée historique (+7,1%).

Mais le Premier ministre a déjà prévenu que “si les indicateurs (épidémiologiques) ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai” ou alors “plus strictement”.

Car sur le front sanitaire, le bilan reste lourd, avec 427 décès supplémentaires en France au cours des dernières 24 heures, faisant grimper le bilan à 24.087 morts depuis le 1er mars. Pour la première fois, un décès lié au Covid-19 est survenu mercredi en Lozère, dernier département épargné jusqu’alors.

Cependant, la décrue amorcée depuis trois semaines en réanimation se confirme, avec 180 patients en moins mercredi.

Dans cette situation fragile, Edouard Philippe a demandé “avec insistance” aux entreprises de maintenir le télétravail autant que possible et de veiller à équiper les salariés en masques dans le cas contraire.

– Département vert ou rouge ? –

Avant de réunir patronat et syndicats, le Premier ministre s’était entretenu mercredi avec les élus locaux et acteurs de terrain, désormais en première ligne dans la mise en oeuvre du déconfinement, en particulier sur la question sensible de la réouverture des écoles.

Pour donner un début de visibilité, le gouvernement doit publier dans la soirée une première carte dévoilant les fameux départements verts et rouges. Cette carte, qui sera présentée désormais tous les soirs par le directeur général de la santé, dira dans quels départements la circulation du virus est moindre, passeport pour un déconfinement plus large (vert), et ceux où le virus est à l’inverse plus répandu (rouge), obligeant à plus de retenue.

Cette carte pourra ensuite évoluer tous les jours avant d’être “cristallisée” le 7 mai: chaque département sera alors fixé sur sa catégorie “rouge” ou “verte”.

Quoi qu’il en soit, les Français vont devoir “vivre avec le virus”, avait prévenu M. Philippe en présentant sa feuille de route devant les députés, soulignant que le déconfinement était “une partie redoutable”, dans laquelle aller “trop loin”, d’un côté comme de l’autre, pouvait mener à “la catastrophe”.

– Le monde de la culture interpelle Macron –

Sur le front économique, la reprise “prendra du temps” selon l’Insee, et la perte estimée à 6 points de PIB sur l’année pour deux mois de confinement pourrait en réalité être “supérieure car très probablement que la sortie du confinement ne s’accompagnera pas d’un retour immédiat à la normale”, selon Julien Pouget, le chef de son département de la conjoncture.

Grâce à ses enquêtes mensuelles auprès des ménages et des entreprises, l’Insee a estimé que chaque mois de confinement pourrait entraîner une perte de 12 points de PIB sur un trimestre.

Le secteur marchand (hors loyers), qui regroupe notamment les commerces dont tous ceux jugés non essentiels sont fermés depuis le début du confinement, est réduit de moitié.

Mais certains secteurs sont beaucoup plus touchés, comme l’hôtellerie-restauration ou les métiers de l’événementiel.

Avec le gel des festivals, du spectacle vivant dans son ensemble, ainsi que des tournages, le monde de la culture est particulièrement inquiet. Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée jeudi dans Le Monde, un collectif de personnalités et acteurs dont Jeanne Balibar, Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy, ont demandé une prolongation des droits des intermittents du spectacle d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible.

Ces artistes regrettent notamment qu’Edouard Philippe ait “oublié” de parler du secteur culturel, lors de sa conférence de presse du 19 avril, et rappellent que “le secteur fait vivre 1,3 million de personnes”.

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