La Suède abandonne les poursuites pour viol contre Julian Assange

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L’affaire Assange a connu vendredi un rebondissement spectaculaire avec l’abandon en Suède des poursuites pour viol contre le fondateur de WikiLeaks, réfugié depuis 2012 à l’ambassade d’Équateur à Londres pour échapper à une extradition.

Le volet suédois de cette saga judiciaire a sans doute trouvé là son épilogue, au terme d’une âpre bataille de procédures et de communication dont les enjeux dépassent amplement le cadre de cette affaire instruite à Stockholm.

Julian Assange s’est exprimé vendredi au balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres pour saluer « une victoire importante ».

« Ce jour est une victoire importante pour moi et pour le système des droits de l’Homme de l’ONU », a-t-il lancé.

M. Assange a indiqué que ses avocats avaient contacté les autorités britanniques et qu’il espérait « un dialogue sur la meilleure façon d’avancer ». Il a ajouté qu’il espérait également « engager un dialogue avec le département de la Justice » américain.

Julian Assange, qui s’est toujours défendu des accusations de viol, dénonce une manoeuvre pour le faire extrader vers les États-Unis, où cet Australien risque d’être poursuivi pour la publication de documents militaires et diplomatiques confidentiels.

Le gouvernement Trump a affirmé en avril que son arrestation était une « priorité ». Et selon des médias citant des responsables américains, les États-Unis sont en train de monter un dossier d’accusation.

Devant la presse à Stockholm, la procureure Marianne Ny a annoncé avoir « décidé de classer sans suite l’enquête pour viol présumé contre Julian Assange » et requis la levée du mandat d’arrêt européen qu’il tentait depuis 2010 de faire annuler.

La magistrate a expliqué avoir jeté l’éponge en raison de l’inefficacité d’une procédure exceptionnellement longue et non pas à la lumière de faits nouveaux sur le fond de l’affaire.

« Toutes les possibilités de faire avancer l’enquête ont été épuisées […] et il n’apparaît plus proportionné de maintenir la demande de placement en détention provisoire par défaut de Julian Assange ni le mandat d’arrêt européen », a-t-elle fait valoir dans ses réquisitions.

La plaignante suédoise voit l’abandon des poursuites comme « un scandale » et, « choquée », elle maintient ses accusations, a affirmé vendredi son avocate, Elisabeth Fritz.

« C’est un scandale qu’un violeur présumé puisse échapper à la Justice et par là éviter les tribunaux. Il existe des preuves dans ce dossier et ces preuves auraient dû être examinées lors d’un procès », a déclaré l’avocate dans un courrier électronique adressé à l’AFP.

« Ma cliente est choquée, et aucune décision pour classer l’affaire ne peut changer le fait qu’Assange a commis sur elle un viol », a-t-elle ajouté.

Cette plaignante, âgée d’une trentaine d’années au moment des faits, a attendu en vain pendant près de sept ans une inculpation de l’Australien de 45 ans.

« Victoire totale »

« C’est une victoire totale pour Julian Assange. Il est libre de quitter l’ambassade quand il veut », s’est réjoui un avocat suédois de M. Assange, Per Samuelsson. « Il est naturellement heureux et soulagé. Mais il critique le fait que cela ait duré aussi longtemps », a-t-il déclaré à la radio suédoise SR.

Cet avocat a raconté que l’Australien lui avait écrit par SMS : « Sérieux, oh mon dieu ».

Julian Assange a diffusé sur Twitter une photo de lui-même tout sourire.

Pour Christophe Marchand, membre de l’équipe juridique de l’ancien pirate informatique à Bruxelles, « Julian Assange a été victime d’un abus de procédure énorme » et l’abandon des investigations en Suède « marque la fin de son cauchemar ».

La police britannique a néanmoins promptement diffusé un communiqué pour faire savoir qu’elle serait « obligée » d’arrêter Julian Assange s’il sortait de l’ambassade équatorienne, pour avoir violé en 2012 les conditions de sa liberté sous caution au Royaume-Uni.

Sur son compte Twitter, WikiLeaks a pris acte de cette mise en garde. « La Grande-Bretagne annonce qu’elle arrêtera Assange quoiqu’il arrive et refuse de confirmer ou de démentir qu’elle a déjà reçu une demande d’extradition des États-Unis ».

Julian Assange a assuré qu’il « n’oublie pas et ne pardonne pas » d’avoir été « détenu pendant sept ans » dont cinq à l’ambassade d’Équateur à Londres, dans un tweet envoyé vendredi après avoir remporté son bras de fer avec la justice suédoise.

« Détenu pendant sept ans sans charges pendant que mes enfants grandissaient et que mon nom était traîné dans la boue. Je ne pardonne pas et n’oublie pas », a tweeté le fondateur de WikiLeaks.

Prescription

Âgée d’une trentaine d’années à l’époque des faits, l’accusatrice de M. Assange, qu’elle avait rencontré au cours d’une conférence de WikiLeaks à Stockholm quelques jours auparavant, a porté plainte le 20 août 2010. Elle l’accuse d’avoir engagé un rapport sexuel non-protégé pendant qu’elle dormait dans la nuit du 16 au 17 août.

Julian Assange soutient que la jeune femme était consentante, à la fois désireuse d’avoir une relation sexuelle avec lui, et acceptant de ne pas utiliser de préservatif.

« Je suis totalement innocent », écrivait le codeur informatique dans un message joint à la retranscription de ses déclarations au procureur équatorien.

L’enquête a pâti d’interminables complications procédurales dès l’origine, la défense ayant multiplié les recours pour faire cesser les poursuites.

L’instruction suédoise, notamment retardée par le refus de M. Assange d’être entendu en Suède, avait pris tellement de temps que la plainte d’une autre jeune femme pour une agression sexuelle présumée à la même époque, en 2010, a été classée sans suite, frappée par la prescription en 2015.

Le viol présumé sera prescrit en 2020.

L’Équateur a salué la décision de la justice suédoise, appelant le Royaume-Uni à « fournir une sortie sûre » du pays au fondateur de WikiLeaks.

« Le mandat d’arrêt européen n’est plus valide. Le Royaume-Uni doit fournir une sortie sûre à M. Julian Assange », a affirmé sur Twitter le ministre équatorien des Affaires étrangères, Guillaume Long.

L’Équateur, qui a accordé l’asile à M. Assange, dénonçait encore une semaine avant cet épilogue, dans une lettre au gouvernement suédois, « le manque manifeste de progrès » dans l’enquête.

« Il est extrêmement préoccupant de constater que six mois après l’audition à l’ambassade d’Équateur au Royaume-Uni, le parquet suédois ne s’est toujours pas prononcé sur la situation judiciaire de Julian Assange », protestait le ministère équatorien des Affaires étrangères dans ce courrier.

AFP

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