Le confinement assoupli pour les Ehpad où sévit l’épidémie de Covid-19

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Les aînés fragiles confinés dans les Ehpad, où l’épidémie de coronavirus fait des ravages, retrouvent lundi leur droit aux visites, premier assouplissement accordé par le gouvernement qui jongle entre les impératifs sanitaires et socio-économiques sur la route du déconfinement progressif promis pour le 11 mai.

Ce droit qui s’appliquera aussi pour les établissements accueillant les handicapés, s’effectuera à la demande du résident et dans des conditions “extrêmement limitées”, avec un contact visuel autorisé, mais pas physique, a annoncé dimanche soir le ministre de la Santé Olivier Véran, alors que 45% des Ehpad ont signalé au moins un cas de Covid positif.

Sur un total de 19.718 personnes fauchées par l’épidémie en France, 7.649 morts sont à déplorer dans les Ehpad, selon le dernier bilan.

Dans l’Ehpad de Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle), 22 résidents sur 51 sont vraisemblablement décédés du Covid-19 en deux semaines, a indiqué lundi la directrice de l’établissement, Stéphanie Rémiatte.

Le virus y a été “fulgurant: certains résidents n’étaient même pas symptomatiques et en deux heures” leur état de santé se dégradait fortement, a-t-elle dit. L’établissement avait pourtant interdit les visites des familles avant même la consigne gouvernementale et imposé un confinement strict à ses pensionnaires dès le 16 mars.

Malgré cette situation inquiétante, plusieurs spécialistes et associations de patients ont insisté sur la nécessité de rétablir des liens familiaux en soulignant que le confinement des personnes âgées pourrait mener à un état de détresse fatal.

Le rétablissement de droit aux visites a été salué lundi par le SYNERPA, premier syndicat national des maisons de retraite privées qui préconise en plus que les professionnels comme les kinésithérapeutes ou les psychomotriciens puissent intervenir de nouveau dans les Ehpad.

– 9,6 millions au chômage partiel –

Sommé par le président Emmanuel Macron de présenter un plan de déconfinement avant la fin avril, son Premier ministre Edouard Philippe en a dessiné dimanche les grands principes, sans entrer dans les détails.

Une chose est claire: il n’y aura pas de retour à la normale avant de longs mois, mais il faut relancer un pays à l’arrêt depuis le 17 mars.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud a appelé lundi les chefs d’entreprises à reprendre leur activité s’ils le pouvaient. Elle a aussi annoncé que 9,6 millions de salariés étaient actuellement au chômage partiel, soit près d’un salarié du privé sur deux.

Le chômage partiel ne sera pas abandonné le 11 mai “sinon il y aurait des catastrophes”. “Mais ça va être dégressif”, a-t-elle souligné.

Le confinement sur huit semaines va se traduire par 120 milliards d’euros de pertes pour l’activité, selon une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques.

“Pendant la période de confinement, le produit intérieur brut (PIB) est réduit de 32%”, correspondant à cinq points de PIB sur 2020, selon la même source.

Le PIB reculera sur l’ensemble de l’année de 8% sous l’effet du choc économique, estime le gouvernement.

– Masque, accessoire de mode? –

Les autorités sont à l’oeuvre pour trouver la formule pour un redémarrage économique tout en maintenant les précautions sanitaires qui reposeront sur les gestes barrière, des tests massifs et l’isolement des malades.

Face à “beaucoup d’inconnues” entourant le virus, les Français vont “devoir apprendre à vivre avec lui”, a averti le Premier ministre.

“Il faut changer culturellement notre mode de vivre. Nous étions plutôt proches les uns des autres, cela va changer une des composantes fondamentales de notre société”, a déclaré lundi Karine Lacombe, cheffe du service infectiologie de l’hôpital Saint-Antoine sur France Inter.

Son confrère, Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses de la Pitié-Salpêtrière, espère que le port de masques, qui “apparaît comme la mesure barrière la plus efficace” “s’imposera par le simple bon sens”. “Le masque pourrait devenir un accessoire de mode, espérons-le”, a-t-il déclaré.

Les masques, et leur pénurie, restent un sujet de crispation majeur, alors que le plus gros avion-cargo du monde, l’Antonov An-225 Mriya, s’est posé dimanche à l’aéroport de Paris-Vatry (Marne) avec à son bord huit millions de masques médicaux en provenance de Chine.

Les masques “grand public”, qui seront produits en France à 17 millions d’exemplaires par semaine d’ici le 11 mai, seront, eux, probablement rendus “obligatoires” dans les transports publics.

En ce qui concerne le dépistage, l’objectif du gouvernement est de pouvoir réaliser à partir du déconfinement 500.000 tests par semaine pour les personnes présentant des symptômes et celles ayant été en contact avec un malade du Covid-19, a indiqué le ministre de la Santé.

Le nombre de patients hospitalisés pour une infection au Covid-19 s’élevait dimanche à 30.610 dont 5.744 patients dans un état grave en réanimation. Il s’agit du onzième jour consécutif de baisse du nombre de patients en réanimation et du 5e de baisse consécutif des hospitalisés.

Sur les 395 morts annoncés dimanche soir, 227 sont décédés à l’hôpital, soit le nombre le plus bas de décès à l’hôpital depuis quatre semaines (23 mars avec 186 morts).

Ces statistiques traduisent la poursuite d’une “très lente décrue épidémique, mais le nombre de personnes hospitalisées reste très élevé”, a souligné nOlivier Véran.

Le quotidien des 67 millions de Français continuera donc d’être bouleversé: “il n’est pas raisonnable d’imaginer voyager loin à l’étranger très vite”, a indiqué M. Philippe, alors que le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, avait averti que “les mariages, les anniversaires, les grandes réunions familiales devront être évités dans les mois qui viennent”.

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