La présidentielle en Uruguay trop serrée, résultat “d’ici vendredi”

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Le tribunal électoral uruguayen a annoncé dimanche soir que le résultat du second tour de la présidentielle, entre Luis Lacalle Pou (centre droit) et Daniel Martinez (gauche), était trop serré et qu’il attendrait un nouveau décompte pour se prononcer “d’ici à vendredi”.

“Le tribunal ne va pas annoncer de vainqueur ce soir”, a déclaré à l’AFP le président de l’institution, José Arocena. Avec plus de 98,5% des bulletins dépouillés, la différence de quelque 30.000 voix entre les deux candidats est inférieure au nombre de bulletins litigieux. L’autorité électorale va donc procéder à un décompte total.

Une heure après la fermeture des bureaux de vote, à 22h30 GMT, le candidat de centre droit de 46 ans, héritier d’une dynastie politique uruguayenne, était donné en tête devant l’ancien maire de Montevideo de 62 ans et représentant du parti au pouvoir, le Frente Amplio (Front élargi), selon des sondages réalisés à la sortie des urnes.

Mais au fil des heures et du dépouillement officiel, le résultat s’est resserré.

“Ils ont essayé de nous enterrer, mais ils ne savaient pas que nous étions des graines”, a déclaré devant des milliers de militants M. Martinez, qui s’est exprimé en premier sur un ton enjoué.

Luis Lacalle Pou devait s’exprimer dans la foulée devant ses partisans.

Le nouveau président, qui succèdera à Tabaré Vasquez, prendra ses fonctions en mars pour cinq ans.

M. Vasquez a assuré que l’Uruguay respecterait “toutes les étapes constitutionnelles et légales”, en faisant allusion aux crises qui secouent plusieurs pays de la région.

“Aujourd’hui, nous pouvons choisir, que l’on gagne ou que l’on perde. C’est un droit et un devoir, et vu l’état de la région, tout le monde n’a pas cette possibilité. Il faut savoir l’apprécier”, déclare Juan Pablo Abella, 40 ans, venu voter avec sa compagne et leur fils de 9 ans. “On est nés tous les deux sous la dictature” militaire dans les années 1970, souligne-t-il.

“On veut que le Frente amplio gagne, car on sent qu’avec la gauche nos droits sont garantis”, espère-t-il, mais “quoi qu’il arrive, il faudra l’accepter, car nous voulons la démocratie avant tout, c’est ce qu’on explique à notre fils”.

Au premier tour, M. Lacalle Pou était arrivé deuxième derrière M. Martinez, ingénieur franco-uruguayen de 62 ans. Mais il a ensuite mis en place une coalition avec les autres prétendants battus, allant de la droite aux sociaux-démocrates, et lui permettant de caracoler en tête des sondages.

– “Exemple de démocratie” –

Alors que plusieurs pays latino-américains connaissent de graves crises politiques et sociales, “l’Uruguay continue d’être cité comme un exemple de démocratie qui fonctionne dans la région, tout en rejetant les issues populistes extrémistes”, souligne Paul Webster Hare, ex-ambassadeur britannique qui a été en poste à Cuba et au Venezuela, et désormais professeur à l’université de Boston (Etats-Unis).

Pour Diego Lujan, politologue de l’université de la République, la plus grande d’Uruguay, ce second tour s’apparentait à un référendum pour ou contre la gauche. “Quand il y a un parti qui est au gouvernement depuis trois mandats, avec la majorité au Parlement et qui peut appliquer son programme, les résultats sont de la responsabilité de ce parti”, explique-t-il.

Lors des dernières élections, en 2014, l’économie était en croissance et le programme était incarné par Tabaré Vasquez, premier président de gauche de l’Uruguay (2005-2010) et un des dirigeants historiques du Frente Amplio. M. Vasquez avait battu M. Lacalle Pou, fils de l’ancien président Luis Alberto Lacalle (1990-1995) et candidat pour la première fois.

La coalition de gauche avait alors “des réussites à mettre à son actif”, mais “ce troisième gouvernement du FA a peu de succès à faire valoir”, relève M. Lujan.

En 15 ans, la coalition au pouvoir a notamment approuvé l’avortement (2012), le mariage homosexuel (2013) et a été pionnière dans la légalisation du cannabis (2013).

Dans ce pays réputé pour être un des plus sûrs d’Amérique latine, la criminalité arrive en tête des préoccupations des électeurs. L’Uruguay a connu une hausse de 45% des homicides entre 2017 et 2018.

Côté économique, le taux de chômage se rapproche des 9,5% et le coût de la vie ainsi que la pression fiscale reviennent souvent parmi les récriminations des chefs d’entreprises et commerçants.

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