Le pape en Roumanie pour renforcer le dialogue avec les orthodoxes et soutenir les minorités

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Le pape François est arrivé vendredi en Roumanie pour une visite de trois jours destinée à renforcer le dialogue avec l’Eglise orthodoxe majoritaire et apporter son soutien aux minorités, tant religieuses qu’ethniques.

François a été accueilli à l’aéroport par le président Klaus Iohannis, un pro-européen de confession luthérienne, qui s’était félicité la veille d'”une heureuse occasion de rassembler les chrétiens orthodoxes, catholiques romains et gréco-catholiques”.

Les deux hommes doivent ensuite se rendre au palais présidentiel pour un entretien en tête-à-tête, suivi de rencontres avec des représentants du gouvernement et de la société civile, puis avec le patriarche orthodoxe Daniel, avant une messe en la cathédrale Saint-Joseph.

Des dizaines de milliers de Roumains sont attendus dans les rues de Bucarest pour cette visite historique, qui intervient vingt ans après celle qu’avait effectuée Jean Paul II.

François arrive dans un pays en pleine crise politique et profondément divisé, qui depuis fin 2016 vit au rythme de conflits entre M. Iohannis, un dirigeant de centre-droit, et une majorité de gauche accusée par Bruxelles de mettre en péril l’Etat de droit en affaiblissant la lutte anti-corruption.

– Emigration massive –

La visite du pape doit essentiellement être consacrée aux questions des migrations, de la pauvreté et de l’exclusion, cinq jours après une percée des nationalistes en Europe lors des européennes.

Avant même son départ, François a salué 15 sans-abris d’origine roumaine dans sa résidence Sainte-Marthe au Vatican.

En Roumanie, le pontife devrait aussi évoquer l’émigration, un phénomène inquiétant qui a vu 16% de la population, principalement des jeunes, quitter ce pays comptant parmi les plus pauvres de l’UE. La Roumanie a adhéré à l’Union en 2007.

“Certainement, le Saint-Père a en tête la dimension multiethnique et tous ces Roumains émigrés dans tant de pays européens”, a déclaré le porte-parole du Vatican, Alessandro Gisotti.

La visite de François est la 30e de son pontificat à l’étranger. En 1999, Jean Paul II avait été le premier pape à se rendre dans un grand pays orthodoxe depuis le schisme de 1054 entre Rome et Byzance.

Mais alors que Jean Paul II avait dû limiter son voyage à Bucarest, une condition imposée par le patriarcat orthodoxe, François a souhaité faire le tour de la “richesse ethnique, culturelle et religieuse de la Roumanie”, a déclaré M. Gisotti.

Il se rendra ainsi au sanctuaire marial de Sumuleu-Ciuc (centre), surtout fréquenté par la minorité hongroise, à Iasi (nord-est), principal foyer de présence des catholiques latins de langue roumaine et enfin Blaj (centre), siège de l’Eglise gréco-catholique.

– Bain de foule –

Le voyage prendra un caractère œcuménique dès vendredi après-midi: le pape doit rencontrer, en privé, le patriarche Daniel puis le synode permanent de l’Eglise orthodoxe.

Mais s’ils prieront ensuite dans la nouvelle cathédrale orthodoxe de la capitale, l’un en latin et l’autre en roumain, les deux chefs religieux ne devraient pas apparaître ensemble en public, ce qui est interprété par certains observateurs comme un signe de défiance de l’Eglise orthodoxe roumaine à l’égard du chef des 1,3 milliard de catholiques de la planète.

“L’enjeu pour le pape est de souligner auprès de la communauté orthodoxe que l’Eglise de Rome ne veut pas latiniser, récupérer” ces fidèles, explique à l’AFP Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Oeuvre d’Orient.

Le pape devrait prendre ensuite un bain de foule dans les rues de Bucarest en se rendant en papamobile à la cathédrale catholique Saint-Joseph, devant laquelle 30.000 personnes sont attendues pour une messe en fin de journée.

Située au carrefour de l’Europe orientale et occidentale, la Roumanie a établi des relations diplomatiques avec le Saint-Siège en 1920, mais les liens ont été rompus après la Seconde guerre mondiale avec l’arrivée des communistes au pouvoir.

Sur les 20 millions d’habitants que compte aujourd’hui le pays, 85% se déclarent orthodoxes et on recense 5,4% de catholiques, soit 1,1 million de fidèles dont 150.000 appartiennent à l’Eglise gréco-catholique (ou uniate).

A partir de 1948, cette communauté minoritaire a été intégrée de force dans l’Eglise orthodoxe et a officiellement disparu, même si des offices avaient lieu en secret.

Lors d’une dernière étape dimanche à Blaj (centre), le pape doit béatifier sept évêques uniates arrêtés, torturés et morts à l’isolement pendant cette période.

Un autre moment fort de ce voyage sera la rencontre du pape avec des jeunes et des familles sur une grande place à Iasi, capitale de la Moldavie roumaine, où près de 100.000 personnes sont attendues.

Le pape achèvera son voyage dimanche après une rencontre avec des familles de la communauté rom, qui souffre de discriminations diverses au travail, à l’école et dans l’administration.