L’Arabie saoudite et l’ONU espèrent lever 2 milliards d’euros pour le Yémen

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L’Arabie saoudite a lancé mardi une conférence virtuelle de donateurs avec l’espoir de lever plus de deux milliards d’euros pour le Yémen en guerre, le chef de l’ONU évoquant une “course contre la montre” face au désastre humanitaire et la crise du nouveau coronavirus.

Cette conférence, organisée par Ryad et l’ONU, se tient alors que les organisations humanitaires s’inquiètent d’une propagation rapide du virus au Yémen. Ce défi sanitaire s’ajoute à la crise humanitaire, la pire au monde selon les Nations unies, après plus d’une demie décennie de guerre.

Depuis mars 2015, l’Arabie saoudite intervient au Yémen à la tête d’une coalition militaire qui appuie le gouvernement yéménite contre les rebelles Houthis, soutenus eux par l’Iran. Cette coalition est accusée de multiples bavures contre des civils au Yémen.

Les travailleurs humanitaires sont confrontés à une “course contre la montre” pour éviter une aggravation de la double crise dans le pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, a averti mardi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

“Nous sommes dans une course contre la montre. Combattre le Covid-19 en plus de l’urgence humanitaire déjà présente requiert une action urgente”, a-t-il martelé lors de cette conférence virtuelle.

– “Gouffre budgétaire” –

Dans un communiqué, le gouvernement saoudien a estimé que “2,3 milliards de dollars (2 milliards d’euros) sont nécessaires pour couvrir les besoins d’urgence au Yémen dans de multiples secteurs, y compris l’assistance médicale, alimentaire et le logement”.

Secrétaire général adjoint de l’ONU pour les affaires humanitaires, Mark Lowcock a évoqué quant à lui le chiffre de 2,4 milliards de dollars, dont 180 millions consacrés à la lutte contre la maladie Covid-19.

M. Lowcock, ainsi que le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhane participent à cette visioconférence.

“Nous exhortons les donateurs à s’engager généreusement”, a déclaré Jens Laerke, porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaire des Nations unies (Ocha).

La situation au Yémen risque de s’aggraver: les organismes d’aide intervenant dans le pays se dirigent vers un “gouffre budgétaire”, a-t-il prévenu.

Plus de 30 programmes essentiels de l’ONU pourraient mettre la clé sous la porte dans les prochaines semaines en raison d’un manque de financement.

“Ceux qui ont fait des promesses de dons doivent verser l’argent au plus vite car l’opération au Yémen est gravement, gravement sous-financée”, a signalé M. Laerke.

Dans une déclaration commune, les responsables du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont également tiré la sonnette d’alarme.

Dans un communiqué, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a d’ores et déjà promis une aide de 160 millions de livres britanniques, soit 179,2 millions d’euros.

Cette aide “fera la différence entre la vie et la mort pour des milliers de Yéménites qui font aussi face désormais à la menace du nouveau coronavirus”, a-t-il dit.

– “Catastrophe” –

Pour l’ONG Médecins sans frontières (MSF), le Yémen se tient au bord d’une “catastrophe”, ses infrastructures sanitaires étant trop fragiles pour faire face au nouveau coronavirus, mises à mal par des années de guerre.

Selon l’ONU, le virus est probablement déjà présent dans la plupart des régions du Yémen, où gouvernement et rebelles n’ont annoncé que quelques centaines de cas dans des bilans séparés.

“Le Covid-19 n’est que le dernier défi dans une situation qui se détériore”, a affirmé Abdallah al-Rabiah, chef du Centre d’aide et de secours “Roi Salmane”, chargé de l’assistance humanitaire saoudienne au Yémen.

Tout en menant ses interventions militaires contre les Houthis –ce qui a mené à une intensification du conflit–, Ryad estime être l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire au Yémen, assurant avoir déboursé des milliards d’euros.

Aux yeux des rebelles, la visioconférence de mardi est une “tentative stupide (des Saoudiens pour cacher) leurs crimes”, a affirmé l’un de leurs porte-paroles, cité par leur chaîne de télévision Al-Masirah.

La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart des civils, et l’ONU affirme qu’environ 24 millions de Yéménites –plus des deux tiers de la population– dépendent d’une forme ou d’une autre de l’aide humanitaire.

Si la visioconférence de mardi ne parvient pas à susciter suffisamment de dons, près de 5,5 millions de Yéménites pourraient perdre l’accès à une aide alimentaire et à une eau potable, dans ce pays fréquemment menacé par le choléra, selon l’ONG Save the Children.

Et des infrastructures vitales, telles des cliniques mobiles, pourraient aussi devoir fermer.

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