Le président libanais rejette toute enquête internationale sur l’explosion à Beyrouth

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Le président libanais Michel Aoun a rejeté vendredi toute enquête internationale sur la gigantesque explosion au port de Beyrouth, affirmant qu’elle pourrait avoir été causée par la négligence ou par un missile, tandis que les secouristes s’activaient toujours pour retrouver des survivants.

“Il est possible que cela ait été causé par la négligence ou par une action extérieure, avec un missile ou une bombe”, a déclaré M. Aoun vendredi à la presse, désormais premier dirigeant libanais à évoquer une piste extérieure.

Les autorités affirmaient en choeur jusqu’à présent qu’un incendie dans un dépôt de 2.700 tonnes de nitrate d’ammonium en était à l’origine. Cette substance chimique dangereuse était stockée depuis six ans dans un entrepôt du port “sans mesures de précaution”, de l’aveu même du Premier ministre.

Hassan Nasrallah, chef du mouvement libanais du Hezbollah, a “nié catégoriquement” dans une allocution télévisée vendredi que son organisation possédait un “entrepôt d’armes” dans le port de Beyrouth: “ni entrepôt d’armes, ni entrepôt de missiles (…) ni une bombe, ni une balle, ni nitrate” d’ammonium, a-t-il martelé. Des affirmations en ce sens ont circulé dans des médias et sur les réseaux sociaux.

Par ailleurs, M. Aoun –à la tête d’un pouvoir conspué par une grande partie de l’opinion publique– a rejeté vendredi les appels à l’ouverture d’une enquête internationale car elle “diluerait la vérité”.

Le président français Emmanuel Macron a réclamé une telle enquête lors d’un déplacement jeudi à Beyrouth et a appelé les dirigeants libanais à opérer un “profond changement”.

M. Aoun a jugé vendredi nécessaire de revoir un régime politique “paralysé” car il est “basé sur le consensus”.

– Colère –

Cette déflagration d’une puissance inouïe, la plus dévastatrice jamais survenue au Liban, a attisé la colère d’une population mobilisée contre les dirigeants du pays depuis l’automne 2019, notamment lors de manifestations ayant rassemblé des centaines de milliers de personnes.

Les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes jeudi soir dans le centre ville pour disperser des dizaines de manifestants décriant l’incompétence et la corruption des autorités. Et des appels circulaient vendredi sur les réseaux sociaux pour une manifestation anti-gouvernementale samedi.

Près de l’épicentre de la déflagration, des secouristes français, italiens, allemands et venus d’ailleurs encore coordonnaient leurs efforts à proximité de gigantesques silos de céréales éventrés. Ils ont retrouvé quatre corps vendredi matin.

Selon le dernier bilan, l’explosion a fait au moins 154 morts, plus de 5.000 blessés, des dizaines de disparus et des centaines de milliers de sans-abri.

Le président français a annoncé l’organisation “dans les tout prochains jours” d’une conférence d’aide humanitaire d’urgence pour le Liban, en plein naufrage économique depuis de longs mois. La Commission européenne compte y participer et l’Union européenne a déjà débloqué 33 millions d’euros.

Le président américain Donald Trump et son homologue français ont convenu lors d’une discussion vendredi “de travailler avec leurs partenaires internationaux pour fournir une assistance immédiate aux Libanais”, a indiqué le porte-parole de la Maison Blanche, précisant qu’ils avaient “exprimé leur profonde tristesse” après ce drame.

Sans attendre, plusieurs pays ont dépêché du matériel médical et sanitaire ainsi que des hôpitaux de campagne.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est en effet inquiétée de la saturation des hôpitaux déjà mis à mal par la pandémie de nouveau coronavirus, des pénuries de médicaments et d’équipements médicaux, réclamant quinze millions de dollars.

“Les besoins sont énormes et immédiats”, a aussi déploré l’UNICEF, précisant que jusqu’à 100.000 enfants ont perdu leur toit.

L’armée américaine a déjà remis au Liban plusieurs cargaisons d’eau, de nourriture et de médicaments. Et l’agence d’aide internationale des Etats-Unis (USAid) a annoncé vendredi l’envoi immédiat de quinze millions de dollars de nourriture et de médicaments, équivalent à trois mois de nourriture pour 50.000 personnes et à trois mois de médicaments pour 60.000 personnes.

– Elan de solidarité –

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a prévu de se rendre samedi à Beyrouth, pour témoigner de la “solidarité” des Européens “choqués et attristés”.

Dans une capitale aux airs post-apocalyptiques et face à l’incurie du gouvernement, un vaste élan de solidarité a poussé des centaines de Libanais à poursuivre les opérations de déblaiement ou à accueillir des sans-abri.

Des familles de disparus se sont précipitées au port pour tenter d’avoir des nouvelles.

Les autorités libanaises affirment que l’entrepôt a explosé après un incendie. Autorités portuaires, douanières et certains services de sécurité savaient que des matières chimiques dangereuses y étaient entreposées mais ils se rejettent désormais mutuellement la responsabilité.

Le procureur militaire a évoqué jeudi dans un communiqué la présence, outre le nitrate d’ammonium, de “matériaux hautement inflammables et des mèches lentes”.

Il est en train d’interroger des dizaines de personnes, a indiqué vendredi une source judiciaire à l’AFP, assurant que “des personnes haut placées” pourraient être arrêtées et relevant un partage de la responsabilité entre “responsables administratifs, sécuritaires au port et des politiciens au pouvoir, qui étaient au courant”.

Une source judiciaire a rapporté vendredi cinq nouvelles arrestations parmi les fonctionnaires des services des douanes et du port, notamment des ingénieurs, portant à 21 le nombre de personnes en détention.

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